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Full text of "Étymologie de quatre cents prénoms usités en France"

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ÉTYMOLOGIE 

DE 

QUATRE CENTS PRÉNOMS 

USITÉS EN FRANCE 



OUVRAGES DU MEME AUTEUR 



Le Darwinisme. Bibliothèque utile. Un volume de 
180 pages » 60 

Plantes médicinales de la Bourgogne, emplois et 
doses. Un volume in-18 de loi pages 1 25 

Les Apôtres, essai d'histoire religieuse d'après la 

thode des sciences naturelles. Un fort volume in-18. 4 50 

Paganisme des Hébreux jusqu'à la captivité de 
Babylone. l'a fort volume in-18 : 

Les Erreurs scientifiques de la Bible. T'a fort 
volume in-18 3 50 

Les Mythes de la Bible. Un fort volume in-18 3 50 

L'Ame est la fonction du cerveau. Doux forts 
volumes in-18 • 7 « 

La Matière et l'Énergie. Un fort volume in-18 de 
58i i pages 4 50 

La Vie et l'Ame. Un fort volume in-18 de 580 pages. 4 50 

La Cause première d'après les données expé- 
rimentales. Un fort volume de 162 pages 3 50 



Sceaux. — Imp. E. Charaire. 



AVERTISSEMENT 



Au lieu de 400 étymologies, il y en a plus 
de 500 ; le contenu du livre passe les promesses 
du titre. 

Aux prénoms usités en France, il m'a semblé 
utile et intéressant d'adjoindre les noms des 
personnages mérovingiens les plus célèbres de 
l'histoire de France; les éléments dont ces noms 
sont formés entrent dans la composition d'une 
multitude de noms patronymiques. Du reste, ces 
noms ne sont pas aussi fossiles qu'on pourrait 
le croire : les Clovis se comptent encore par 
centaines, et les Clotildès par milliers; Clotilde 
est, sans, contredit, un des prénoms les plus 
répandus. Enfin, de temps à autre, on est étonné 
de voir émerg-er des fonds obscurs de la multi- 
tude, ici un Clotaire, là un Clodomir, qui vien- 



6 AVERTISSEMENT 

nenl s'affaisser ignominieusement sur les bancs 

delà police correctionnelle. Quant au vieux Pha- 
ramond, il ne parcourt plus les campagnes à 
la tête de bandes armées : ses mœurs se sont 
adoucies: il préside aujourd'hui aux destinées 
d'une grande maison de comestibles, dans le 
voisinage des Halles centrales; au lieu de tuer 
les gens, il les nourrit ; c"est tout bénéfice pour 
l'humanité. 

Pourles noms germaniques, c'est principalement 
aux dictionnaires de Weigandet de Fœrstemann, 
de Fœrstemann surtout, que j'ai demandé leur 
signification, en essayant avec beaucoup de 
prudence de contrôler un auteur par l'autre. 

Pour les prénoms grecs ou latins, je me suis 
appuyé, toutes les fois que je l'ai pu. sur l'auto- 
rité des savants les plus éminents de notre patrie 
ou de l'étranger. 

Ce qui esi conjectural est donné pour conjec- 
tural; rien de plus. J'estime qu'il vaut mieux 
ignorer qu'avoir la mémoire infectée de notions 
fausses. 

Toutes les citations, je les ai vérifiées sur les 
textes mêmes ; bref, je n'ai rien négligé pour que 
le lecteur put avec confiance asseoir son opinion 
sur des données certaines. A défaut d'autre 
mérite, ce petit livre a celui d'avoir été fait 
consciencieusement. 



BIBLIOGRAPHIE 



Les auteurs el les livres qui soûl cités dans le 
cours de cel opuscule sont les suivants : 

Arbois de Jubainville, Augustin Thierry et les 
noms propre* [m nés Revue des questions historiques, 
u n de janvier 1872). 

Idem. Les Noms gaulois chez César, chez 
E. Bouillon, Paris. 1891. 

Idem. Etudes grammaticales sur les langues 
celtiques, introduction, «-liez E. Bouillon, Paris. 
1881. 

Idem, Le Cycle mythologique irlandais, Paris, 
1884. 

A. Bailli et Egger, Manuel pour l'étude des 
racines grecques et latines, .-liez Durand] 1869. 

F. Baudby, Grammaire comparée,Phonétique, chez 
Durand, L868. 



S BIBLIOGRAPHIE 

A. Brachet, Dictionnaire étymologique de la 
langue française, chez Hetzel. 

iDEUyGrammairehistorique de la langue française, 
chez Hetzel. 

Michel Iîhkai. «•! A. Baillt, Dictionnaire étymolo- 
gique latin, chez Hachette. 

Michei, Bréal. Mélanges de Mythologie et de 
linguistique, chez Hachette, 1877. 

II. Cocheris, Origine et formation de la langue 
française. Bibliothèque de l'Écho de la Sorbonnr. 
Paris. 7. rue Guénégaud. 

Idem. Origines et formation des noms de lieu, 
Bibliothèque de l'Écho de la Sorbonnr. 

A. Darmesteter, La Vie des mots. 2 e édition, chez 
Delagrave, Paris, 1888. 

S. Pomponius Festus, Delà signification des mots. 
traduction Savagner, Collection Panckoucke, 
L846. 

Flstel de Coulanges, La Cité antique, 7 e édition, 
chez Hachette, 1878. 

GeseniuSj Thésaurus, 3 volumes. Leipsick, 1835. 

Hippeau. Dictionnaire de la langue française au 
xn e et au xih" siècle, 2 volumes, chez Auguste 
Aubry. 1873. 

F. Lenormant, Origines de l'histoire. 2 volumes, 
chez Maisonneuve. 1880 et 1882. 

Littré, Dictionnaire français, o volumes, chez 
Hachette. 



BIBLIOGRAPHIE 9 

Alfred Mm itv. Histoire des religions de la Grèce 
antique, 3 volumes, chez Ladrange, l<X.">7. 

R. Mowat, Noms propres anciens et modernes, 
Paris, 1869. 

Max Muller. La Science du langage, chez 
Durand, 1864. 

Idem. Nouvelles Leçons sur la science du langage, 
2 volumes, chez Durand, 1867. 

Idem. Mythologie comparée, chez Didier. 1873. 

Preller, Les Dieux de l'ancienne Rome, chez 
Didier, 1866. 

J. Quicherat, De la formation française des 
anciens noms de lieu, chez A. Franck, 1867. 

E. Renan. Histoire du peuple d'Israël, 5 volumes, 
chezCalmann-Lévy, 1887-1893. 

Reuss, La Sainte Bible. 15 volumes, chez 
Sandoz et Fischhacher. 

E. Ritter, Les Noms de famille chez A. Franck. 
187:i. 

Tiele. Manuel de l'histoire des religions, chez 
E. Leroux, 1880. 

Weigand, Deutsches Worterbuch, 4 a édition, 
Giessen, 1881. 

Foerstemann, Altdeutsches namenbuch, tome I er , 
Personnennamen, Nordhausen, 1856. 

Dictionnaire des Légendes, Collection de l'abbé 
Migne, in-4, Paris, 18.'J.">. 

Dictionnaire des cérémonies et des rites sacrés, 

1. 



III BIBLIOGRAPHIE 

renfermant le catalogue complet des saints de 
l'Église chrétienne, Collection de l'abbé Migne, 
3 \ olumes, in-4, Paris, INli."i. 
Dictionnaire des apocryphes. Collection de l'abbé 

Min ne 2 volumes, in-4, Paris. I.S.'il). 



INTRODUCTION 



Vouloir connaître la signification des noms propres 
et des prénoms est un désir naturel ; il n'a rien de 
frivole. Une fois leur sens convenablement déterminé, 
les noms cessent d'être un simple son de voix, un 
bruit; ils deviennent représentatifs d'une idée. 

A côté de cet intérêt de curiosité justifiée, il en est 
un autre plus élevé. Les étymologies, en effet, nous 
aident à comprendre quelle disposition intellectuelle 
a guidé nos lointains ancêtres dans la dénomination 
qu'ils ont imposée aux hommes et aux choses. Rien 
de ce qui concerne la marche que suit l'esprit humain 
dans ses manifestations extérieures ne peut être indif- 
férent. C'est une lueur de plus projetée sur le fond 
même de notre activité cérébrale. 

Toutes les fois qu'on a pu remontera l'origine d'un 
nom propre, on a reconnu que ce nom était un sur- 
nom; on en a légitimement conclu que tous les noms 



12 [NTRODTJCTION 

propres étaient des surnoms. Malheureusement la 
plupart, durant la suite des siècles, ont subi de si 
grandes altérations qu'il sera bien difficile d'en démê- 
ler la vraie signification. Quoi qu'il en soit, ton- 
noms propres dont on connaît l'étymologie sont issus 
de cinq sources différentes; on peut donc les ranger 
en cinq classes : 

4. Classe des noms empruntés aux qualités phy- 
siques; 

2. Classe des noms empruntés aux qualités morales 
ou intellectuelles; 

3. Classe des noms tirés des lieux d'origine ou 
d'habitation; 

4. Classe des noms empruntés aux métiers ; 

5. Classe des noms empruntés aux règnes na- 
turels. 

I. Qualités physiques. — Lecourt, Lelong, Lepetit, 
Legrand, Leblond, Leborgne, Lecamus, Lesourd, 
Lehègue, etc., avec l'article ou sans l'article. 

II. Qualités morales ou intellectuelles. — Lebon, 
Ledoux, Lesage, Gentil, Gaillard, Galand, Prudent, 
Prudhomme, Vaillant, etc. 

III. Lieux d'origine ou d'habitation. — Lallemand, 
Bourguignon, Flamand, Gallois ou Gaulois, Picard, 
Poitevin, Provençal, Carnot (le Chartrain) ', Dubois, 

1. Caknot. Les étymologies qu'on a données du nom de 
Carnot me semblent inexactes. Carnot n'est pas, comme 
on l'a dit, l'homme qui vient du pays des charmes, mais 
celui qui vient du pays des Carnouts, Carnuti, aujourd'hui 
le pays chartrain. La modification de out en ot est une règle 
générale. Chartres, capitale des Carnuti, s'appelait en latin 



INTRODUCTION 13 

Dupré, Desprez, Despréaux, la Fontaine, Desfon- 
taines, etc. 

IV. Métiers. — Barbier, Berger, Boulanger, Bras- 
seur, Couturier, Saulnier, Scribe, Tisserand, Verrier. 
Leverrier, Vigneron, etc. 

V. Règnes naturels. — 1. Règne végétal : Aubier 
Bruyère. La Bruyère, Chesne, Duchesne, Feugère, 
Faugère et Falguière (formes variées de fougère), 
Froment, Fromentin, Herbette, Olivier, Poirier, Pom- 
mier, Bacine, etc. 

2. Règne animal. — A. Mammifères : Lagneau, 
Lechat, Chevreau, Chevreuil, Cochon (Cochon de 
Lapparent, ingénieur et savant français), Dauphin. 
Lion, Louvet etLoubet (petit loup), Begnard, Renard, 
Boussin. etc. 

B. Oiseaux : Leeoq. Coquelin (petit coq), Falcon 
de faucon). Héron (Héron de Villefosse, membre de 
l'Institut), Merle, Pigeonneau, Moineau (Jules Moi- 
neau, auteur dramatique). 

C. Poissons : Brochet, Dubrochet, Chabot (Bohan 
Chabot), Goujun, Poisson (le célèbre mathématicien), 
Salmon (le saumon). 

D. Insectes : Abeille, Freslon. Grillon, Grelet, Papil- 
lon, etc. 

Voici quelques exemples des altérations qui peuvent 
rendre méconnaissables les appellations primitives : 



Carnotis, (J. QuiCHERAT, Xoms dp lieu, page 34). Grégoire de 
Tours l'appelle Carnotena urbs, littéralement la ville des 
Carnets. Il suit de là que Carnot est identique à Chartrain; 
le premier est ancien, le second est moderne. 



1 'i INTRODUCTION 

1. Rues de paris. — I. La nie Gît-le-Cœur est la 
rue de Gilles Queux, c'est-à-dire de Cilles le cuisinier. 

2. La rue «lu Grand-Hurleur est la rue du grand 
Hue Leu, c'est-à-dire du grand Hugues Loup. 

:!. La rue des Jeûneurs est la vue des Jeux neuf*. 
4. La rue de la Tacherie est la rue de VAtacherie, 

ainsi nommée à cause des atachiers ou faiseurs 
d'agrafes qui y demeuraient. 

."t. La rue aux Ours est la rue aux Oues, c'est-à-dire 
aux oies, à cause des nombreux rôtisseurs qui peu- 
plaient la rue. 

6. La rue de la Jussienne est la rue de l'Égyptienne. 
Les Parisiens l'ont appelée d'abord rue de l'Égissienne, 
puis rue de l'Ajussienne, enfin rue de la Jussienne. 
Cette rue contenait une chapelle dédiée à Sainte Marie 
l'Égyptienne. 

II. Noms divers 1 . — Sur les cartes faites durant la 
seconde moitié de ce siècle, on a commis les étranges 
travestissements suivants : 

\. Le col de la Buffe (tempête, bouffée de vent), dans 
le Piémont, est devenu le col du Buffle. 

2. Le hameau piémontais de Millaures (mille vents, 
en latin aura rent) est devenu sur les cartes le 
hameau de Mylord. 

3. Non loin de la Grande-Chartreuse, un vaste 
terrain porte le nom de champ du Lièvre, en patois 



1. Voir la Revue bleue. 2<> novembre 1892, article intitulé : 
Fantaisies cartographiques, par Henri D-authier-Villars, et 
['Essai d'un vocabulaire topographique des Alpes, par M. de 
Rochas d'Aiglun. Paris, 18?'.'. 



INTRODUCTION 15 

champ de la Lioure ; le cartographe en a fait un chan- 
delier. 

i. En Provence, on appelle bail une montagne 
escarpée sur ses bords ; l'une d'elles, à cause de sa 
forme inclinée, avait reçu le nom de Bail baissa : le 
cartographe en a fait une bobèche. 

5. Un hameau qui contenait un abreuvoir, en pa- 
tois abeourou, en avait reçu le nom d'Abeourou. Le 
cartographe a pris ce hameau pour une retraite 
d'ecclésiastiques désabusés du monde ; il en a fait le 
hameau de l'Abbé heureux. 

6. Dans les Hautes-Alpes, près de Queyras, les 
paysans appellent bric un rocher pointu (ro/y Littré 
à bricole) : un bric de ruine est une roche qui s'é- 
croule ; le cartographe a mis bric d'urine. 

7. Dans les provinces vaudoises, un sieur Guigo 
possédait un jas, c'est-à-dire un pâturage où gîtent 
les troupeaux. Sur la carte, le Jas de Guigo s'est 
transformé en Jus de Gigot. 

8. Entre Arles et Marseille existe une gorge où jadis 
on risquait fort d'être dévalisé par les brigands : 
aussi ne la traversait-on que plein d'anxiété : d'où le 
nom de Pas de VaneU (anxiété, en dialecte provençal) 
qu'on lui avait donné. 

Les ingénieurs de la compagnie Paris-Lyon-Médi- 
terranée, joyeux gaillards qui préfèrent de beaucoup 
le quadrille à l'étymologie, l'ont baptisé Pas des 
Lauriers. 

9. Près de la ville de Salins existe une grotte pré- 
cédée d'une terrasse naturelle. En bas latin, grotte se 



1<*. IN'TROnrCTTOX 

ilit balma, une baume ; terrasse se dit solarium, d'où 
le nom primitif et vrai de Baume <ln Solier. Les bons 
paysans l'avaient depuis longtemps défigurée en 
Baume du Soulier lorsque survint l'ingénieur de la 
compagnie du chemin de fer. « Ça, s'écria-t-il, un 
soulier !... Allons donc, c'est tout au plus une savate •> 
Et hardiment, avec une conscience qui ne connaît pas 
le remords, il inscrivit sur la carte : Rocher de la 
Savate. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 



I. — La voie populaire et la voie savante. 

Lorsqu'on regarde notre langue, même superficiel- 
lement >, on ne tarde point à distinguer des mots tels 
que simuler, mobile, ration, qui sont la copie fidèle et 
le calque exact des mots latins simulare, mobilis, ratio- 
nem, et d'autres mots tels que sembler, meuble, raison, 
dérivés des mêmes mots latins, mais qui affectent une 
forme plus courte et semblent au premier abord plus 
éloignés du latin. C'est que la langue française n'est 
point une création coulée d'un seul jet; notre idiome 
renferme deux couches de mots superposées, et bien 
distinctes l'une de l'autre, deux langues, en un mot, 
d'origine tout à fait différente, toutes deux emprun- 
tées au latin, l'une par le peuple, l'autre par les 

1. Tout cet article est extrait de l'excellente Grammaire 
historique de la lawjue française parALG. Brachet, p. 70-79. 



1S NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

savants. La première, qui est la bonne et dont la 
création est antérieure au xn e siècle, est le produit 
d'une formation tout irréfléchie et spontanée. La 
seconde, qui est de création récente et remonte en 
grande partie au xvi° siècle, est l'œuvre réfléchie des 
savants qui ont introduit artificiellement dans notre 
langue les mots latins dont ils avaient besoin. Des 
mots latins simulait 1 , mobilis, rationem, le peuple lit 
sembler, meuble, raison : les savants, simuler, mobile, 
ration. 

Les caractères spécifiques qui font reconnaître les 
mots d'origine populaire et les distinguent des mots 
d'origine savante sont au nombre de trois : 

1° La persistance de l'accent latin; 

2° La suppression de la voyelle brève ; 

3° La chute de la consonne médiane. 

1. Persistance de l'accent latin. — Dans tout mot de 
plusieurs syllabes, il y en a toujours une sur laquelle 
on appuie plus fortement que sur les autres. On 
hommeaccent tonique ou simplement accent cette élé- 
vation de la voix qui dans un mot se fait sur une des 
syllabes; ainsi dans raison 1 l'accent tonique est sur 
la dernière syllabe; dans raisonnable, il est sur 
l'avant-dernière. On appelle donc syllabe accentuée 
ou tonique celle sur laquelle on appuie plus forte- 
ment que sur les autres. L'accent tonique donne au 
mot sa physionomie propre et son caractère par- 

1. Dans le cours de cet article, la syllabe qui contient 
l'accent tonique est toujours surmontée d'un ' ; la voyelle 
brève l'est toujours d'un ", 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 10 

tieulier; aussi l'a-t-on justement appelé « l'Ame du 
mot ». 

En français, l'accent n'occupe jamais que deux 
places, à savoir, la dernière syllabe, quand la termi- 
naison est masculine (chanteur, aimer, finir): l'avant- 
dernière, quand la terminaison est féminine (raide, 
porche, voyage). 

En latin, l'accent tonique n'occupe aussi que deux 
places ; il est sur la pénultième quand elle est longue 
(cantôrem, amâre, finiré); et quand la pénultième est 
brève, il est sur l'antépénultième (rigidus, pôrticus, 
mâticum). 

Si dans les exemples ci-dessus on compare attenti- 
vement les mots latins aux mots français, on recon- 
naîtra que la syllabe qui est accentuée en latin est 
aussi la syllabe accentuée en français; en un mot, 
l'accent reste en français sur la syllabe qu'il occupait 
en latin. Cette persistance de l'accent latin dans la 
langue française est une règle générale et absolue. 
Tous les mots du français populaire respectent l'ac- 
cent latin. Tous ceux qui violent cette loi sont préci- 
sément des mots d'origine savante, introduits poslé- 
rieurement à la formation de la langue française par 
des hommes qui ignoraient les lois suivies par la 
nature dans la transformation du latin en français. On 
peut donc ainsi formuler cette règle infaillible : 
« L'accent latin persiste en français dans tous les 
mots d'origine populaire; tous les mots où cette loi 
est violée sont d'origine savante. » Exemples compa- 
ratifs : 



20 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 



MOTS LATINS 


HOTS POPULAIRES 


MOTS BATANTS 


Blûsphemum 


Blâme 


blasphème 


Décima 


Dime 


Décime 


Môbilis 


Meuble 


Mobile 


Pôrticus 


Perche 


Portique 



Le français savant vient du latin classique ; le fran- 
çais populaire vient du latin vulgaire. En effet, tandis 
que les hommes lettrés disaient sœculum. frigidus, 
tabula, mobilis, riiicrre, etc., le peuple prononçait 
sœcluiu, frigdus, tabla, moblis, rincre, etc.; ce sont 
ces mots vulgaires qui, en passant dans le français, 
sont devenus siècle, froid, table, meuble, vaincre, etc. 

II. Suppression »e la voyelle brève. — Tout mot 
latin se compose d'une voyelle accentuée et de voyelles 
non accentuées ou, pour abréger, d'une tonique et 
Hl atones; la tonique, comme on vient de le voir, 
persiste toujours en français, quant aux atones, la 
voyelle brève qui précède immédiatement la voyelle 
tonique disparaît toujours en français. Exemples : 



San-1-làtem 
Bon-l-tùtein 



Santé 
Honte 



Pos-I-tûra 
Pop-ù-latus 



Posture 
Peuplé 



Les mots qui violent cette loi sont tous des mots 
d'origine savante. Exemples comparatifs : 



MOTS LATINS 


MOTS POPULAIRES 


MOTS SAVAN'T^ 


Car-ï-tàtem 


Cherté 


Char-i-té 


Circ-û-lâre 


Cercler 


Circ-u-ler 


Hosp-1-tàle 


Hôtel 


Hôp-i-tal 


Sep-â-ràre 


Sevrer 


Sép-a-rer. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 21 

Ainsi estconstatée cette règle invariable : « L'atone 
brève, précédant immédiatement la tonique, dispa- 
raît toujours en français dans les mots d'origine popu- 
laire; elle persiste toujours dans les mots d'origine 
savante. » 

Cela s'explique aisément. Tandis que le latin clas- 
sique conservait l'atone brève, le latin populaire 
longtemps avant la cbute de l'Empire l'avait suppri- 
mée. La où l'homme lettré disait alabdster, coagu- 
Idre, etc., le peuple disait albaster, coaglare, etc. ; d'où 
viennent les mots français albâtre, cailler, etc. Lors- 
que le latin populaire se transforma en français, il 
était naturel que celui-ci ne connût plus la voyelle 
brève, puisqu'elle n'existait plus dans le mot latin. 

III. Chute de la consonne médiane. — La consonne 
médiane est la consonne placée entre deux voyelles 
comme d dans denu-A-âtus. Tous les mots français 
qui perdent la consonne médiane sont d'origine 
populaire ; tous ceux qui la conservent sont d'origine 
savante. Exemples comparatifs : 



MOTS LATI.Ns 


MOTS POPULAIllES 


MOT» SAVANTS 


Au-g-ùstus 


Août 


Auguste 


Confl-d-éntia 


Confiance 


Confidence 


Denu-d-âtus 


Dénué 


Dénudé 


Repli-c-âre 


Replier 


Répliquer. 



IV. Conclusion. — On voit maintenant quels sont les 
trois caractères spécifiques des mots populaires : ils 
conservent l'accent latin: ils suppriment l'atone brève 
et la consonne médiane. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

lji conservant à l'accent tonique la place qu'il 
occupait en latin, les mots d'origine populaire mon- 
trent qu'ils ont été formés d'après la prononciation 
romaine encore vivante; eu uu mot, qu'ils ont été 
faits avec l'oreille ; qu'ils viennent d'un latin vivanlet 
parlé. 

Le mots d'origine savante, qui violent l'accent 
latin et le génie de l'idiome romain, sont des mots 
vraiment barbares puisqu'ils sont accentués contrai- 
rement aux lois de formation du latin et du français. 
C'est qu'ils ont été créés longtemps après la mort du 
latin par des savants qui les tirèrent des livres pour 
les introduire tels quels dans notre langue. 

Les mots populaires sont le fruit d'une formation 
toute spontanée, toute naturelle, toat irréfléchie. Les 
mots savants sont une création voulue, réfléchie, arti- 
ficielle. 

Les mots populaires sont faits avec l'oreille ; les 
mots savants avec les yeux. 

L'instinct a produit les mots populaires ; la 
réflexion a produit les mots savants. 



II. — La famille romaine. 

Le mot famille vient du latin familia, mais le sens 
du familia latin est différent de celui du mot français. 
Tandis qu'en français le mot famille désigne le père, 
la mère, les enfants et les proches du même sang, 
le mot latin familia désigne l'ensemble des gens de la 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 23 

maison, serviteurs et autres, en dehors de toute con- 
sanguinité ; c'est ce qu'indique l'étymologie même de 
familia, lequel dérive de famuîus serviteur. FamulllS 
est la forme latine de L'osque famel, lequel dérive de 
faama maison ; les famuli sont les gens de la maison. 
(Littrk. à Famille). Chez nous, le père de famille est 
l'homme qui a femme et enfants; chez les Latins, le 
pater familias est simplement le chef des serviteurs, 
le maître. Le pater familias peut parfaitement être 
un célibataire, qui ira pas d'enfants, ce qui serait 
contradictoire pour l'expres>ion française père de 
famille '. Ce qu'en France nous appelons du sens res- 
treint et nettement limité de famille se disait gens 
chez les Romains. Exemple : La famille Corneille en 
France aurait été à Rome la, gens Cornelia. 

Voici maintenant quel ordre on suivait pour les 
noms donnés aux membres d'une gens romaine : 

En premier lieu, on émettait le prénom, soit Caï'us, 
ou Cnéus, ou Publius, etc. ; 

En second lieu, venait le nom de la gens, soit la 
gens Cornelia, ou Julia, ou Tnllia, etc.: 

En troisième lieu, venaient les surnoms qui ser- 
vaient à distinguer les diverses branches de la 
famille. 

Exemple emprunté à la gens Cornelia, à laquelle 
appartenait Scipion l'Africain : Scipion l'Africain 
s'appelait Publius Cornélius Scipio Africanus. 

1. D'après Festu-, page 117, le mot famille aurait eu dans 
les temps reculés le même Berna qu'il a aujourd'hui en 
France. 



!\ NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

I' Publias esl le prénom : 

2° Cornélius est le nom de la gens, la gens Cornelta; 

3° Scipio est le nom de la branche de la. gens Cor- 
«ôfo'a à laquelle appartenait le vainqueur d'Annibal; 

V Africanus est le surnom honorifique donné à 
Scipion après la bataille de Zama. 

Parmi les nombreuses branches de la gens Comelia 
on distinguait les (léthégus, les Lentulus, les Sylla, etc. 
Le dictateur Sylla s'appelait Lucius Cornélius Sylla. 
Le Lentulus, complice de Catilina,quelit périr Cicéron, 
s'appelait Publius Cornélius Lentulus Sura. LeCéthé- 
gus, autre complice de Catilina, qui fut aussi mis à 
mort, s'appelait Caïus Cornélius Géthégus. Par ces 
exemples, on voit que le nom de la yens occupait 
toujours la seconde place lorsque le prénom était 
exprimé. 

La terminaison en ius des noms patronymiques 
marque la descendance d'un ancêtre éloigné, souche 
de la gens; les Julius sont les descendants d'un Juins: 
les Tullius, ceux d'un Tullus: les Cœcilius, ceux d'un 
Cœculus (Fustel de Collanges, La Cité antique, 
page 119). 

Le premier né des enfants était inscrit au livre des 
Actes publics sous le nom de son père; le puîné et les 
suivants, sous le numéro d'ordre de leur naissance, à 
savoir, secundus ou le second, tertius ou le troisième, 
quartus ou le quatrième, etc. Et ainsi de suite. 

La fille unique prenait le nom de sa gens, qu'elle 
gardait même dans le mariage, c'est-à-dire en passant 
dans une autre famille. Par exemple, la fille de 



NOTIONS PRELIMIXAII;I> 49 

Scipion l'Africain s'appelait Cor/wlia. du nom de sa 
gens; <''pou.se de Tiberius Sempronius, c'est-à-dire 
étant -passée dans la gens Sempronia, elle conserva 
son nom de Cornelia; c'est elle qui fut la mère des 
trracqaes. 

S'il y avait plusieurs filles, ces tilles étaient sur- 
nommées Secunda, Tertia, etc., selon l'ordre de leur 
naissance. 

Lorsqu'un jeune homme était adopté par un per- 
sonnage appartenant à une famille différente, ce 
jeune homme prenait les noms de son père adoptif, 
tout en conservant le sien propre ; mais celui-ci 
s'allongeait par l'adjonction du suffixe anus. Exemple : 
Lh fils de Scipion, le premier Africain, n'ayant pas 
d'enfant mâle, adopta le fils du consul Paul Emile 
(Paulus, de la gens .Emilia). Le jeune .Emilius prit le 
nom de son père adoptif PvJblius Cornélius Scipio 
auquel il ajouta le sien propre modifié par le suffixe 
Anus : il s'appela Publius Cornélius Scipio JEmilianus. 
Ce jeune fils adoptif est celui qui devint Scipion, le 
second Africain (Fusteldb Coulanges, La Cité antique, 
page 60). 

Autre exemple : L'empereur Auguste appartenait à 
la gens Octavia; il s'appelait donc Octavius. Adopté 
par son oncle Caïus Julius Cœsar, le vainqueur de 
Pompée, il s'appela désormais Caius Julius Cœsaf 
yctavianus; Octave devint Octavien. 

Il est clair qu'aujourd'hui les noms terminés en û n, 
qui autrefois indiquaient une adoption, ne sont plus 
que de simples dérivés du nom primitif. Par exemple, 

2 



NOTIONS PRËLIMINAIl 

I : milieu est aujourd'hui un dérivé d'Emile; Valérien, 
un dérivé de Valère; Victorien, ud dérivé de Vic- 
tor, etc., rien de plus. 

Chez les Romains, tandis que les noms de famille 
et les surnoms sont assez nombreux, on compte à 
peine une dizaine de prénoms, si l'on met u pari deux 
prénoms très anciens qui sont devenus noms patro- 
nymiques. Ces deux prénoms archaïques sont Attus 
et Aulus. .Attus est un mut sabin qui signifie ayant la 
démarche pénible par suite d'un vice de conformation 
du pied; en dialecte romain, Attus est devenu Appius. 
Quant à Aulus. le sens est inconnu. Les étymoli - 
qu'a recueillies Forcellini ne sont pas fondées. Voici 
les dix prénoms usités aux temps historiques : 

1° Gains ou Gains, en langue osque Gaavius; ce 
prénom paraît dériver de gaudeo, GaviSUS sum : 
c'était un nom d'heureux augure (M. Bhéâl et Baillt, 
page 113: Festus, page 163). Lorsque l'épousée rece- 
vait la visite du mari, elle l'accueillait par ces mots : 
Ubi tu Gains, rgo Gaia. ce qu'on peut traduire ainsi : 
« Là où tu auras joie et bonheur, j'aurai bonheur 
et joie. » (Voir Prelleb, Les Dieux de l'ancienne Rome, 
page 394.) 

2. Gnœus ou Cneus, prénom donné à l'enfant qui 
avait des signes naturels sur le corps, c'est-à dire ce 
qu'on appelle vulgairement des grains de beauté, 
taches (Festus. page 104). 

S.Llicias, de lux, lacis, la lumière du jour, prénom 
donné à l'enfant qui naissait le jour (Festus, page 2i7 |, 

A. Manias, de mam le matin, prénom donné à 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES Ti 

l'enfant qui naissait le matin (Festus, page 247). 
Marcus, le marteau (Max Muller, Nouvelles Le- 
çons, tome II. page 39). 
(». Paulus, le petit. 

7. PubliuSjdapopulusle peuple (M. Bréal et Bailly, 
page 275); l'homme dévoué au peuple ou à la chose 
publique. 

8. Servius, nom qn'on donnait à l'enfant dont la 
mère mourait en accouchant; la mère mourait, mais 
l'enfant était sauvé, servatlts. — Servatus dérive de 
ter us, gardien (Bréal et Bailly, page 343). C'est de 

m que dérive servius. 

'.». Tiberius, l'enfant consacré au Dieu-fleuve, le 
Tibre; le dieu Tibre était en grand honneur à Rome. 
(Voir Preller, Les Dion- «le Rome, page 350 et sui- 
va otes 

10. Titus, de tueur, tuitus sum, ancien verbe tuor, 
tuf us, protéger, défendre; le défenseur (Festus, page 
662. — M. Bréal et Bailly, page 406 

D ces dix prénoms, trois sont passés en français, 
6e sonl Lucius, Paulus, .Marcus, sous les formes Luc 
on Lucien, Paul, Marc. Les autres prénoms français 
empruntés au latin sont des noms de gens ou des 
surnoms. Exemples : Albin. Antoine, Auguste, Auré- 
lien, Camille, Cécile, César, Claude, Cornélie, Emile, 
Fabien, Fabrice, Faustin, Flavien, Horace. Hortense, 
Jule- ; Marcel, Valentin. Valérien. 



28 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 



III. — Le tétragrammo sacré IIIWI1 et les noms 
thôophores. 

I. La vraie prononciation de IIIWII. — L'alphabet 
hébreu n'a pas de voyelles: le nom du dieu des Hé- 
breux était représenté par les quatre consonnes 
IIIWII. ce qu'on appelle le tétragramme sacré. Il s'est 
prononcé lahouh durant les siècles qui s'étendent 
jusqu'à la captivité de Babylone. A partir du retour 
de l'exil, le nom divin devint ineffable, c'est-a-dire 
qu'il l'ut défendu de le prononcer. Dans le langage 
parlé, on le remplaçait par Adontii le Seigneur, ce 
qui en grec est traduit par 6 Kuptoç, et en latin par 
Dominus. 

La véritable prononciation de IIIWII se perdit dans 
la suite des temps. Au xvi'' siècle, un écrivain nommé 
Galatinus proposa Jéhovah, prononciation qui fut 
partout adoptée (Voir Gésénius, page 375). Aujour- 
d'hui on essaye d'introduire le mot lahveh e II est »; 
mais « Il est » est une définition métaphysique, ce 
n'est pas un nom. Au demeurant, l'usage a tellement 
enraciné l'interprétation de Jéhovah que, quoique 
convaincue d'usurpation, elle n'est pas près de céder 
la place à la forme authentique et vraie lahouh. 

IL Les dieux nationaux des Sémites et leur grand 
Dieu. — Chaque peuple sémitique avait son dieu 
national : lahouh était celui des Hébreux : Kamosh. 
celui des Moabites ; Baal, celui des Phéniciens ; Iladad, 
celui des Syriens; Assour, celui des Assyriens; etc. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES •-"• l 

Au-dessus de tous ces dieux nationaux trônait la 
Divinité suprême EL ou IL ou ILOU,dont ils n'étaient 
au fond qui' les manifestations particulières ou locales. 
Comment le dieu national des Hébreux a fini par 
supplanter tous les autres dieux et par s'identifier au 
Dieu suprême, c'est alïaire à l'histoire des religions. 
La principale raison, outre le triomphe du Christia- 
nisme, est la suivante : il doit cette prodigieuse for- 
tune surtout à l'ineffabilité du nom propre et au rem- 
placement de celui-ci par le terme le Seigneur. 

III. Les noms théophores. — Chez les Sémites des 
temps historiques, la plupart des noms propres ren- 
fermaient un nom de divinité, ce qui les a fait 
appeler noms théophores, du grec epipw porter, Qso'ç 
dieu. Exemples : Chez les Hébreux, Ab-i-iahou, Jého- 
vah ilahouh) est mon père; chez les Phéniciens, 
Hanan-Baal, bienfaisant est Baal ; chez les Syriens, 
Hadad-ezer, le soleil est mon aide: le soleil était le 
dieu des Syriens; chez les Assyriens, Assour-dana 
habal, Assour a donné un fils; c'est ce dernier nom 
que les Crées ont transcrit Sardanapale; chez les 
Babyloniens, NaboUrKoudour-oussour, le dieu Nabou 
protège la couronne; c'est le roi si connu sous le 
nom de Nabuchodonosor. 

Dans la composition des noms théophores hébreux. 
Iahouh peut occuper deux places. Tune au commen- 
cement du mot, l'autre à la fin. Au commencement 
du mot, Iahouh prend la forme Teho : Ieho-nathan, 
le Présent de Jéhovah. A la fin des mots, il s'abrège 
en iah, que les Grecs ont transcrit ias : Nathan-iah, 



30 NOTIONS PRÉLIMINAIR] 

môme sens que Jeho nathan, le l'iésent deJéhovah. 

Si au 1 i < * m du dieu national, c'est le nom du grand 

Dion El qui entre en composition, on a également 

El-nathan et Nathan-El (Nathanaël ou Nathaniel), qui 

signifient Présent de Dieu. 

Il arrive souvent que par abréviation le nom divin 
soit sous-entendu, par exemple : Nathan, allégé 
du suffixe El; le sens reste le même, c'est toujours le 
Présent de Dieu. Il est très important de retenir ce 
fait, car il donne la clé de l'étymologie de plusieurs 
noms hébreux, dont jusque-là l'interprétation était 
restée à peu près inadmissible. Tels sont, par exemple, 
les noms d'Isaac et de Jacob qui complétés en Jzehaq- 
El et en Jacob-El, ont reçu de Renan une excellente 
définition. Au lieu de le Rieur, Isaac est devenu : Celui 
à qui Dieu sourit: au lieu de « Il a talonné ». Jacob 
est devenu Celui qui s'attache aux pas de Dieu. 

Conformément à la conjecture de Gesenius ( Thésau- 
rus, page 824), le nom de Moïse est reconnu aujour- 
d'hui comme étant identique au nom du prophète 
Ahmos ; or, Ahmos est un nom égyptien qui signifie 
le Fils d'Isis : Ah, Isis: mes, fils. Mosé, transcription 
hébraïque de Mos, est le nom théophore égyptien Ah- 
mos, où le nom de la divinité est sous-entendu. C'est 
ainsi que récemment M. George Rénédite a prouvé que 
Réouben, nom du fils aîné de Jacob selon la légende, 
est un nom égyptien signifiant « Le Soleil qui brille ». 
Ce nom est inscrit sur une statuette égyptienne du 
Musée de Turin, d'une façon entièrement conforme à 
l'orthographe biblique. Ce nom a été porté par deux 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 31 

mis égyptiens. (Séance de l'Académie dos Inscriptions 
el Belles-Lettres, 24 décembre 1891.) ' 



Apocope et aphérèse. 

[. Apocope. — L'apocope est le retranchement 
d'une lettre ou d'une syllabe à la fin d'un mot. Ordi- 
nairement elle est suivie de l'addition de suffixes di- 
minutifs. Beaucoup de noms de famille ne sont que 
d'anciens noms de baptême ainsi mutilés. Exemples : 

Cathe-rine, la pure : dérivés après apocope : Cathe- 
lin, Catbe-lineau: 

Did-ier, désiré : Did-ot, le petit Didier; 

Margue-rite, la perle : Margue-rin, Margue-ry ; 

Mich-el, Qui est semblable à Dieu? : Mich-on, 
Mich-aud. 

Nicol-as, le vainqueur des peuples : Nicol-e, Ni- 
col-et. 

L'apocope est très fréquente dans les prénoms an- 
glais; souvent plusieurs syllabes sont supprimées, 
Exemples : 

Fred pour Frédéric, Timpour Timothy, 

Sam pour Samuel, Tom pour Thomas, 

Will pour William. Mck pour Nicolas. 



I, On trouvera dans mon livre Les Mythes de la B 
861-287, les détails les plus circonstanciés -m- la lé- 
gende de Mois.' et -m' la manière dont !<•> Juifs alexandrins 
oui fabriqué ce nom de Moïse pour le mettre en harmonie 
ave la légende. 



.'!■.' NOTIONS PRÉLIMINAIR] 

II. Apekrèsk. — L'aphérèse est le retranchement 
d'une lettre bu d'une syllabe au commencement d'un 
mot: elle est, dans les noms de famille français, beau- 
coup plus fréquente que l'apocope. 

Amaury, le très laborieux : Maury; 

Benjamin, le lils de la droite : Jamin; 

Denisard, le mauvais Denis : Nisard ; 

Emmanuel, Dieu est avec nous : Manuel; 

Jacquinet, le tout petit Jacques : Quinet ; 

Johanot, le petit Jean : Hanot, Hanoteau, le petit 
Jeannot; 

Renaudin, le petit Renaud : Naudin; 

Richardin, le petit Richard : Chardin ; 

Richardon, le gros Richard : Chardon: 

Simonot, le petit Simon : Monot, Monod (od, ortho- 
graphe de la Franche-Comté). 

Voici quelques exemples empruntés à différentes 
langues : 

1° En celtique, ah ou n/i veut dire fils : Ahélard est 
le fils d'Eilard. 

Bevan est pour ah Evan, le fils de Jean: 

Bowen est pour ah Owen, le fils de Ouen. 

2o En irlandais, mac veut dire fils : Mac-Mahon est 
le fils de l'Ours. 

Kean est pour mac Ean, le fils de Jean. 

Cody est pour mac Odo, le fils d'Othon. 

3. En arabe, abou veut dire père : 

Boabdil est pour abou abd Allah, le père au servi- 
teur de Dieu. 

Bou-maza est pour abou maza, le père à la chèvre. 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 38 

Bou amama est pour abou amama, le père au tur- 
ban. 



\oms d'origine germanique, 

Les noms d'origine germanique sont composés de 
deux éléments, soit en relation l'un avec l'autre, soit 
simplement juxtaposés et faisant addition. 

i Pr exemple : Gontran est composé de gunt guerre 
et de /tram corbeau. Les deux termes sont en rapport 
l'un avec l'autre, la signification de Gontran est le 
corbeau de guerre. 

2 e exemple : Wolf-halm est composé de wolf loup 
et de helm casque. Le loup est audacieux pour atta- 
quer ; le casque est une arme défensive. 

En donnant ce nom à son fils, le père entendait que 
le fils saurait attaquer et aussi se défendre. Tel est le 
sens du prénom Loup-casque donné à l'enfant. Cha- 
cun des éléments du nom Wolf-halm a un sens isolé, 
dans le nom composé ; ils sont en addition et non en 
combinaison l'un avec l'autre. 

Quelquefois deux noms différents sont composés 
des mêmes éléments, mais disposés en ordre inverse. 
Exemples : 

1. Berthier, germanique Bert-hari ou Bert-her, est 
composé de bert brillant, et de hari ou her armée ; le 
brillant guerrier. 

-2. Herbert, germanique Her-bert ou hari-bert, est 
composé des mêmes éléments que Berthier ; mais 



34 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

ces éléments sont placés on ordre inverse : le guerrier 
brillant. 

Cette inversion correspondait-elle autrefois à une 
différence dans la signification du nom composé ? On 
ne le sait pas. Toutefois, si l'on prend l'analogie pour 
guide, il est infiniment probable que rien u'étail mo- 
difié dans le sens. En effet, cette inversion des élé- 
ments composants existe dans l'hébreu : on dit iclio- 
hanan et hananiah, et ces deux noms signifient égale- 
ment: .Jéhovah est bienfaisant. 

I. Noms d'animaux. — Les animaux dont les noms 
entrent dans la composition des noms germaniques 
sont principalement l'aigle, le sanglier, l'ours, le 
loup, le corbeau. 

1. L'aigle symbolise naturellement la supériorité, 
non seulement dans les idiomes germaniques, mais 
dans toutes les langues. Formes germaniques : ara, 
génitif art n, arn. Exemple: Arnould, am-walt l'aigle 
qui dirige. 

•2. Le sanglier symbolise l'impétuosité brutale, 
aveugle. Formes germaniques : char, eber. Exemple : 
Ebroïn, Ebro-icin le sanglier ami (A. de Jcbatnville). 

3. L'ours symbolise la force unie ;i la prudence. 
Formes germaniques: bera, génitif bérin, beren, !><■>■. 
Exemple : Béraud, ber-ald: Béroud, ber-old, l'ours 
vigoureux. 

4. Le loup symbolise l'audace unie à la ruse. For- 
mes germaniques : ancien haut allemand rulf, anglo- 
saxon rolf, danois ulv, suédois ulf. Formes latines : 
ulfm, ulphus. Formes françaises : olphe, olfe, oitlf, 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 35 

ouf, oui, ou. Exemple : Burnoùf, brun-ulfus, le loup 
brun (E. Ritteb). Il existe des villages s'appelant 
Saint-Oulph el Saint Ou ; ces saints sont des loups 
dérivés du germanique vulf. Les loups dérivés du 
latin lupus sont passés en vieux français sous la for- 
me Lcu : Saint-Leu est un loup d'origine latine. 

5. Le corbeau symbolise le présage de mort pour 
les ennemis ; il a aussi un caractère religieux : dans 
la mythologie germanique, le dieu Odin a pour ins- 
pecteurs terrestres deux corbeaux; ce sont des messa- 
divins. Formes germaniques : hraban, firumu, 
ram. Formes latines : hramnus, chramnus, ramnus, 
ramus. Formes françaises : ram ou ran. Exemple : 
Hambert, Ram-bert, le corbeau brillant. 

IL Noms de divinités. — Les noms divins germani- 
ques qui entrent dans la composition des mots sont 
les suivants: 

1. Le nom du Dieu suprême : Gudh, Godi, God: 
allemand moderne Gott. Exemple: Geoffroy, God-frictl ', 
la paix de Dieu. 

•2. Le nom du dieu saxon Irmin. Exemple: Ermen- 
froy, Irmitt-fried, la paix d'Irmin. 

:>. Le nom des divinités que le polythéisme germa- 
nique appelle les Ases. Fermes germaniques : Ans et 
Us. qu'on traduit par Dieu. Exemples: Ansart, ans- 
wart, Dieu prend soin; Osmond, Os-mund, Dieu pro- 
tège. 

I. Le nom des divinités inférieures, les Allés un 

Elfes. I '<> ss dans les mots composés : nlf, alb, "/>'. 

Exemple : Auboin, albwin. l'Elfe ami. 



ITI0N8 PRÉLIMINAIRES 

III. Suffixes divers. I. Aid, ait : A une racine 
primordiale al, qui enveloppe le sens de pousser, 
faire croître (Bauli el Eggeb, pages 320, 330), se 
rattachent les deux radicaux grecs suivants : 

1. aÀo : âÀo-r,cx£iv croître; âXS-atveiv accroître. 

2. à'/Ji : àAO-esOxt croître: à/.O-alvetv guérir. 

Le radical ait se trouve dans le celtique alt-ritim 
nourrir, att nourriture, et dans l'allemand ait vieux, 
âgé, celui qui a crû. La forme latine des deux radi- 
caux ald et ait dans les noms composés est aldus. 

II. Wald, naît : Le suffixe germanique ivahL naît, 
est passé dans le bas-latin sous la forme oaldus. puis 
aldus. Cette forme aidas lui a fait envelopper le même 
sens que les radicaux précédents; mais son vrai sens, 
dérivé du verbe gothique valdan, en latin regnare, 
regere, est celui que donne l'allemand moderne walten 
prendre soin, veiller à, gouverner, régir, protéger. 
Ce sens est nettement accusé dans l'étymologie de 
héraut. En effet, héraut vient de l'ancien haut alle- 
mand hariovalt qui signifie celui qui a un commande- 
ment dans l'armée, par conséquent un officier d'armée. 
Voici les différentes formes : 

1. Ancien haut allemand. Itario-ralt. 

2. Franc mérovingien, chario-vald, 

3. Bas-latin, chario-valdus. 

4. Allemand moderne, her-old . 

5. Anglais, her-ald. 

6. Latin correspondant, her-oldus, har-oldus. 

7. Espagnol, her-aldo, Itaraldo. 

8. Scandinave, har-aldr . 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES ■'./ 

i». Saxon, hari-olt. 

On voit parce tableau que les formes ald, old, oit 
sont des formes dialectales. 

Les formes françaises correspondantes sont : ald, 
and, nuit, old, oml. Il suit de là que les suffixes fran- 
çais ald, mi'l. old, oud, pourront donner deux sens: 

1. L'un dérivé des radicaux ald , ait, ayant le sens 
des radicaux grecs àÀo, à).0; 

2. L'autre dérivé des suffixes wald, irait, lesquels ont 
le sens qu'on trouve dans l'allemand moderne iralten. 

Parfois le suffixe aida, un sens simplement augmen- 
tatif. 

III. Pald,Bald, Boldr L'ancien haut allemand pald 
ou bald, anglais bold. gothique baltlis, a le sens de 
hardi, brave, joyeux, fier. Formes françaises : baud, 
bauld. baud, bault, baud, boud. 

L'adjectif baud a existé dans l'ancien français; le 
verbe baudir. faire le joli, le galant, se trouve même, 
au xvii'' siècle, chez Bussy-Rabutin. Nous avons encore 
un composé de ce verbe, à savoir, s'ébaudir, qui signi- 
fie aujourd'hui se réjouir : il a signifié autrefois être 
brave, plein de courage (Littiîé à Ébaudir). 

Le Baudet, diminutif de Baud. a été ainsi appelé à 
cause de sa galté et de sa hardiesse; il est l'animal 
guilleret (A. Brachet, Dict. étymologique). 

IV. llard. ard : Le germanique7>fl/'t, ancien haut 
allemand hafîi, signifie duren parlant des choses, fort 
et hardi en parlant des personnes. L'anglais bai d si- 
gnifie dur, cruel. Ilarti se rattache au sanscrit kratu 
puissance; grec apatuç fort (Littré, à Hardi). 

3 



38 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

Formes latines: hardus, ardus, d'où sont venues 
les formes françaises hard, ard, hart, art. 
De hard est venu le vieux verbe français hardir t dont 

l'adjectif moderne hardi était le participe passé. Hardir 
existe encore dans le composé enhardir, s'enhardir. 

Le suffixe ard linil souvent par n'avoir qu'un sens 
augmentatif. Exemple français : Un pleurard est un 
homme qui pleure souvent et beaucoup. 

V. Reich, rie : De l'antique racine qui a donné rie 
dérivent les mots ayant le sens de roi dans les langues 
suivantes : gothique reiks; latin, rex; gaulois, rix; 
sanscrit, rajan. 

L'adjectif français riche dérive du germanique rie, 
rieh ou reich par l'intermédiaire du bas latin rirais. 

Le sens primitif du mot germanique, dit Littré, est 
puissant, vaillant, sens qu'il conserve en français 
dans les premiers temps. Le suffixe rie finit, comme 
les suffixes ald. uni, par devenir un simple augmen- 
tatif ou superlatif. Exemple : Frédéric, Frirtl-ric 
[fried paix), le très pacifique. Dans notre langue 
populaire, les mots riche, richement, marquent éga- 
lement le superlatif : une étoile richement belle est 
une très belle étoffe. 

Il résulte de là que le suffixe reich, rich ou rie, 
donne au mot l'une des deux acceptions suivantes : 

1. Il désigne un roi, un chef, comme on le voit dans 
les dérivés gothique, latin, gaulois, sanscrit ; 

"2. Il ajoute un sens superlatif au sens du mot 
auquel il est adjoint, comme on le voit dans Frédéric, 
le très pacifique. 



ROTIONS l'Rkl.IMINAIIJES ."i!) 

VI, Dérivés germaniques de ta racine sanscrite tu 
qui signifie être fort : 

I. Gothique, thiuda peuple; thiudisc populaire; 

•2. Anglo-saxon, théod peuple; thêodisc populaire; 

3. Haut aliéna., diot peuple ; diutisc populaire. 

On voit qu'en passant dans le haut allemand, le f 
sanscrit et le th gothique, anglo-saxon, se modifie 
en il. 

C'est 4e diutisc que vient le mot moderne deutsck 
qui signifie allemand; l'Allemand est, étymologique- 
ment., le peuple par excellence. (Voir Max Millek. 
Nouvelles Lirons sur la science du langage, tome !•*, 
page 2G8. et tome II, page 199.) 



Série de radicaux germaniques. 

On donne le nom général de langue germanique à 

l'ensemble des idiomes suivants : gothique, ancien 
haut allemand, moyen haul allemand, nouvel haut 
allemand, ancien saxon, anglo-saxon, ancien nord 
ou Scandinave, dialectes francs, ancien frison, ancien 
néerlandais, etc. 

Il m'a semblé utile d'insérer ici un certain nombre 
'li radieaus germaniques, lesquels pourront, à l'occa- 
sion, prêter une aide efficace dans la recherche de 
l'étymofogie des noms de famille. Ces radicaux, sont 
empruntés au Dictionnaire de Fœrstemann, depuis 
longtemps épuisé en Allemagne; il n'a pas été réim- 
primé. Les grandes bibliothèques, seules, le possè- 



£0 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

dent; c'est dire qu'il est devenu inaccessible à la 
presque totalité des travailleurs. 

Les limites restreintes d'un opuscule consacré à des 
prénoms français m'obligent à me borner presque 
exclusivement à la traduction latine qu'a donnée de 
chaque radical l'illustre philologue allemand. 

Ce qui augmente singulièrement les difficultés des 
recherches étymologiques, c'est que les radicaux 
modifient si bien leurs formes dans les noms com- 
posés que souvent il est impossible de discerner si 
l'élément composant appartient à tel radical ou à tel 
autre. Le seul guide que l'on ait est le sens que peut, 
avec le plus de vraisemblance, présenter le nom propre 
en question. On trouvera ci-après quelques exemples 
de ces pénétrations réciproques de radicaux modifiés 
dans leur structure organique; on se rendra compte 
ainsi de la sagacité, du sens critique, de la méthode 
sévère et des connaissances étendues dont doit être 
armé le philologue dans ses travaux. 

Ag, peut avoir trois sens : 

1. Ancien haut allem. ekka pointe, surtout la 
pointe de l'épée; 

2. Ancien haut allem. aîn\- en latin disciplina. 
discipline, science, ordre: 

3. Anglo-saxon acan: ancien nord aka, en latin 
agere, agir. 

Les formes que peut prendre ag dans les noms 
composés sont les suivantes : Agi, ag : Egi, eg: Aig, 
eig: Ai, ci. Exemples : 

1. Agihard, Egihard, Acard, Achard; Itard signifie 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 4Ï 

dur, hardi. Si l'on prend le sens de pointe de l'épée, 
on aura : la dure pointe d'épée. Si l'on prend le sens 
de agir, on aura : l'homme qui agit hardiment; 

2. Ag-bert, Esbert, Ehert; bert signifie brillant. Le 
troisième sens, celui de science, peut convenir ici : 
l'homme à la science brillante: 

3. Agomar, Agmar, Àimar; mav veut dire célèbre; 
le sens de pointe d'épée, c'est-à-dire épée dans le 
sens de guerrier, convient ici; il en est de même du 
sens de science; on aura donc également: l'épée 
célèbre ou la science célèbre. 

Agil. L'étymologie de agil ainsi que celle d'agin, est 
incertaine; vraisemblablement ces deux racines sont 
des variantes ultérieures de Ag. Les formes de agil 
sont celles de ag avec l'addition de / : Agil, agi ; Egil, 
cjl : Ail, fil. Exemples : 

1. Ag-bert, Egilbert, Ailbert, Elliort ; l'homme à la 
science brillante ou l'homme qui agit brillamment. 

2. Agilulf, Egilolf, Eglof; ulf signifie loup; le loup 
actif. 

Agin, variante ultérieure de Ag. Les formes sont 
celles de Ag avec l'addition de » ; Agin, n',n : Egin, 
i'ijii ;Aigin, eigin: Ain, ein. Exemples : 

1. Aginhard, Egiuhard, Ainard, Eynafd; mêmes 
sens possibles que ceuxdf Agihard, cité' à Ag : La dure 
pointe d'épée ou l'homme qui agit hardiment. 

2. Agin-ald, Eginald.. Eynald, Eynaud, Enault : "/'/ 
signifie vigoureux : l'hommequiagit avec vigueur, ou 
l'épée vigoureuse. 

Ali, gothique aljn, équivaut au latin alhts autre, 



i Z NOTIONS PBËLIMIM \ 1 1; i - 

probablement dans le Ben ! deperegrinus étranger. Les 
formes sont Ali, aie; Ele, ell. Exemples : Alibert, 
Elbert,le brillant étranger ; Blwin, Hélouin, l'étranger 
ami. 

Ai. [\\. gothique aljan, ancien haut allem. ellan, 
force, vigueur. Exemples : Allembert, Elambert, 
l'homme d'une vigueur brillante: Allinger, Ellinger; 
ger signifie lance; la lance vigoureuse. 

A-mai., gothique, équivaut au latin lubor, d'où le 
sens, dans les composés, de laborieux, occupé, actif 
(Weigand). Exemples : Amalbert, Amâubert, par aphé- 
rèse Maubert, le brillant travailleur; Amal-win, Amau- 
guin, par aphérèse Mauguin, l'ami laborieux. 

And, ancien haut allem. anilo, équivaut au latin 
zelus, zèle, jalousie, amour. Exemples : And-ger, 
Ànger, la lance zélée; And-win, Andoin, l'ami zélé. 

Andar. paraît être simplement une amplification de 
la racine Ami. Exemple : Andr-ald, Andraud, l'homme 
d'un zèle actif. 

Angil, ancien haut allem. équivaut à angélus, ange, 
messager divin. Exemples : Angilbert, Enjalbert. 
l'ange brillant; Angi-bald. Angibaud, l'ange brave et 
gai. 

Le radical im/o* qui signifie jeune, arrive, par ses 
modifications variées, à se confondre avec le radical 
angil. 

Abà, arin, uni. gothique; anglo*saxôn earn;da.nois 
am ; équivaut au latin aquila, aigle. Exemples : Arn- 
ulf, Arnoul,Ernoul, Ernouf, l'aigle-loup. 

Athal, ancien haut allem. adal; anglo-saxon adel, 



NOTIONS PRELIMINAIRES (•> 

race noble, noble. La forme contractée al se rencontre 
fréquemment. Exemple : Athal-hard, Àllard, le noble 
hardi. 

Ain. gothique auda, vieux saxon oda, signifie pro- 
pfiété dans lésons féodal, biens meubles et immeubles 
(Weigand). Exemples : Aud-win, Audoïn, le proprié- 
laire ami; Audi-frid, Audiffred, Audefroy, Aufroy, 
Aufray, le propriétaire pacifique; Audibert, le proprié- 
taire brillant. 

Bad, anglo-saxon beado; nord bôd; gothique bu/lu, 
en latin pugna, combat, bataille. Exemple : Bad-ulf, 
Badou, diminutif Badoulet, le loup guerrier. 

Babd, peut avoir quatre significations : 

I . Celle de barde, poète chez les anciens Celtes; 

-2. Celle de bâche, allem. moderne barte; 

:>. Celle de barbe, allem. moderne bart; 

\. Celle de géant, d'après le vieux nord hardi. 

Exemples : Lang-bart, Lombard, l'homme à la 
longue barbe; Bard-ulf, Bardoul, Bardou, le géant- 
loup. 

It se peut faire que le radical bord ou bart ne soit 
que le radical beraht brillant, grossièrement dégradé. 
Exemple : Barthold, pour berath-old, le très brillant. 

Beh, moyen haut allemand, génitif bercn: ancien 
haut allem. pi : ro, génitif p'êrin ou bëro, b&rin : anglo- 
saxon liera, ours (Weigand). Exemples : Ber-mund, 
Bermond, Brémond, l'ours protecteur; Bern-hari, Ber- 
nier, Brenier, l'ours guerrier; Bern-wald, Bernaud, 
Bernod; Pern-wald, Pernaud, Pernot, l'ours qui 
dirige, Tours chef; Bern-ulf, Bernol. diminutif Bernol- 



y NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

let; Pern-ulf, Pernol, diminutif Pernollet, l'ours- 
loup. 

Berath, ancien haut allem. berathou peraht ; alleiri. 
moderne brechl ou bert; formes latines berchtus, ber- 
tiis: forme française bert : il signifie brillant, exemples: 
Bert-wald. Berthaud, Berthoud, le brillant directeur; 
Flot-bert pour Hlod-bert (Fokkstemann), Flobert, Flau- 
bert, le brillamment glorieux ; Bert-ulf, Berthol, dimi- 
nutifs Bertliolin, Bertbollet, le loup brillant. 

Bid, gothique beidan; anglo-saxon bidan; ancien 
haut allem. bitan, a le sens du latin sustinere soutenir. 
Exemple : Bid-wald, Bidaud, le chef qui soutient. 

Brun, dérive de l'ancien haut allem. brun qui signi- 
fie brun. Exemple : Brun-hard, Brongniard, le basané 
hardi. Brun peut dériver aussi de brunja source. 

Bud, peut avoir deux sens, celui du latin prœbere, 
offcrre, donner, offrir, et celui du \a.tinjubere, comman- 
der, donner des ordres. Exemples : Bud-hard, Bou- 
dard, Bouard, celui qui donne des ordres hardis ; 
Bud-hari, Boudier, Bouhier, diminutif Bouhéret, le 
guerrier qui commande ; Bic-bud, Biboud, le chef qui 
ordonne. 

. Drud ou Trud, ancien haut allem. Il ut, équivaut au 
latin amicus, ami, favorable, bienveillant. Exemple : 
Trud-bert, Trubert, l'ami brillant. 

En certains cas, Drud est mis pour Thrihlr, nom 
d'une de ces vierges guerrières, semi-divines, appelées 
Walkyries. 

Druht, gothique drauht; ancien nord drôst, équi- 
vaut au latin populus, peuple, l'ensemble des citoyens, 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 45 

nation. Exemples: Drocto-wig, Droctd-vœus, Drocto- 
\rr. [e guerrier de la nation. 

Ebar, eber, le sanglier. Exemple : Fber-vald, Evraud, 
le sanglier-chef. 

Era, brin, ancien haut allem. équivaut au latin 
honor, honneur, considération, estime, gloire. Exem- 
ples : Erin-bert, Eramhert, l'homme brillamment 
considéré. 

Ercan, gothique airknis, bon, sain (A. de Jubain- 
ville); ancien haut allem. ercan, qui équivaut au 
latin genuinus, naturel, inné, ou à ingenuuS' franc, 
sincère (Fcbrstemanw), ou à egregius, excellent, distin- 
gué (A. de Jubainvillb). Exemples : Ercan-hard, 
Archinard, l'homme d'un naturel hardi. 

Fin et Fol : 1° Fili a le sens du latin multus beau- 
coup, c'est-à-dire qu'il élève au superlatif l'adjectif 
avec lequel il est combiné. 

2° Fui a le sens du latin plenus plein; en composi- 
tion, il élève au superlatif l'adjectif auquel il est 
adjoint. 

Exemples : Filbert, Philbert, Philibert, Fulbert, le 
très brillant. 

Furrn, frird, frid, signifie la paix. Exemple : Frith- 
bald, Frébault, la paix joyeuse; Frith-hard, Frihard, 
la paix hardie; Frith-ric, Friry, dérivé Friiion, le très 
pacifique. 

Fdlc, ancien haut allem. foie, équivaut au latin 
pojnilus, peuple, ensemble des citoyens, nation. 
Exemples : 

1. Folc-mar, Volmar, le célèbre d'entre le peuple. 

■ ;. 



'il'» NOTIONS PRÉLÏMINAIR1 

-2. Folc-hari, Poulquier, Fauchier, Faucher, le 
guerrier du peuple : 

3. Folo-hard, Foucard, Fouchard, le hardi d'entre 
le peuple. 

4. Folc-bert, Foubert, Faubert, le brillant (l'entre le 
peuple. 

Gail, ancien haut al lem., équivaut au latin elatus 
fier, hautain, el à petulans bouillant, emporte. Autres 
formes de (Util : Gai, Gel, Geli. Exemples: Gal-bald, 
Galbaud, l'homme d'une pétulance brave et gaie. 

Gari, ancien haut allem., peut avoir trois formes 
et trois sens : 

\. Gar, gér, lance; 

2. Ger, en latin cupidus, qui désire; 

3. Garo, en latin /rin/tus, préparé, prêt à. 

C'est le sens de lance qui est le plus fréquent. 
Exemples : Garibald, Garibaldi, Gerbaud, la lance 
brave et gaie; la terminaison t de l'italien Garibaldi 
indique la filiation ; le sens vrai de Garibaldi est fils 
de Garibald; Ger-bert, la lance brillante; Lind-gar, 
forme latine leodegarius, Laugier, l'a lance du peuple. 

Gard, racine beaucoup plus employée à la fin des 
mots qu'au commencement; elle entre dans la compo- 
sition des noms de femme plus que dans celle des 
noms d'homme. C'est chez les Francs de l'Ouest qu'elle 
est le plus usitée ; elle y prend le sens du radical bard. 
Weigand lui attribue une signification différente : il 
lui donne le sens de maison, cour. Probablement les 
deux sens sont-ils valables, selon les cas. Exemples : 
Idelgarde, Ildegarde,la femme noble, pleine de har- 



NOTIONS PRÊLIMINAIBE8 4? 

diesse; Erm en garde, la demeure d'Irmin, dieu 
saxon. 

Gtast, voir les détails ù Gaston, dans les prénoms 
usités en France. 

Gaud, c'est le nom même du peuple goth; il peut 
prendre les formes suivantes : Gauz, cauz; Gaz, roz. 
Voir à Jocelyn, < I a n s les prénoms usités en France. Il 
impoilc de ne pas confondre Gaud avec God, Dieu, et 
gui, bon. 

<ii al. voir les détails à Gisèle, dans les prénoms 
français. 

GuND, r,L\T, ancien haut allemand, équivaut au 
latin pugna, combat, bataille, ou à bêlions, guerrière 
ou guerrier. Exemples : Gund-bald, Gombault, le 
guerrier brave et gai; Gunt-hard, Gontard, le guer- 
rier hardi ; Gund-wald, Gontault, le chef de guerre. 

H.\Rr, heri, her, franc mérovingien hari, et ari, franc 
très ancien rhari, chario ; formes latines harius, cha- 
rius; toutes ces formes signifient armée, d'où guer- 
rier. Exemples: hari-bald, Herbaud; ari-bald, Ari- 
baud, le guerrier brave et gai; Hari-hard, Hérard. 
Erard le guerrier hardi : Ilaii-vald, Héraud, le chef 
d'armée ou l'officier d'armée 3 même nom que hérault; 
Hari-win, Harrewyn, le guerrier ami. 

Hath, peut avoir trois sens selon les radicaux aux- 
quels il se rattache : 

1. Il signifie bataille, combat, lorsqu'il se rattacha 
aux mots suivants : gothique hath: ancien haut alle- 
mand, hada; forme ultra-germanique cat; dialecte 
franc, chad. C'est le sens de bataille, combat, qui est 



i.X N0TI0N8 PRÉLIMINAIRES 

de beaucoup le plus fréqueDt. Exemples : Hadu-bert, 
Cha-dobert, lé guerrier brillant; Hadamar, Catumar, 
le guerrier célèbre. 

2. Il peut désigner un dieu germanique aveugle 
Hœdr. Eadu ou llufu, qui distribue les chances de la 
bataille. Voir à Hedwige. 

3. Enlin.il peut se rattachera l'anglo-saxon headho; 
alors il a le sens du latin culmen, celsum, c'est-à-dire 
point culminant, sommet élevé. 

Helm. halm, casque; c'est de helm que vient le mot 
français heaume. Exemple : Bert-helm. Bertheaume. 
diminutifs Berthemin, Berthemot, Berthemet, le cas- 
que brillant. 

Hildi, ancien haut allem. hiiti ; anglo-saxon hilt, com- 
bat, bataille. La séparation de ce radical d'avec l'ancien 
haut allemand hélid, héros, c'est-à-dire guerrier vail- 
lant, est difficile ; heureusement les sens sont, au fond, 
les mêmes. Exemple : Hildi-hert, Hilbert, le guerrier 
brillant. 

Hlod. autres formes hluodo, hlodo, chlodo; hloto, 
chloto, Clôt: La forme Chludo, Cltloto, appartient à 
l'idiome des Francs. Ces mots dérivent d'une racine pri- 
mitive du, qu'on retrouve également dans le latin in- 
clut us et dans le grec xàutoç; elle signifie illustre. Les 
formes françaises sont chiot, do, lud, lou : on en trou- 
vera pluieurs exemples dans l'étymologie des pré- 
noms. 

Iïrad, ancien haut allemand, équivaut au latin 
velox, strmuus, prompt, rapide, alerte, vigoureux. 
Exemple : Hrad-hari, Radier, l'alerte guerrier. 



NOTIONS PRÉUMINAIBES 19 

Les modifications de ce radical peuvent se con- 
fondre avec celles de rath qui équivaut au latin con- 
silium, conseil, ressources d'esprit, esprit ingénieux. 

Hruod, iirod, ancien haut allemand, signifie gloire; 
anglo-saxon, hrêdhe glorieux. En dialecte franc, l'as- 
pirée // se change en rh. Formes variées dans les com- 
posés: Chrod, rod: Chrot, rot. Exemples: hrod-hildis, 
chrode-childis ; hruot-ilda, chrotilda, formes diverses 
du nom unique Clotilde, femme de Clovis : Chlotilda 
et Chrotilda existent à la fois. Cet exemple montre 
que hruod glorieux, et hluod illustre, se confondent 
facilement. 

Exemples : Hrod-bald, Robaud, Roubaud, le glo- 
rieux, brave et gai; Hrod-hari, Rodier, Rouhier, 
Rouher, le glorieux guerrier; Hrod-vald, Rohault. le 
chef glorieux. 

Lngo, ancien haut allemand, équivaut au latin jwoe- 
nis, jeune. Les modifications de ce radical dans les 
noms composés arrivent à se confondre avec celles 
du radical ângil, ange, messager divin. Exemples : 
Ingo-bald, Imbault, le jeune homme brave et gai. 

[s, i s a i . , [SAN, ancien haut allemand isarn, équivaut 
au latin ferrum, !<• fer. Exemples: Isbert,Isambert, le 
fer brillant; Isanhart, tsnard, Esnard, le fer hardi. 

11 si' peut faire (pie la forme is provienne de îs 
glace, et que isal provienne de gisal par aphérèse ; 
mais ces cas sont rai'-. 

La.nd. dans les idiomes germaniques, font en haut 
allemand, équivaut au latin terra, tcrn', pays. 
Exemples : Land-frith, Lanfrey, la paix du pays; 



50 DTTON8 PRÉLIMINAIRES 

Land-helm, Lanthelm'e, le casque du pays; Land- 
rich, Landry, diminutif Landriot, le chef du p 
Land-ulf, Landolphe, le loup du pays. 

Lim), il y a trois versions pour ce radical : 

1. Un savant allemand le tire de tint serpent, dra- 
gon; 

2. Grimm le tire, soit du vieux nord linn serpent, 
suit plutôt de lind fontaine, source; 

3. A ces deux interprétations, Fœrstemann préfère 
l'ancien haut allemand lind, allemand moderne 
gelind, qui équivaut au latin Irais, doux de carac- 
tère. 

Dans tous les cas, il faut rejeter l'ancien haut alle- 
mand linde tilleul. 

Exemples : Siglind, la victorieuse douce; Ililde- 
linda, la guerrière douce; Theudelinde, la femme 
douce d'entre le peuple; Linda, la femme douce. 

Liud, ancien haut allemand liuti; ancien saxon 
liudi; anglo-saxon liod et leod ; ancien nord lydr; 
équivaut au latin populus le peuple, la multitude, les 
individus (Weigand). Exemples : Liébert, Lubert. le 
brillant d'entre le peuple; Léod-hard, Léotard, le 
hardi d'entre le peuple ; Leod-hari, Lothier, Léotier, 
le guerrier du peuple; Liud-ric, Loury, Lory, le chef 
du peuple. 

Magan, .megin. ancien haut allemand, équivaut au 
latin robur force physique, vigueur, énergie. Ce radi- 
cal se place au commencement des mots composés. 
Formes diverses : main, mayn, tneyn. Exemples : 
Magin-hard, Magnard, Meynard, Ménard. Thomme 



N0TI0N8 PRÉLIMINAIRES 51 

très robuste ou très énergiquo; la terminaison hard 
marque vraisemblablement le superlatif: Magan- 
liari, Mainier, Meynier, Ménier, le guerrier robuste. 

Mari, mar, chez les Francs mer, mir. signifie 
célèbre. Exemple : Mar-baJd, Marbaud, Marbot, le 
brave célèbre. 

Marah. ancien baut allemand; celtique march, che- 
val. Exemples : Marah-hard, Marcard, le cheval hardi ; 
Marah-ulf, Marcouf, Marconi, Marcou, le cheval-loup; 
Marcomir, le cheval célèbre. 

Mathal. madal. gothique madl, équivaut au latin 
8ermo, rondo, parole, langage, harangue. Exemples : 
Madalbert, le brillant causeur; Madelard, l'orateur 
hardi; Madelor doit se rattacher à ce radical. 

Mod, ancien haut allemand mot, équivaut au latin 
mens esprit, âme, intelligence. Exemple : Willi-mot, 
Villemot, l'esprit qui veut. 

Mun, se place au commencement des mots; il se 
rattache aux mots suivants : 

1. Ancien nord munr, en latin voluptas, volupté, 
plaisir; 

-2. Ancien saxon munilic, >'n latin amabilis, ai- 
mable : 

3. Verbe gothique munan, penser, vouloir. 

Exemple : Mun-frid, Monfray, celui qui veut la 
paix. 

Mund. ancien haut allemand mttnt, défense, garde, 
protection. Exemple : Ger-mund, Germond, la lance 
protectrice. 
Nant. nantii. n.vnd. gothique nandjah, équivaut bu 



52 NOTIONS PRÉLIMINAIRE* 

latin audére être audacieux. Exemple : Ger-nand, 

Gernand, la lance audacieuse. 

Non, ce radical dérive du nom des Nôriques, peuple 
d'origine celtique, établi en Germanie; les villes 
principales étaient Salzbourg et Nuremberg, noricum 
castellum, la forteresse des Nôriques. Exemples em- 
pruntés à Fœrsteni.iiin : Norine, la femme norique ; 
Nor-trude, l'amie norique; Norman, l'homme de la 
Norique: Norbert, le brillant Norique. 

Othal, ancien haut allemand uodai, équivaut au 
latin patria, patrie, pays natal. Les formes dérivées 
arrivent souvent à se confondre avec celles de aud ou 
odo. nouvel haut allemand eodal, qui signifie proprié- 
tés, biens de famille, de sorte qu'il est parfois impos- 
sible de discerner l'une de l'autre. Certains noms se 
trouvent ainsi avoir deux interprétations ayant une 
égale valeur. ( )n en trouvera deux exemples remar- 
quables à Odilon et à Ulrich. Exemples où othal semble 
préférable : Otbal-hari, Odier, le guerrier delà patrie; 
Othal-ric, Obry, le cbef du pays natal ; Othal-frid, 
Offroy, Offray, la paix de la patrie; Odelin, diminutif 
de Othal, le compatriote; Odalbert, le brillant compa- 
triote. 

Rad, rath, placé à la fin des mots, équivaut au 
latin consilium conseil, ressources d'esprit. Il peut 
être confondu avec hrad, prompt, alerte ; celui-ci se 
met de préférence au commencement des mots : 
cependant cette distinction n'est pas rigoureuse; au 
demeurant, seul, le sens peut décider. En voici deux 
exemples : Rad-frid, Raffray, celui qui conseille la 



NOTIONS PBÉLIMINAIRES 53 

paix, vaut mieux que la paix rapide; Etathbert, 
l'homme qui brille dans le conseil. 

R.vgax, ragin, gothique, équivaut au latin conti- 
nu m, esprit plein de ressources, intelligence ingé- 
nieuse. Formes dérivées : Baim . liuin. Exemples: 
Ragin-ward, Reinward, Raynouard, Renouard, 
l'homme à l'intelligence protectrice; Ragin-bald, 
Reginbald, Raimbaud, l'homme à l'esprit vif et 
hardi: Ragin-hari, Rainier, Régnier, Renier, le guer- 
rier à l'esprit fécond en ressources; Ragin-ulf, Re- 
gnouf, Renouf, Regnoul, Renoul, le loup à l'esprit 
ingénieux. 

Rand; d'après Weigand, rand est la partie cen- 
trale, en relief, d'un bouclier; il est légitime de don- 
ner à rand le sens de bouclier. D'autre part, le bou- 
clier, arme défensive, symbolise la protection, la 
défense; avec cette interprétation, les noms propres 
où entre rand ont un sens raisonnable. Exemples : 
Rand-win, le bouclier ami; Rand-ulf, Randolphe, le 
bouclier-loup, c'est-à-dire l'homme à la fois habile à 
défendre et à attaquer. 

SffiG, sic, victoire; il se place au commencement 
des mots. Exemple- : Sig-bald, Sébault, le vainqueur 
brave et gai: Sig-bert, Sibert, Sébert, le vainqueur 
brillant; Sig-hard, Sicard, le vainqueur hardi; Sig- 
hari, Séguier, le guerrier vainqueur. 

Swi\i>, ancien haut allemand suind, équivaul au 
latin violentus, asper, violent, impétueux, farouche, 
intraitable. Exemples : Galswinthis, Galsuinthe, la 
femme à l'intraitable fierté; ijal a le sens de fierté; 



•)i NOTIONS PRÉLIMINA.IR1 - 

Amala-suintha, Amalsuinthe, la femme à l'activité 

impétueuse ; Amala signifie actif, laborieux; Swind- 
hari, Stfgier, le farouche guerrier. 
Vac, vâg, peut dériver de quatre sources : 

1. Ancien haut allemand vak, en latin vigil, vigi- 
lant, attentif: 

2. Ancien liant allemand wahi, en latin vçnustus, 
charmant, gracieux, aimable; 

3. Ancien haut allemand wegan, en latin movere, 
mouvoir, agiter; 

4. Ancien haut allemand wag, dérivé lui même de 
wegan : il équivaut au latin unda, l'eau: les mots lac, 
mer, onde, entrent comme suffixes daus la composi- 
tion de mots nombreux. 

Exemples : Wag-bert, l'homme d'une grâce bril- 
lante; Wag-lind, la femme d'une aimable douceur. 

Vacar, ancien haut allemand, wachar; anglo-saxon 
racor: ancien nord rakr, équivaut au latin vigil, vigi- 
lant, attentif. Vacar est un simple agrandissement de 
vac. Exemple : Odo-vacar, Odoacre, roi des Hernies, 
le propriétaire vigilant. 

Valait, ancien haut allemand trahi h : anglo-saxon 
vealh; équivaut au latin peregrinus, l'étranger, celui 
qui voyage hors de son pays, l'étranger voyageur. 
Exemples: Wala-bert, Valbert, Galabert, Jalabert, le 
brillant voyageur; Valah-ram, latin Valarammus, Wale- 
rannus, Vallerand, le corbeau voyageur; Walah-hari, 
Wala-chari, Vaucher, le guerrier voyageur. 

Yarin, ancien haut allemand irari : allemand mo- 
derne wèhren, défendre, protéger. Exemples : 



NOTIONS PRKLIMINAIBES .).) 

1. Varin-heri, Yarner, Werner, le guerrier défen- 
seur; de ce nom composé dérivent un certain nombre 
ilf noms patronymiques français : Garnier et les 
dérivés Garnereau, Garnerin, Garneret; Gasnier; 
Guernier, Guesnier; Varnier, Varnerot. 

2. Varin-gar, la lance protectrice; de ce nom déri- 
vent Varanger, Garanger, Guérangfer. 

N'as, verbe vasjan, en latin poUere, être très puissant, 
supérieur. Exemples : Ger-was, Gervais, la lance 
puissante; Bern-was, l'ours puissant. 

\\/., ancien haut allem. wazan, en latin loqui, 
parler, discourir. Exemple : Wasa, l'orateur (Foejbs- 
te.manm. Il ne faut pas confondre ra~ parler avec vas 
être puissant. Gervais appartient à vas et non à 
va:. 

Vid, gothique vidus, ancien haut allem. witu; 
anglo-saxon vudu; gaulois vidu; équivaut au latin 
lignum, silva, bois, forêt. Exemples : Wit-hard, Gui- 
tard, le forestier hardi ; Wid-fred, Guiffrey, le forestier 
pacifique; Wid-bert, Guibert, le forestier brillant, 
W'iil-i'ic, Guitry, Quitry, Vuitry, le chef forestier. 

Wis, ancien haut allemand wisan, équivaut an latin 
ducere, regere, conduire, diriger, guider. Exemples: 
Adal-wis, par contraction, Al-oïs, Aloys, Eloi, le 
noble guide; Sigi-vris, celui qui conduit à la victoire. 

\ i/., ancien haut allemand wizzan, équivaut au 
latin scire, savoir, adjectif wiz 1 en latin gnarus, celui 
qui sait, qui connaît. 

Il est certaines formes dérivées de vid, de wis et de 
ut: qui appartiennent légitimement aux trois radi- 



56 NOTIONS PRÉLIMINAIB 

eaux indifféremment, En voici un exemple remar- 
quable : 

1. Yiil, forêt, a donné un certain nombre de noms 
composés dont on a vu ci-dessus des exemples; ces 
noms composés se remplacent par une abréviation 
familière Wizo, en français Guizot. (ini/.ot a donc le 
sens de forestier. 

-2. Wis, conduire, guider, a donné divers compose's, 
dont l'abréviation familière est Wizo, en français, 
Guizot. Guizot a donc le sens de guide. 

3. Wiz, savoir, être savant, a donné des composés, 
dont l'abréviation familière esl Wizo, en français, 
Guizot. Guizot a donc le sens de savant. 

Ces trois acceptions sont également bonnes (Fobrs- 
temann). Wizo a lui-même un diminutif, Wizelin, en 
français. Guizelin, lequel évidemment partage le< 
trois acceptions de Guizot. 

Vilja, gothique, équivaut au latin voluntas, volonté, 
action de vouloir, faculté de vouloir. Dans la compo- 
sition des noms, il est à peu près exclusivement placé 
au commencement. Exemples : Willi-bald, (ïuillebaud, 
l'homme à la volonté gaie et hardie; Willi-bert, Guil- 
bert, l'homme à la volonté brillante; Will-frid, Vuille- 
froy, l'homme qui veut la paix; Will helm. Vuillaume, 
la volonté-casque; c'est le même nom que Guillaume; 
voir à Guillaume: Will-ric, Guillery. l'homme à la 
volonté énergique : rie marque le superlatif. 

Vin, ancien haut allemand icini. équivaut au latin 
amicus, sodalis, ami, compagnon, camarade. Exem- 
ples : Wini-hard, Guignard, Guinard, le compagnon 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 57 

hardi; Wini-bert, Guinebert, Guimbert, le brillant 
camarade; Wîni-wald, Guigniaut, Gueugniaud, (iue- 
naut, Guinault, Quinault, le directeur ou le chef ami. 



Système d'interprétation. 

Au sujet du sens à donner aux noms composés, il 
estime école qui, pour ne pas se laisser égarer dans des 
interprétations ingénieuses mais peu fondées, se con- 
tente de décomposer le mot en ses éléments : elle ne 
traduit ni les uns ni les autres. Par exemple, elle vous 
dira que Lugdunum, Lyon, est composé de lugu et de 
dunum; mais elle se refuse à traduire lugu et dunum, 
elli' en reste là. de sorte qu'au lieu d'une obscurité, 
j'en ai deux a percer. Mais si l'un me dit que Lugu est 
un dieu gaulois, et que dunum est un mot celtique 
latinisé signifiant colline, alors la lumière se fait dans 
mon esprit. Je vois clairement pourquoi la Colline du 
dieu Lugu, objet de vénération pour les anciens Gau- 
lois, a dû imposer son nom à l'agglomération urbaine 
qui s'est formée à ses pieds. Je suis frappé également 
d'un autre fait, c'est que la Colline, sous l'invocation 
d'une autre divinité, n'a pas cessé, depuis ces temps 
reculés, d'être un lieu de pèlerinage pour les fidèles, 
et qu'au demeurant, notre état mental, sur ce point 
particulier, ne diffère guère de celui de dos ancêtres. 
Voilà ce que m'apprend la traduction de Lugu-dutium; 
elle valait donc la peine d'être faite. 

« On .ne saurait assigner avec précision, dit 



58 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

M. B. Ritter, le Bena des noms français que leur 
étymologie rattache aux anciens nome gerraaniq 
Les deux racines qui les composent offrent une 
signification dans certains cas très arrêtée, mais 
souvent vague et flottante, et le rapport de ces deux. 
éléments est indistinct. En cherchant à toute force un 
sens dans ces comhinaisons de racines, comme Wolf- 
Itulni, loup-casque, Berthwin, ours-ami, an esprit 
ingénieux saura sans doute ne jamais rester court ; 
mais il semble que, la coutume une fois établie de 
former les noms en réunissant deux racines, on ne 
s'attacha nullement à employer seulement des com- 
posés qui offrissent vraiment quelque sens'. » 

Cela est vrai pour les pères des âges postérieurs ; 
mais certainement le premier père qui. dans la nuit 
des temps, donna à son fils le nom de Wolf-kalm, 
savait parfaitement ce qu'il faisait. Nos contem- 
porains français qui appellent leoï enfant Nicolas ou 
Jean ignorent à peu près tous ce que signifient Jean 
it Nicolas; mais le premier Hébreu qui donna à son 
fils le nom de Jean, lebo-hnnan, Jéhuvah est bien- 
faisant, savait très bien qu'il glorifiait son dieu 
national ; mais le premier < irec qui appela son fils 
Nicolas, v./.ôav.o;. le vainqueur des peuples, avait 
pleine conscience des espérances qu'il fondait sur le 
courage ou le talent militaire de son fils devenu 
homme. Pour l'étymologiste, le problème consiste en 
ceci : se placer, par la pensée, dans l'état mental où 

1. E. Rittkk. Les Noms de famillg, page 20. ' 



NOTIONS VKhLIMINAP 59 

était le père lointain qui inventa pour son fils un nom 
nouveau : puis, avec cette donnée, essayer de déter- 
miner le sens de ce nom. Exemple : Quelles idées ont 
pu, dans les siècles reculés, inviter un père à inventer 
pour son fils le nom de Loup-casque? Dans les idées 
mythologiques du père, le luup est le symbole de 
l'audace et de la vigueur dans l'attaque; c'est 
l'induction tirée naturellement des observations faites 
par des hommes qui partageaient leur vie entre les 
travaux de la guerre et ceux de la chasse aux bêtes 
féroces ; la première qualité d'un bon chasseur est de 
connaître à tond les mœurs et les habitudes des 
fauves avec lesquels il entre en lutte. D'autre part, le 
père aspire à ce que son fils soit aussi tenace dans la 
défense qu'il sera impétueux dans l'attaque: comme 
le casque est une arme défensive, le père ajoute ce 
second symbole au premier; le nom entier du fils, 
LOMfheasque, ne l'ait qu'exprimer D>s qualités que le 
père voudrait voir germer et s'épanouir en son fils : 
impétuosité dans l'attaque, ténacité dans la défense, 
ce sont, en effet, deux vertus de premier ordre pour 
an fils <jui, comme son père, » ra roué, sa vie durant, 
aux dangers de la chasse et à ceux de la guerre. 

Quant à YOiirs-mni. le problème se résout par la 
même méthode. Puur les peuplades germaniques, 
lesquelles ne connaissaient pas le lion, animal 
africain, l'ours est le roi des animaux; il symbol - 
force unie à la prudence. Mais -j fours est le roi des 
animaux par sa force et sa prudence, il est aussi l'un 
i - plus durs et des plus farouches. En introduisant 



GO NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

le mot ami comme second élément, le père primitif, 

inventeur du nom. a voulu exprimer le désir que son 
fils, devenu grand, eût à l'égard d'autrui les sen- 
timents d'un ami : force et bienveillance, telles sonl 
les deux vertus que souhaite vraisemblablement pour 
son fils le père qui inventa pour lui le nom de Bern- 
irin, ours-ami. 

Les idées qui ont guidé les anciens peuples germa- 
niques dans la composition du nom de leurs enfants 
sont identiques à celles qu'ont eues, pour les mômes 
motifs, les Peaux-Rouges d'Amérique, lesquels ont pour 
occupations presque exclusives la chasse et la guerre. 
Quiconque a lu les romans de F. Cooper reconnaîtra 
que des deux côtés les dispositions mentales et les 
procédés de composition sont îes mêmes: le Cerf- 
agile, le Grand-Serpent, etc., sont des symboles em- 
pruntés aux animaux des territoires américains pour 
exprimer les mêmes désirs et les mêmes souhaits 
qu'exprimaient les symboles germaniques de l'ours et 
du loup. 

Au demeurant, il me parait très légitime de cher- 
cher à déterminer quelles idées ont dirigé les pères 
primitifs dans l'invention des noms composés. Pour 
le faire avec succès, il faut, autant qu'on le peut, 
reconstituer le milieu où vivaient ces lointains ancê- 
tres, connaître leurs idées religieuses etmythologiques. 
leur régime social, leur genre de vie, en un mot, opé- 
rer pour ainsi dire une résurrection historique. Il est 
clair que si pour critérium nous prenons nos mœurs 
modernes, nos idées religieuses ou philosophiques, 



NOTIONS PRÉLIMINAIRES 61 

notre goût pour la vie pacifique et notre régime social 
individualiste, purgé de toute hiérarchie, jamais nous 
ne comprendrons rien aux noms inventés par des 
peuplades, aux mœurs rudes et sauvages, passant 
leur vie à la chasse des fauves ou dans le fracas des 
batailles, et régies par le système féodal. Ces noms sont 
un reflet d'un état social et religieux particulier; ils 
éclairent d'un jour assez vif, mieux que ne le font le 
récit de combats ou d'invasions, les phases par où est 
passée une fraction du genre humain, pendant une 
certaine période de la durée des siècles. Ils sont donc 
des documents précieux apportés en contribution à 
l'histoire de la marche et du progrès de l'humanité. 

Voici quel est le système d'interprétation que j'ai 
suivi pour les cas ambigus : 

l Pr cas. Les deux éléments du nom composé sont un 
substantif abstrait et un adjectif. Exemple : Sig-bert, 
victoire-brillant; au nom abstrait victoire, je substitue 
le nom concret vainqueur, et je traduis : Le vainqueur 
brillant. J'aurais pu dire la même chose, mais plus 
longuement, en traduisant : L'homme qui brille par 
la victoire ; ou l'homme qui remporte des victoires 
brillantes. 

2 e cas. Les deux éléments sont deux substantifs 
abstraits. Exemple : Sig-frid, victoire-paix. Après 
réflexion et examen île plusieurs essais d'interpréta- 
tion, je m'arrête à ce qui me parait avoir le plus vrai- 
semblablement préexisté dans le cerveau du père, 
inventeur du nom; je traduis ainsi : L'homme qui par 
la victoire assure ou donne la paix. 

4 



i. . NOTION- IM;l f.I.MINAH 

:V' CAS. L'un des éléments est un substantif abstrait : 
l'autre participe à la nature de l'adjectif et du sub- 
stantif. Exemple : Sig-win, en français Seguin, ëét 
composé de sig, victoire, etde win, qui équivaut au 
latin amicUS, sodalis, ami ou compagnon. Si je l'ai- de 
»wj un adjectif, j'aurai : Le vainqueur ami. Si je 
de tot« un substantif, j'aurai : Le compagnon oV la 
victoire. Cette dernière traduction sera aussi bonne 
que la première. En effet, on comprend aisément qu'un 
père ait donné un tel nom à son fds, dans l'espoir 
que les vertus guerrières que le fds acquerra seront le 
gage de la victoire dans les batailles. Une troupe qui 
compte des Seguins dans ses rangs est sûre de triom- 
pher, puisque les Seguins sont les compagnons de la 
victoire. Les deux acceptions, à savoir, le vainqueur 
ami et le compagnon 'de la victoire, me paraissent 
valables au même titre. Dans les cas semblables, je 
donne les deux sen>. 

I e cas. Les deux éléments sont deux adjectifs ayant 
presque identiquement le même sens. Exemple : 
Chludo-mir, composé de vhloilo, illustre, et de tti/r, 
célèbre, illustre-célèbre. Dans ce cas, je regarde cha- 
cun des adjectifs pris indifféremment comme portant 
l'autre au superlatif; je donne alors la double traduc- 
tion suivante : Gklodomir, illustre-célèbre, signifie à 
vôlôflté le très illustre ou le très célèbre. 

Tel est le système qui m'a guidé dans I 
ce livre. 



I TYMOLOCtIE 

DE 

QUATRE CENTS PRÉNOMS 

USITÉS EN FRANCE 



Abdon. diminutif du mot sémitique abd } le 
.-erviteur; Abdon est le petit serviteur (de Dieu). Le 
prénom Abd-qllah, serviteur de Dieu, est très fréquent 
chez les Arabes. 

Abel. iiii'1 assyrien, ffabel, Habal, Hçbel, le (ils. (le 
mot est celui qui entre dans la composition des noms 
de nombreux monarques assyriens. Exemple : 
Assour-dana-habal, le dieu Assour a donné un fils: 
c'est ce nom que les Grecs ont converti en Sarda- 
napab 1 . 

Abraham, hébreu, forme secondaire du vrai nom 
Ab-ram, composé de ah père, et de fam élevé; le l'ère 
élevé ou le Grand Ancêtre. 

Abraham n'a pas existé; c'est un personnage 



64 ÊTYMOLOi 

mythique. Comme son nom l'indique, il personnifie la 
manière dont les Hébreux du temps de David et de 
Salomon concevaient l'origine de leur race et inter- 
prétaient le degré de parenté qu'ils reconnaissaient 
avoir avec les peuples voisins. 

1. Abraham est né à Our-Kasdim en Mésopotamie ; 
il épouse une Mésopotamienné, Sarah. 

Cela signifie que les Hébreux regardaient la 
Mésopotamie comme le berceau de leur race. 

-2. lsaac, fils d'Abraham et de Sarah, épouse 
Rébecca, Mésopotamienne. Jacob, fils d'isaac et de 
Rébecca, épouse Liah et Rachel, également Mésopo- 
tamiennes. Il a des enfants des servantes de Liah et 
de Rachel, lesquelles servantes sont aussi Mésopota- 
miennes. 

Cela signifie que les Hébreux, étant descendus 
d'isaac et de Jacob, regardaient le sang méso- 
potamien sans mélange comme constituant la 
pureté de leur race et par conséquent sa précel- 
lence. 

3. Abraham a d'une servante égyptienne, nommée 
Agar, un fils Ismaël, père de la nation ismaélite. 

Cela signifie que les Ismaélites, par leurs carac- 
tères physiques, sont du même sang que les Hébreux, 
mais d'un sang impur par suite de croisements avec 
les femmes égyptiennes ; les Ismaélites sont les demi- 
frères des Hébreux. 

4. Abraham, après la mort de Sarah, épouse une 
femme arabe, Kétoura, laquelle le rend père de fils 
devenus souches de tribus arabes nombreuses. 



DE QUATRE CENT8 PRÉNOMS 65 

Cela signifie que les llébeux regardaient les 
Arabes sarrazins comme appartenant à la famille 
sémitique, mais d'un sang croisé ; ils sont les demi- 
frères des Hébreux '. 

Achille, grec ây.Àsijç ou dtyiXXsuç; étymologiedifficile, 
qui exige quelques développements. Achille était le fils 
d'une divinité maritime, Thétis, déesse nationale de 
Phthie. Dans le pays voisin, en Epire, coulait le 
fleuve Achéloiis, aujourd'hui FAspro-Potamo. L'Aché- 
loiis était un dieu-fleuve, qu'on invoquait dans les 
serments. 

Dans toutes ses réponses, l'oracle de Dodone, 
en Epire. prescrivait des sacrifices à Achéloiis. Chez 
les poètes, â/EÀwoç, nom propre d'un fleuve, finit par 
devenir un nom commun; un achéloiis signifiait un 
fleuve quelconque. On regarde le nom d'Achille, <r/ùeuc 
comme étroitement lié à àyîÀwo;, d'abord dieu-fleuve, 
puis simplement fleuve ou rivière. Cette étymologie 
fluviale s'appuie sur la naissance d'Achille, fils d'une 
divinité marine, sur son pays natal où un fleuve était 
l'objet d'une grande vénération religieuse, et sur 
plusieurs traits de sa légende (Alfred Maury, Histoire 
des Religions, tome I er , page 305). 

Le sens du mot Achille serait donc celui-ci : Le dieu 
fluvial, ou simplement le fleuve. 

Adam, hébreu, l'homme; c'est un nom symbolique. 
Adam n'a pas existé : il personnifie la manière dont 
les Hébreux comprenaient l'origine des hommes. On 

l.Voirdana mon livre Les Mythes de la Bible, les mythes 
ethnographiques et le mythe d'Abraham, pago^ 113-202. 

î. 



86 ÉTYMOLOGJ] 

sail que dans la science deux théories sont en 
présence, à savoir; le Wonogénisrae el le Polyge- 
njsme. 

1 L'une admet que les différences régnant entre 

les divers groupes humains sont explicables par 
l'influence prolongée du milieu ; que ces groupes ne 
sont que des rares: que toutes <es races descendant 
d'un couple unique, et que par conséquent l'ensemble 
des hommes doit être appelé l'Espèce humaine. 
Cette théorie s'appelle le Monogénisme (grec, p.ôvo- 
yévo;, unique origine). 

2. L'autre théorie soutient que l'influence du milieu 
est impuissante à expliquer les différences qui régnent 
entre les divers groupes humains ; que ces groupes 
sont des espèces distinctes, et non des races; que ces 
espèces descendent chacune d'un couple particulier, 
et que par conséquent l'ensemble des hommes doit 
être appelé le Genre humain. Cette théorie s'appelle le 
Polygénisme (grec, ïroXu-ysvoç, multiple origine). 

Le mythe d'Adam et Eve atteste que les Hébreux 
étaient monogénistes. 

Adèle, ancien haut allemand Adala. variantes 
Adela, Edita, du radical ad al ou ailnl, qui signifie de 
noble race ; allemand moderne Adel, noblesse; la 
fille de race noble. Dérivé : Adélaïde. Diminutif : 
Adeline. En ancien français, Adèle était contracté en 
Aie, d'où le diminutif Aline, lequel équivaut à 
Adeline. 

Adhémar. gothique; d'après Fœrstemann, c'est une 
variante de Athémar, nom composé de ata ou atlni, 



DE QUATRE DENTS PRÉNOMS 67 

qui signifie père, et de mur célèbre-; le père, 
célébra. 

11 y a en outre un Hadhèmar. dont les formes 
diverges sont Hadamar, Hadémar, Hadmnar (Fœas- 
trhànn), de l'ancien haut allemand hada, qui équivaut 
au latin pugna, bataille ou combat. Si l'on se range à 
cette racine, Adhémar aura le sens de guerrier 
célèbre. 

Enfin, la mytbologie germanique comprend une 
divinité aveugle Hœdr ou Hadu, qui distribue les 
chances de la bataille. Noue trouverons ce dernier 
élément dans la composition du nom d'Hedwige. 

Adolphe, gothique ata-ulf, latinisé- en ad-olphus. 
« Ce nom, dit Weigand, ne vient pas de l'ancien 
haut allemand adal-ulf ou edelolf (le noble loup): il 
vient d'un nom gothique ata-ulf, où le second élément 
nlf signifie loup. Mais que veut dire ntn ? o D'après 
Fœrstemann, le gothique ata signifia père. Les deux 
éléments du nom. Adolphe seraient donc le père-loup ; 
sens obscur. Le radical adal uni à ////"loup se trouve 
dans plusieurs noms patronymiques, entre autres 
dans Alopbe, Elophe, le loup noble. 

Adrien, latin Hadrianus, natif de la ville d'IIadria, 
laquelle a donné son nom à la mer Adriatique. C'est 
aussi le nom de l'empereur Adrien, nom passé dans 
l'usage comme prénom. Féminin : Adrienne. 

Aga? ; nom de la servante égyptienne d'Abraham ; 
il signifie la fuite. \-ir n'a pas existé; c'est un 

I ers âge mythique, comme l'a discerné avec s - 

l'apôtre sain! Paul (GrfUates, IV, 21 25) > (, u- 



68 ÉTYMOLOGU 

lemenl saint Paul s'est trompé sur la Bigniûcation du 
mythe. Comme on l'a vu plus haut, à Abraham, la 
naissance d'Ismaël, fils d'Agarel d'Abraham, signifie 
que les Hébreux reconnaissaient des demi-frères dans 
les Ismaélites. Quant h l'expulsion brutale d'Agar et 
d'Ismaël par Abraham; expulsion dénuée de toute 
réalité historique, elle symbolise simplement lanti- 
patbie qui existait entre le peuple d'Israël et le 
peuple ismaélite. La légende d'Agar est un mythe 
ethnographique. 

Agathe, grec i-;y.br,, la femme bonne ou vertueuse. 

Agathange, àyaôoç iyyùoç, le bon ange. 

Agénor, grec ày^vcop, fier, brave: l'homme plein de 
fierté et de bravoure. 

Agnès, grec à^v^ç forme poétique pour àyw-, pur, 
saint, chaste; la femme chaste. 

Agricole, latin agricola, le laboureur ; même sens 
que le nom grec Georges. 

Agrippa, latin; celui qui vient au monde en pré- 
sentant les pieds. C'est le prénom du célèbre écrivain 
Agrippa d'Aubigné. Diminutif : Agrippine. 

Aimé, latin amatus; le nom hébreu David et le nom 
grec Pliilomène, mis pour Philoumène. ont le même 
sens : ils signifient Aimé, Aimée. Il existe des Amat 
comme nom patronymique. 

Alain, nom de la nation germanique dite en latin 
Alani, les Alains, nation qui envahit la Gaule en 406. 
Ce prénom est surtout connu comme étant celui de 
l'ancien poète Alain Chartier. Il existe aujourd'hui 
plusieurs familles portant le nom d'Alain et aussi 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 69 

Alin ou Allin; il est probable que ces deux dernières 
formes ne sont que des variantes orthograpliiques. 
Ces familles sont les descendantes des Alains; c'est 
un nom ethnique à ajouter à nos Picard, à nos Pro- 
vençal, nos Allemand ou Lallemand, etc. 
_ Albert, ancien baut allemand, contraction d'adal- 
//c//. l'homme d'une brillante noblesse. Aubert est le 
même nom qu'Albert. Le prénom Adalbert, sans con- 
traction, est usité en Allemagne. Diminutif : Alber- 
tine. 

Albéric. autres formes Albrich, Alfrich, ancien 
haut allemand, composé de alb ou alf-rich; alb ou nlf 
représente les divinités mythologiques de l'air, les 
Elfes uu Alfes: richroi ; PElfe-roiou l'Elfe-règne. Cette 
étymologie est confirmée par l'identique composition 
d'un autre nom où entre le nom divin : Ans-rich, 
ôsrich, composé de ans ou os Dieu et de rich : Dieu- 
roi ou Dieu-règne. Ce rapprochement exclut pour 
Albéric toute autre interprétation. 

En vieux français, Albéric est devenu Aubry, très 
fréquent comme m un patronymique. 

Albin. Aubin, latin albinus, diminutif de albus, 
blanc; l'homme au teint blanc. Féminin : Albine. Le 
prénom Alha, féminin de albus, est quelquefois donné 
aux jeunes lilh's. 

Alcide. grec.surnomd'Hercule, descendantd'Alcée; 
il dérive le x//.r' force, vigueur; l'homme vigoureux. 
=- Alexandre, mot irrec composé de dXc';w «vSpeç, celui 
qui repousse les ennemis. 

Alexis, en allemand moderne Alexius, est le mot 



JO ÉTYMOLOGIE 

grec àXÉçoj, celui qui repousse, c'est à-dire le protec- 
teur. La légende de saint Alexis est l'une des plus 
anciennes do la langue française: elle a été écrite 
au \ e siècle. 

Alfred, anglo-saxon,//// //////, composé de al/. .!//>. 
Elfe, génie de 1 "air, et de rath conseil. Conseillé par 
les Alfes ou Elfes. 

Alice. Alix, ancien français Aliz, allem. moderne 
Alexia ; c'est le féminin de Alexis, latinisé en Alexius : 
la protectrice. 

Aline, diminutif d'Adèle, qui primitivement a en la 
forme Aie; Aline est donc identique à Adeline, la 
femme de race noble. D'autre part, Aline a servi abu- 
sivement de féminin au prénom Alain sous la variante 
orthographique Alin. 

Alphée, grec àÀ-ystoç, de àÀoo; blanc, équivaut au 
latin àlbus; l'homme au teint blanc 
-Alphonse; le nom d'Alphonse, porté par tant de 
rois espagnols, semble, à cause de la syllabe initiale 
al, avoir une origine arabe; al est, en effet, l'article 
arabe. Il n'en est rien. L'Espagne a été conquise par 
les Arabes en 711; or, dès l'an 600, à Embrun, en 
France, siégeait un évèque Alphonse, plus tard mis 
au rang des saints. Alphonse est un nom germanique, _ 
Adal-funs, variantes Ailelfuns, Aldefuns (Foebste- 
mann); le premier élément al est la contraction de 
adal qui signifie noble. Le second élément est d'un 
sens obscur; d'après Fœrstemann, il équivaudrait au 
latin promptus; or promptissimus homo, chez Cicéron, 
signifie un homme d'action. Alphonse siguifierait 



DE QUATKK ClSRfa PRÉNOMS 7Ï 

l'Iinmmc noble ou le gentilhomme prompt à l'action. 
Diminutif : Alphonsine. 

Amaury. ancien haut allemand Amalar/ch , 
variantes Amal-ric et Emel-rick (FcêrsïèmAJin) ; com- 
posé de amala, actif, occupé, laborieux (Weigand), et 
de rie, qui donne un sens superlatif : l'homme très 
actif. Amaury est devenu, par aphérèse, Maury, nom 
patronymique très répandu: tous les Amaury et les 
Maury sont des hommes laborieux. 

Ambroise. grec awbrosios, immortel ; même sens 
qu'Athanase. Diminutif : Ambroisine. 

Amédëe. italien moderne Amedeo: allem. moderne 
Amadous, vient du latin ttmarr deum. celui qui aime 
Dieu. Amédée est l'ancien français Amadis. Les plus 
antiques formes françaises de Dieu sont : Dis, Dez, 

Dii'X ( lIlI'PEAl' ET LlTTRÉ ). 

Amèle, germanique Amala, actif, occupé, laborieux : 
Amèle est la femme active et laborieuse. 

Pour Amala, Fœrstemann donne les formes sui- 
vantes : Emele, Emmel, d'où le diminutif français 
Emmeline. 

Vraisemblablement la forme populaire Émélie se 
rattache à Amala par la forme /î/w/'' plutôt que d'être 
une déformation de Emilie. 

Amélie, allem., danois, suédois modernes Amalia. 
Lé efttatogué dés saints tfé contient pas de sainte 
lie: il n'existe qu'une sainte Amèle. Amélie est 
une forme moderne de l'antique et gothique kfflélej 
elle signifie donc la femme laborieuse. Diminutifs 
allemands : Amelin, Amelina (Fuekstemann): ce der^ 



72 ÉTYMOLOGH 

nier nom est passé en français; populairement Mêlina, 
par aphérèse. 

Amilcar, phénicien Hit-niclh-Kaiih: Karth est pour 
Kiriath, Ha le, melk roi, Kiriath de la ville ; le roi de 
ville. Melkarth était un des surnoms de Baal à Tyr. 

Anastase, grec anastasios, celui qui revient à la 
vie; nom chrétien. Au point de vue de la foi chré- 
tienne, un païen, tant qu'il est païen, est comme s'il 
était mort. En se convertissant au christianisme, le 
païen revient à la vie. Le nom grec Anastase est ana- 
logue au nom latin Renatus, René. Féminin ; Anasta- 
sie. 

Anatole, grec ana toi ion, l'Oriental. 
«André, grec andreus, l'homme de cœur. Féminin : 
Andrée, la femme de cœur. 

Andoche, grec anàdochos, le parrain ; nom chré- 
tien. 

Ange, grec ayyeXoç, le messager de Dieu, au sens 
chrétien. Féminins dérivés : Angèle, Angéline, Angéli- 
que. Ces prénoms grecs sont équivalents aux prénoms 
latins Camillus, Cmnilla, messager, messagère des 
dieux; en français, Camille, masculin et féminin. 

Anicet, grec a-vtxv-roç, l'invincible. 

Anyse, grec àvuciç, du verbe avuw, achever ce que 
l'on fait; la femme qui achève ses ouvrages. 

Annibal, mot sémitique, dialecte phénicien, 
hanan-Baal, bienfaisant est le Seigneur ; Baal signifie 
le Seigneur. C'est l'équivalent des noms hébreux 
Ieho-hanan et hanan-iah, Jéhovah ou le Seigneur est 
bienfaisant. Les trois noms, Annibal, Jean et Ananias, 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 73 

sont le même nom sémitique en deux dialectes diffé- 
rents; le philologue n'a pas à se préoccuper des haines 
religieuses qui séparaient les prêtres phéniciens des 
prêtres jéhovistes. 

Anne. Anna, sémitique hanwih, la Bienfaisante. 

Anselme, ancien haut allemand ans-helm; ans 
Dieu ; helm casque. Celui à qui Dieu est le casque, 
c'est-à-dire celui qui a en Dieu son protecteur. 
- Anténor, grec zvT^vœp, celui qui tient la place d'un 
homme. 

Antoine, latin Antôïlius. Il y a comme une conspi- 
ration chez les étymologistespour faire dériver Antô- 
nius de la préposition ante marquant la supériorité; 
d'où l'étymologie de homme supérieur. Or le sens 
primitif de mite est, non pas la supériorité morale, 
mais l'antériorité dans le temps et dans l'espace 
(Michel Bréal et Baillv). 

D'autre part, Antonius est le nom d'une famille 
très ancienne; Yo est long, ce qui ne concorde pas 
avec ante pour radical immédiat; le radical ante, 
supériorité, est donc inadmissihle. 

On lit dans Plutarque ; Vie d'Antoine, V) :'« C'était 
une tradition ancienne que les Antoniens étaient une 
famille d'Héraclides, descendus d'Antéon, fils d'IIer- 
eule. » D'après la tradition romaine, la gens Antonia 
avait une origine grecque; par conséquent c'est dans 
le grecque doil se trouver L'origioe du mot. Antéon, 
l'ancêtre supposé des Antoniens, vient du verbe àvTÉu> 
ou àvTaa>, qui signifie s'opposer à, faire face à. Il suit 
de là qu'Antonius dérive vraisemblablement de cxvtsw 



! i f.TVMOLOGJE 

ou àvroto), participe présent àvrûiv, d'où àvrtoveoç, Antô- 
nius, avec l'o long; il signifie : celui qui fait lace (à 
ses adversaires). Féminin : Antonia. Diminutifs : An_ 
toinette, Anton in, Antonine. 

Apollin, Apolline, noms latins ; l'homme ou la 
femme consacrés à Apollon. Apollinaire a le même 
sens. 

Archibald, ancienhaut allemand Erchin-bald, com- 
posé de erchan ou erchin, qui équivaut au latin genui- 
/tus, naturel, inné, ainsi qu'au latin ingenuus, franc, 
sincère; baltl brave et gai; l'homme sincèrement ou 
naturellement brave et gai. 

Ariane, grec àps-âow', mis pour àçi-àyvr, (Pkeller et 
Mavry<; àpi particule donnant le sens superlatif; 
ayvrî sainte; la très sainte. Ariane, fille de Minos, 
roi de Crète, est un personnage mythique présidant 
à la fertilité de la terre; elle était adorée en Crète et 
à Naxos. La fable de sa passion pour Thésée (dieu 
solaire), son délaissement à Naxos pendant qu'elle 
dormait, puis son hymen avec Dionysus ou Bacchus, 
dieu de l'humidité chaude, symbolisent les péri' . - 
alternantes de fécondité et de stérilité de la terre, 
c'est-à-dire l'été et l'hiver. Son sommeil est notam- 
ment une allégorie poétique du sommeil de la nature 
pendant la saison des frimas Alfred Maury, Hist. des 
religions, tome I er , pages 508, o 1 1 , . 

Aristide, grec Aristos, le meilleur. 

Armand, allemand moderne Hermann, de l'ancien 
haut allemand heri ou huri armée; man homme; 
l'homme d'armée ou le guerrier : le sens moderne de 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS ÏO 

Hermann est l'homme noble, le seigneur. C'est à tort, 
disenl Fœrstemann et Weigand, qu'on a confondu 
Hériman ou Hermanavec Arminius, rillustrechefdes 
Chérusques, qui massacra les légions de Varus dans 
la forêt de Teutberg, entre l'Ems et la Lippe. Armi- 
nius est la transcription latine de Armin oulrmin, dieu 
saxon. 

De Heriman ou Hariman dérivent les noms français 
Hermant. Harmant ; féminins : Ilermance ou Har- 
mance; ce dernier prénom a perdu l'A. Quant à 
Armand, il a donné naissance à Armande. Tous ces 
noms signifient guerrier ou guerrière. 
— Arnould, Arnaud. Arnault. forme latine Arnoal- 
dus, ancien haut allemand Arn-icald ; uni aigle; 
wald, dérivant du gothique valdan régner, être maître, 
a le sens de l'allemand moderne walten protéger; 
l ; aigle protecteur. Un nom patronymique fréquent, 
Arnoul, en latin Arnulphus, Arnolphe, signifie l'aigle- 
loup ; l'aigle symbolise la force majestueuse; le loup, 
l'audace et l'impétuosité dans l'attaque. 

Arsène, grec apçr,v, l'homme maie, énergique 

Artémise, grec Artemtsia, la femme consacrée à 
Artémis, nom de la Diane grecque. Artémis signifie 
celle qui guérit, qui détourne les maladies; de là le 
surnom de contiez sauveur, que reçoit la déesse 
(A. Miubt, tome I er , page 449). 

Arthur, Artvrs, mot celtique; l'orthographe la plus 
ancienne est Artus. Dans les chartes du ix fi siècle, le 
t devient ///.-auxur siècle, le /// se change en : : \rzel 
est le même nom qu'Arthur ou Artus. « Le thème 






7b ÉTYMOLOGIE 

gaulois arto, dit A. de Jubainville, ne peut être déter- 
miné avec certitude. En vieil irlandais, arto veut dire 
pierre, haut et dieu; en vieux breton, arton veut 
dire aboyer; en gallois, arth veut dire ours. » 

Les Voconces, peuple gaulois, dont la capitale était 
Die (Dauphiné), rendaient un culte à une déesse Aude- 
Arta, dont on a conservé sept monuments. Comme 
ande ajoute un sens superlatif, il se pourrait que 
Ande-Arta signifiât la Très haute, de même queJého- 
vah s'appelle le Très haut (Voir A. de Jubainville, 
ÉUides grammaticales sur les langues celtiques, Intro- 
duction, pages 41, 42). 

Athanase, grec latinisé Athanasius, de aOâva-roç, 
l'immortel ; nom chrétien ; même sens que le mot 
Ambroise. 

Athénaïs, grec sO^vat;, la femme consacrée à 
Athèna; d^va est le nom de la Minerve grecque. 
Anaïs est une forme populaire abrégée d'Athénaïs. 

Auguste, latin Augustus, l'homme consacré par les 
augures (M. Bréal et Bailly, page 24). Diminutifs : 
Augustin, Augustine. 

Aurèle, Aurélie, Aurélien, mots latins dérivant 
d'une racine sanscrite qui signifie briller. Cette 
racine apparaît dans aur-um l'or, et dans aur-ora 
l'aurore; l'homme brillant ou la femme brillante 
(Bailly et Egger, page 258). Festus. page 42, rapporte 
la tradition suivante : « On croit que la gens Aurélia, 
originaire de la nation des Sabins, a été appelée 
ainsi du soleil parce que le peuple romain lui donna 
aux frais de l'État un terrain pour y faire des sacri- 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS ~i'i 

fices au soleil. » Cette tradition confirme l'étymologie 
tirée de la racine sanscrite. 

Aurore, c'est le nom même de la lueur qui précède 
le lever du soleil, l'Aurore aux doigts de rose du vieil 
Homère: il dérive d'une racine sanscrite qui signifie 
briller. Voir ci-dessus à Aurèle. 

Aymery, forme française du germanique Aymerich, 
lequel est une variante de Haimerich (Fqerstkmann); 
composé de liaim maison; rich, chef ou maître; le chef 
de la maison, en latin dominus. 

Aymon, gothique Aymo, abréviation de Aymerich 
(Fcerstemann) ; le chef de la maison. 



B 



Balbin. diminutif du latin Balbus, l'homme qui 
bégaye, le bègue. Les anciennes formes françaisesBau- 
bin, Bobin, sont devenues des noms patronymiques. 

Balthazar, assyrien Beî-tas-assar, le dieu Bel, assar 
protège, tas sa vie; Bel protège sa vie. Balthazar, 
prénom chrétien, est le roi mage qui dans la légende 
symbolisait les Assyro-babyloniens. 
- Baptiste, grec fa-mian^, celui qui fait prendre un 
bain, le baigneur. Surnom donné à Jean parce qu'il 
donnail le baptême, c'est-à-dire le bain mystique. Le 
baptême par immersion, c'est-à-dire en plongeant 
le catéchumène tout entier dans l'eau, a duré huit 
cents ans chez les Grecs, et six. cents dans l'Église 



78 ÉTYMCfLOail 

latine Il s'est donné ensuite par infusion, c'est-à-dire 
qu'on s'est borné à verser un peu d'eau sur la tête 
du ûdèle. Diminutifs : Baptistin, Baptistine, le petit 
baigneur, la petite baigneuse. 

Barbe, latin Barbara, l'étcangère. Dérivés : Barbe- 
rine, Barberet. 

Barnabe, dialecte araméen Bar-Nabas, le fils de 
Xalias. en hébreu fils se 'lit ben. Le dialecte araméen 
est la langue que parlait Jésus. Depuis la captivité de 
Babylone la langue usuelle des Juifs fut l'araméen ou 
syro-chaldaïque que parlaient les conquérants de la 
Judée. L'hébreu resta la langue sacerdotale et celle 
des classes élevées. 

Barthélémy, Bartholomée, dialecte araméen Bar- 
Tolomaï, le fils de Ptolémée. Ptolémée, mot grec, 
signifie le guerrier. 

Basile, grec Basileus, le roi. Féminin : Basilisse, la 
reine. Diminutif : Basiline. Dérivé: Basilide. 

Bathilde, germanique Baldechildis , composé de bald 
brave et gai, et de hild guerre ou combat ; la guer- 
rière brave et gaie. 

- Baudoin, ancien haut allemand Bald-win, composé 
de bald, brave et hardi, gai, et de win qui équivaut au 
latin amicus, sodalis (Fqerstemann), ami, compagnon. 
Baudoin est l'ami ou le compagnon gai et hardi. 

Buhl esl passé en français sous la forme baud ; ce 
vieil adjectif français {voir Littré à Baud) a pour 
diminutif Baudin, l'un des noms patronymiques les 
plus répandus en France. Baudin est l'homme gai et 
hardi. 



I>E QUATRE CENTS PRENONS 7'.» 

Baudry, ancien haut allemand Bald-rich : bald gai 
et brave : rich ajoute le -'Mis de superlatif : l'homme 
1res gai el très brave. Baudry, usité jadis comme pré- 
Dom, ne t'est plus aujourd'hui. Il est fréquent comme 
nom patronymique : entre autres, te célèbre peintre 
Paul Baudry. 

Béatrix. du latin beatus, ta femme destinée au bon- 
heur. 

Bénédict. latin benedictus, l'homme béni du Sei- 
gneur. Benoit est la forme ancienne venue par voie 
populaire, tandis que Bénédict, mot de création 
moderne, est venu par voie savante. 

Bénigne, latin benignus, d'où vient l'adjectif fran- 
i h'' ii in ; l'homme bienveillant. Bénigne était le 
prénom de Bossuet. 

Benjamin, hébreu ben fils de,jamin la main droite: 
le fils de la main droite. Ce nom provient du culte 
consacré à la nature génératrice. Le paganisme a 
régné chez les Hébreux jusqu'à la captivité de 
Babylone '. 

Benoit, latin benedictus ; voir à Bénédict : en 
hébreu Baruch. 

Bérard. germanique ber-hard, l'ours hardi, n'est 
plus usité aujourd'hui que comme nom patronymique; 

Bernard qu'on emploie comme prénom. 
- Berenger, ancien haut allemand Beringar, varian- 
tes lîeringer, Berenger (Foerstemànn) ; composé de 

1. Voir dans mon livre Paganisme des II i qui 

concerne particulièrement la tribu de Benjamin, pag 

et suivant!-. 



80 ÉTYMOLOGI] 

hi'i'o. génitif berin ours, et de gar ou ger lance ; la 
lance de l'ours, dans le sens de l'ours armé de la lame. 
Féminin : Bérengère. 

Bérénice, dialecte macédonien pour Phérénice, 
ospsvtxr, (Plut.vrque, Questions grecques, la ( J e j ; celle 
qui apporte la victoire. C'est le même nom que 
Nicéphore avec inversion des deux mots composants. 
C'est aussi le même nom que Véronique, comme on le 
verra à Yéronique. 

-Bernard, ancien haut allemand Berinhard, varian- 
tes Bem-hard, Bernard, Barnard, Bernert (Fcerste- 
mann) ; composé de bero, ours, et dehord hardi ; l'ours 
hardi. Diminutifs : Bernardin, Bernardine. 

Berthe. ancien haut allemand Bertlia ou Berta, la 
femme brillante. Dans une ancienne vie de Sainte 
Berthe, Berthe est traduit par splendida, fulgida, 
brillante (A. de Juba.invil£e). Diminutifs : Berthel, 
Berthelot, Bertillon (E. Bitter). 

Berthier, germanique Bert-her, forme latine Bat- 
harius, composé de bert brillant, et de lier ou Itari, 
armée; le guerrier brillant. 

Berthoud, Berthold, ancien haut allemand Bert- 
oald, formes latines Bercltto-valdus, Berthoaîdus, 
Bertoaldus ; composé de bert brillant, et de waldo, en 
latin rector, celui qui régit, qui gouverne ; allemand 
moderne walten, prendre soin, régir, gouverner. Ber- 
thoud ou Berthold signifie donc le maitre brillant 
(A. de Jubainville). 

Bertin est le diminutif de l'adjectif germanique 
bert, le brillant. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 81 

Bertrade, germanique Bertrada, composé de berth 
brillant, et de ràd conseil; la brillante conseillère. 
- Bertrand, ancien haut allemand Beri-hmmn, forme 
latine Berto-chramnus , composé de bert brillant, 
hramn pour liraban corbeau ; le corbeau brillant. 

Biaise, surnom latin Blasius pour Blœsius, de l'ad- 
jectif bloèsus bègue (Littué à bléser) ; le bègue. 

Blanche, ancien haut allemand blaneh ; bas-latin 
blanrus, qui a la peau blanche. Même nom que le 
latin littéraire nlba. 

Blandine, diminutif du latin blandçt; la femme 
agréable, séduisante par sa grâce. 

Bonaventure, mot créé d'après le latin bonum adve- 
nive ; l'homme pour qui les événements seront heu- 
reux. 

Boniface. latin Bonifatius, composé de bonum fa- 
tum, l'heureux destin; l'homme à l'heureuse desti- 
née. C'est à tort qu'on dérive Boniface de bona faciès, 
l'homme à la face bienveillante. Le nom Bonifatius 
apparaît sous le règne de Trajan. Tandis qu'il deve- 
nait chez les chrétiens l'objet d'une prédilection par- 
ticulière, les gentils l'abandonnaient (R. Mowàt). 

Bozon, germanique, signifiantcourroucé, irritable, 
à peu près le même sens que le mot allemand moderne 
Grinim. Bozon est l'homme prompt à se courroucer. 

Brice, italien Brissio ; allemand modéf ne Buccins, 
venant du latin brixms. LeSaltus Brixius, vaste forêt, 
occupait la région qu'on appela de son nom 
Biissia, aujourd'bui la Bresse. I! y a dans la Nièvre un 
bourg appelé Saint-Brisson que les archives dénom- 

5. 



82 ÈTYMOLOGIE 

ment Sanctus Brixius. Le catalogue des saints iden- 
tifie Brisson el lirice. 

Enfin Grégoire de Tours donne les formes suivantes: 
Briccius et Bricio, évêque de Tours, devenu saint 
lirisson. Tous ces mots Brice,Brisse, Brisson, équiva- 
lent à Bressan, l'homme natif de la Bresse. 

Brigitte, irlandais Brigit, dérivant d'une racine biïh, 
qui signifie grandir, fortifier, élever. A cette racine se 
rattache le substantif irlandais brig supériorité, puis- 
sance; adjectif irlandais brig, fort, puissant. Brigitte 
signifie donc la puissante. Primordialement Brigitte 
était une divinité, mère de trois fils, dieux de la lu- 
mière, du jour et de la vie. L'aîné se nommait Brian, 
le Brenn des Gaulois, le Brennus des Bomains (A. de 
Jubainville, Cycle mythologique irlandais, p. 143 et 
. suivantes). 

Brunehaut, ancien haut allemand Brun-hild, va- 
riantes Brune-childds, Brûnhilt (Foérstem^nm) composé 
de brun, brun, brune, et de hild combat ou guerre: 
la brune guerrière. 

Dans les Niebelungen, Brûnhild est l'ennemie de 
Krim-hild, épousa de Sigfried. Krim équivaut à helm 
casque (Weigand à Isengrîm). Krimhild est donc la 
guerrière casquée, c'est-à-dire couverte d'un casque. 

Brutus, prénom latin que s'arrogeaient emphati- 
quement les Terroristes el qu'infligent encore aujour- 
d'hui à leurs enfantsquelques singes attardés de 1793. 
Du reste, ce prénom leur convient parfaitement, car 
il signifie bête brute. On sait que Tarquin le Superbe, 
pour s'emparer des biens de son beau-frère, Marcus 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 83 

Junius, chef de la gens Junia , le fit assassiner ainsi 
que ses fils, ;i l'exception de Lucius Junius. Celui-ci 
échappa à la proscription en contrefaisant l'hébété, ta 

brute, ce qui lui valut le surnom de Brutus. 



c 



Callixte, Calliste, grec Kallistos, très beau. 

Camille, masculin et féminin, latin Camillus, Ca- 
miila. On donnait le nom de Camillus à l'enfant qui, 
chez les anciens Romains, servait les Flamines, prêtres 
des dieux, dans les cérémonies sacrées. Le Camillus 
devait être de famille noble et avoir ses père et mère 
vivants. 

On donnait le nom de Camilla h la jeune fille de 
famille noble qui servait les Flaminiques, épouses 
des Flamines et prêtresses elles-mêmes. 

Être choisi comme Camille était un haut titre d'hon- 
neur. Le grand guerrier romain de la gens Furia, 
Marcus Furius, cinq fuis dictateur et célèbre par sa 
piété, est connu dans l'histoire sous le surnom carac- 
téristique de Camillus voir Fdstel deCodlangbs, LaCité 
antique, pages 2.">7-2.j9). « Le nom de Camille, dit 
Plutarque i Vie de Numa, X), était donné à Mercure à 
cause des fonctions qu'il remplit auprès des dieux. » 
Mercure était le messager des dieux. Il suit de là que 
le prénom français Camille, masculin et féminin, si- 
gnifie le messager et la messagère des dieux: c'est 



84 ÉTYMOLOGIE 

l'équivalent des prénoms grecs chrétiens Ange et 
Angèle. 

M. Philippe Berger a démontré que Camillus, primi- 
tivement xdtffjxiXoç (Voir l'i>ii s, page 107), variante de 
xaSjjLÎXoç, était un nom phénicien, Kadm-El, celui qui 
se tient devant le grand Dieu, le ministre de Dieu 
( Voir Mémoires de la Société de Linguistique, tome VI). 

Candide, latin candidus, blanc; il s'agit ici de la 
blancheur de l'âme ou candeur. A Rome, l'homme 
qui postulait une charge s'habillait en blanc, il était 
candidatus, c'est-à-dire vêtu de blanc ; de là vient le 
mot français candidat. 

Carloman, germanique Karlomann, composé de 
kar! maie, mari ; et de mon homme ou guerrier ; le 
mâle guerrier. 

Caribert, ancien haut allemand Hari-bert, forme 
latine CharibertUS, d'après le dialecte franc qui trans- 
forme en ch l'aspirée h du haut allemand; composé 
de hari armée, et de lier! brillant ; le guerrier brillant. 
C'est le même nom que Herbert ; Herbert est en haut 
allemand; Caribert est en dialecte franc. 

Casimir, mot polonais, ukasal-mir; uh UZsal enseigner, 
prêcher; mir la paix: celui qui prêche la paix. 

Catherine, diminutif latinisé du grec katharos pur ; 
la femme pure. L'abréviation populaire catin et catuu. 
si usitée jadis, a pris peu à peu un sens tout opposé 
à celui de femme pure. Il existe un prénom masculin 
peu usité : Catherin. 

Catulle, latin catulus, le petit chien. Catullus et 
Catulus sont des surnoms ajoutés au nom de la gens. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 85 

Par exemple, le poète latin Catulle, de la gens Valeria, 
s'appelait Caïus Valerius Catullus; le consul Catulus, 
de la gens Lutatia, s'appelait Quintus Lutatius Catu- 
lus. Il se pourrait que Catulus fût le diminutif de 
l'adjectif sabin catus, oata, catum, qui au sens figuré 
signifie fin, avisé, habile. Caton, surnom du célèbre 
membre de la gens Porcin . Marcus Porcius Cato, signi- 
fiait l'homme expérimenté (Plutarqub, Vie de Caton, I). 
Mais généralement, les surnoms donnés aux branches 
issues d'une même gens étaient empruntés à des faits 
ou à des objets physiques. Par exemple, dans les 
diverses branches de la gens Cornelia, Scipion signifie 
bâton ; Sylla, qui a le visage couperosé; Lentulus. qui 
a des taches de rousseur sur la figure ; Cossus, qui a 
la peau rugueuse; Balbus, le bègue; Dolabella, la 
doloire. Dans la gens Claudia, à eût»' des rameaux 
Pulcher le beau et Xero le brave, on avait le rameau 
Cento, housse de cheval, et le rameau Marcellus, le 
petit marteau. Dans la gens Mmilia, uni' branche 
portait le surnom de Scaurus, le pied bot. Une branche 
de la gens Domitia s'appelait .Enobarbus, barbe 
rousse. Un Fabius s'appelait Buteo, la buse; un Vale- 
rius, Corvus, le corbeau; un autre, Corvinùs, le petit 
corbeau. C'est à cause d'une verrue en forme de pois 
chiche (cicer, ciceris), placée sur le nez d'un ancêtre 
très estimable, que les membres de la (jeux Tullia 
prirent le surnom de < licéron. Le grand orateur romain. 
Marcus Tullius Cicéro, appartenait à cette famille 
Enfin, Plutarque [Questions romaines, U (> question), 
écrit ces lignes : « Les anciens Romains eurent une 



86 ÉTYM >l 

monnaie sur laquelle étaient empreints un bœuf, une 
brebis et un porc, pour signifier que les troupeaux 
faisaient leur principale richesse. Aussi, la plupart 
des anciens Romains., au rapport de FénesteUa (his- 
torien romain du temps d'Auguste), tiraient leur nom 
de quelque animal, tels que Suillius, Bubulcus, Por- 
cius (éleveurs de truies, de bœufs, de porcs], etc. » 
Ainsi, ce n'est pas uniquement le surnom, c'est le nom 
même de la gens qui fut emprunté au nom de certains 
animaux. Le témoignage de Plutarque est décisif. 

Cécile, latin Cœcilia, nom d'une illustre famille 
romaine, qui prétendait descendre de Cœculus, 
fondateur de la ville de Préneste et fils de Yulcain. 
Cœculus était né en pleine campagne, au milieu d'un 
foyer (Virgile, Enéide, Vil, vers 6T8-G81); on voit 
qu'on a affaire à un héros mythique; Cœculus, en 
effet, est une personnification du nuage orageux. Son 
nom dérive de cœcus, qui signifie privé de la lumière 
(pour les personnes); obscur et ténébreux, pour les 
choses. Du sein noir de la nuée orageuse jaillissent les 
éclairs, c ; est Cœculus qui vomit le feu. D'après 
M. Michel Bréal, le mythologique Cœculus est un reflet 
de Cacus, dont le nom primitif a dû être Cœcius. 
Cacus était fils de Vulcain et vomissait des flammes. 
Or Cacus, vaincu par Hercule, est le nuage orageux, 
déchiré, puis détruit par le soleil 1 . Cœculus faisait 
partie de cette multitude incroyable de dieux secon- 



1. Voir M. Bréal. Mélanges de Mythologie e* de Linguis- 
tique, Hercule et Cocus, particulièrement les pages 49, 
58, 100. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 87 

daires, très honores à Rome, qui présidaient à tous 
les actes de (a vie, ainsi qu'aux phases de la mort. La 
série des dieux de la mort commence par un dieu 
1 iduus, qui sépare l'âme du corps. A Viduus se rat- 
tache le dieu Cœculus, qui enlève la vue aux mourants 
(Pheller. Les Dieux de l'ancienne Rome, page 395), 

Il suit de là que Cécile signifie la Descendante de 
Cœculus, du dieu qui enlève la vue aux mourants '. 

Céleste, latin Cœlestis, de cœlum ciel ; celle qui vient 
du ciel. Le diminutif Célestine est souvent abrégé en 
Céline. Céleste équivaut au prénom grec Olympe 
ainsi qu'à Uranie. 

L Césaire, latin Cœsarius; comme ce nom est apparu 
seulement sous l'empire romain, alors que l'empe- 
reur avait le titre de César. Césaire signifie l'homme 
dévoué au César, c'est-à-dire au chef de l'empire. A 
partir de l'empereur Galba, le titre de César fut 
réservé à l'héritier présomptif de la couronne impé- 
riale; l'empereur portait le titre d'Auguste. 

César, latin; il y a deux étymologies : 1° l'enfant 
qui vient au monde par le flanc incisé de la mère 
(cœdere, cœsum, couper; l'opération césarienne); 
•2' l'enfant qui naît ayant beaucoup de cheveux 
(cœsaries, chevelure). Le second sens est le meilleur. 
En effet, on lit dans Festus, page 96 : « César est le 
surnom de la maison Julienne, de cœsaries chevelure, 
pu • que Jules (le dictateur) vint au monde avec des 

1. La branche la plus célèbre de la gens Cœcilia portait 
li> surnom de Métellus. Festus, page 244, dit que Métellus 
Bigniûe mercen 



88 ÉTYMOLOGIE 

cheveux. » L'enfant qui venait au monde à la suite 
de l'opération césarienne recevait le surnom de Cœso. 
«On appelle Cœsones, ditFestus, page 96, les enfanta 
tirés par incision du sein de leurs inères. » 

Charles, ancien haut allemand kurl l'homme 
vigoureux, le mâle (Littré à Carolingien) et aussi le 
mari (Max Muller, Nouvelles Leçons, tome l 1 ' 1 , 
page 323). Il en est de même pour le mot latin rir, 
qui signifie homme vigoureux et mari. Karl équivaut 
donc au latin rir. Diminutif : Chariot, Charlotte. En 
latin, Charles se dit Garolus, d'où vient le diminutif 
Caroline, lequel a le même sens que Charlotte. 

Chérubin, hébreu, pluriel de Kéroub, le taureau 
ailé. Appeler un joli enfant « mon petit chérubin » 
équivaut à l'appeler « mon petit taureau ailé ». Dans 
la Genèse et chez le prophète Ezéchiel, le trône de 
l'Eternel était porté par des animaux symboliques, 
les uns en forme de serpents ou Sèraphim, les autres 
en forme de taureaux ailés ou Keroubim. (Les Kérou- 
bim viennent de l'Assyrie ; il y en a de colossaux au 
Musée du Louvre.) Lorsque le christianisme s'im- 
planta chez les Gentils, c'est-à-dire chez les nations 
autres que le peuple hébreu, le sens de Seraphim et 
de Keroubim se perdit. Comme les Séraphins et les 
Chérubins avaient l'honneur de soutenir le trône de 
l'Eternel, ils furent assimilés à des anges. 

Childebert, ancien haut allemand Hild-bert, dialecte 
franc Chihh'bert, d'où la forme latine Childebertus ; 
composé de hild guerre ou combat, et de bert brillant; 
le aruerrier brillant. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 89 

Childebrand. ancien haut allemand Hildibrand, 
variante- Hildebrand, Hillebrand (Foebstçmann) ; com- 
posé de hild combat, et de l'ancien Scandinave brandr 
épée à deux, mains (Littré, Fcebstemànn, et A. Brachet 
à brandir). Dans l'ancien français, brandir, c'est agiter 
un Brand, é'est-à-dire une épée. On trouvera dans 
Littré, à brand, les exemples historiques. Childebrand 
signifie donc celui qui combat avec l'épée à deux 
mains. 

Childeric, forme franque de l'ancien haut alle- 
mand Hilderic, forme latine Childericus; composé de 
hild combat, et de rie roi; le roi du combat (A. de 
Jhbainville). 

Chilpéric. forme franque de l'ancien haut allemand 
Hilperic, forme latine Chilpericus; composé de hilp 
secours, et de ne puissant; traduit en latin adjutor 
potens par le poète Fortunat; le puissant auxiliaire 
(A. de Jub.vinville). 

Chrétien. Christian, du latin christianus, celui qui 
professe la religion chrétienne. Ghristiane est le 
féminin de Christian; Christine, celui de Christin, 
nom porté par un saint; même sens que Christian. 

Christophe, du grec latinisé Christophorus, celui 
qui porte le Christ. 

Chrysostome, grec chrysos or, stoma bouche; la 
bouche d'or, c'est-à-dire l'homme très éloquent. 

Clair. Claire, Clara, du l&iinclarus, cl/un. illustre 
ou éclairé au sens Qguré. Dérivé : Clarisse. L'homme 
ou la femme illustre. 

Claude, Claudie, par abréviation Cladie, latin Clau- 



90 ÉTYM0L0GI1 

tlius. Claudia, nom d'une antique et célèbre famille 
de Rome, la gens Claudia, originaire du pays des 
Sabins. Le personnage, souche de la gens Claudia t 
s'appelait Atta Clausus (Plutarque, Vie de Publicola, 
XXVI; — Virgile, Enéide, VII, vers 707-701)). Atta 
signifie celui qui, par suite d'un vice de conformation, 
marche sur la pointe des pieds (Festds). Clausus 
dérive du verbe elaudere, primitif de claudicare boiter, 
d'où vient le verbe français clocher. Le Sabin Atta 
Clausus, ayant émigré à Rome avec un grand nombre 
de ses concitoyens, changea son nom en Appius Clau- 
dius, lequel est la transcription en dialecte romain du 
nom sabin Atta Clausus. La forme sabine Clausus et 
la forme romaine Claudus signifient le boiteux; c'est 
de là que vient le nom de la gens Claudia . L'infirmité 
de l'ancêtre est devenue le nom patronymique de la 
race. C'est ainsi qu'en France nous avons des familles 
Lebègue, Leborgne, Le Camus et des Boiteux en grand 
nombre. Claude et Claudie signifient le descendant ou 
la descendante du boiteux. Diminutifs : Claudin, 
Claudine. 

Clément, Clémence, du latin démens, clément ta: 
l'homme ou la femme d'un caractère enclin à la clé- 
mence. Diminutifs : Clémentin, Clémentine. 

Cléopâtre, nom de femme, grec Kléopatra, lequel 
a un masculin Kléopatros, nom d'homme; composé 
de xXéoç gloire, et de rrrr'p père; la gloire du père. 
C'est le même nom que Patrocle, 7iaTpoxÀvîç, mais les 
éléments y sont rangés en sens inverse. 

Clodion, germanique Hlodio, forme îmnque Cltlodio; 



DF. QUATRE CENTS PRÉNOMS 9] 

le premier terme chlod signifie illustre; le second 
terme est inconnu. Augustin Thierry a fait, à tort, de 
< lio un diminutif de Chlod (A. de Jubàinvtlle), 

Clodomir. forme franque du germanique Hlodo- 
mir, composé de hl»d illustre, et de mir pour mari 
célèbre. L'un des deux adjectifs indifféremment sert à 
marquer le superlatif pour l'autre; le très illustre ou 
le très célèbre. 

Clotaire. Chlotaire, Lothaire, forme franque 
Cklot-hari, latinisé Chlotarius, composé de clilod 
illustre, hari armée; l'illustre guerrier. Le célèbre 
moine Luther est la forme moderne de Lothaire. La 
Lorraine, Lothar-ingia, forme latine de Lothar-ingen, 
est la demeure ou le domaine de Lothaire. 

Clotilde, dialecte franc chlod illustre, hilt combat; 
la femme des illustres combats ou l'illustre guerrière. 
Mêhie sens que Louise. 

Cloud, contraction de Clodoald, mis pour Chlodo- 
vald, forme franque de l'ancien haut allemand Hlodo- 
vald; composé de chlod illustre, et de waldo, en latin 
rector, chef ou maître; le chef illustre. 

Clovis, italien moderne Clodoveo, «lu franc Chlodo- 

. composé île chlod illustre, et de wig, forme latine 

l'échus, combat; l'homme des illustres combats ou 

l'illustre guerrier. Clovis est le même nom que 

Louis. 

Conrad, ancien haut allemand Kun-rath, composé 
de huoni audacieux, allemand moderne kuhn brave, 
audacieux, et de rath conseil; celui qui donne des 
conseils audacieux (Weigand). 



02 ÊTYMOLOGIE 

Constant, latin Constans: Constance, masculin el 
féminin, latin Coristantius, Constantin"; tous ces noms 
dérivent de l'adjectif latin constans. Doué de constance. 
Diminutif : Constantin. 

Cora, latin dérivé du grec xopY], la vierge; c'était un 
des surnoms de Proserpine (A. Maury. tome 1 er , 
page 481). 

Coralie, latin coralium, grec xopoAiov, corail; ancien 
français coral : la Femme au teint de corail. 

Corinne, grec xop(v>], la jeune fille. 

Cornélius, Cornélie, nom d'une antique famille 
romaine, la gens Camélia, à laquelle appartenaient les 
Scipions. Dans une savante étude, M. Robert Mowat 
établit que les noms diminutifs en élius (Cornélius est 
pour Cornellius) ainsi que les noms en inius dérivent 
de lieux d'origine. Exemples : Tarquinius signifie ori- 
ginaire delà ville de Tarquinies; Gabinius, originaire 
de la ville de Gabies; Cornélius, originaire de Corné, 
ville du Latium, ou de Corniculum, autre ville du 
Latium. Les autres étymologies proposées sont arbi- 
traires et sans fondement. 

Crépin, Crispin, du latin crispinus, diminutif de 
crispas, qui a les cheveux crépus, très frisés. Le 
nom italien Crispi vient de crispus. Un autre mot 
latin Judas a le même sens, comme on le verra à 
Jules. 

Cunégonde, gothique Kuni-gund, composé de ku/ti 
race, et de gurid combat ou guerre (Weigaxd). En 
Scandinave Kona est la femme mariée (Max Muller, 
Nouvelles Leçons, tome I er , page 323). Cunégonde 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 93 

signifie la guerrière de race ou la femme de race 
guerrière. 

Cyprien, latin Cypriaitus, qui dérive de Cyprins, 
natif de l'île de Chypre. Comme l'île de Chypre était 
le principal sanctuaire du culte de Cypris ou Vénus, 
il est possible que le nom de Cyprianus eût le sens de 
voué au culte de Cypris. 

Cyr, en latin Cyricus, qui dérive du grec Kyrios le 
Seigneur; l'homme voué au culte du Seigneur. 
Cyrille a le même sens. Ce sont des noms chrétiens. 



Dagobert, germanique Dago-lx'rt, composé du go- 
thique dagas jour, et de bert brillant: brillant comme 
le jour (Augustin Thierry et A. de Jubainville) . 

Damien, latin Damianus; il n'existe aucune trace 
de ce mot dans les auteurs classiques; il suit de là 
que toutes les étymologies qu'on peut donner de ce 
mot manquent de base; elles sont conjecturales. On a 
donné oauaÇw dompter, le dompteur; on a donné oôcuo;, 
dorien pour ot^oç, l'homme du peuple. En voici une 
troisième que je propuse : Dàmianus dériverait de 
Dàmia, l'un des surnoms de Cyhèle ou de Cérès. Cybèle 
a été assimilée à la Céirs grecque ou Déméter 
(A. Maurt, tome III, page 104, la note). Damia était 
adorée à Egine,àEpidaure et '.< Trézène (A. Maury, t. III, 
pages 378, 379;. En latin, damium sacrificium est 



94 KTYMoLOGIE 

un sacrifice en l'honneur de Cybèle (Festus). Damién 
signifierait voué au culte de Cybèle '. 

Daniel, bébreu Dan-i-El, Dieu est mon juge; c'est 
un nom théophoré. 
-David, hébreu Aimé; en arabe Duo/nl. 

Delphin, peu usité en France; Delphine, très 
usité; du latin delphinus, le dauphin, mammifère 
marin. Le nom du dauphin est devenu, comme on 
sait, un titre de seigneurie ; il est même passé au fils 
aîné du roi de France, a partir de Philippe VI de 
Valois, en 1349. Les seigneurs du Dauphiné avaient 
trois dauphins dans leurs armes. 

Démétrius, grec Démëti'/os, voué au culte deDémê- 
ter, la Cérès grecque. Ce prénom, rare en France, est 
sous la forme Bmitri très fréquent chez les peuples 
de race slave. 

Démosthènes, grec démos peuple; sthénos force; la 
force du peuple. 

Denys ou Denis, grec Dionysios, consacré à 
Dionysos, c'est-à-dire à Bacchus. Féminin : Denise. 
L'homme ou la femme consacrés à Bacchus. 

Désiré, participe passé du verbe désirer; le nom 
hébreu Saùl a le même sens. 

Diane, latin Diana, nom de la divinité romaine. 
Diana est un féminin dont Dianus, Djanus ou Janus 
est le masculin. Dianus et Diana dérivent d'une racine 
sanscrite qui enveloppe le sens de briller; ils signi- 

1. La terminaison idnus, en français ïen, esl celle même 
qui caractérise les adeptes d'une secte religieuse, Chrétiens, 
Pélagiens, Ariens, Nestoriens, etc. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 95 

fient donc les brillants. De cette racine dérivent le 
sanscrit dyaus la lumière du jour ; le latin dies le .jour; 
le grec Zeus, génitif dios, et le latin deus, lesquels ont 
évolué dans le sens de Dieu suprême. 

Didier, italien moderne Desiderio, latin Desiderius, 
qui dérive de desiderium désir. Didier est donc équi- 
valent à Désiré. Diminutif : Diderot. 

Dieudonné, latin Deodatus; la forme provençale 
est Daudet. 

Dinah, hébreu. Jugée (par Dieu) ; c'est l'équivalent 
de Daniel avec le nom de la Divinité sous-entendu. 
De même Galeb ou Kalb le chien (de Dieu) est le nom 
théophore Kalb-El, avec suppression du nom de la 
Divinité. 

Dominique, latin Dominions, l'homme consacré au 
Seigneur, Le prénom Dominique, modifié par les 
dialectes provinciaux, a donné naissance à une multi- 
tude de noms patronymiques. Dans une première 
série, on a Domange, Démange, Demangeot, Deman- 
gin et, par aphérèse, Mangeot, Mangin. Dans une 
seconde série, on a Domenech, Doumerc, Doumergue, 
Doumer, etc. 

Dorothée, grec SSipov présent, Cleo; Dieu; le présent 
de Dieu. Ce nom, jadis commun aux hommes et aux 
femmes, n'est plus guère usité aujourd'hui que pour 
les femmes. C'est le même nom que Théodore avec 
inversion des mots composants. C'est Féquivalenl des 
noms hébreux Jonathan, Nalhanias, Nathaniel et 
Nathan. 

Dosithée, grec Dosis don, théos Dieu: don de Dieu. 



96 ËTYMOLOGIE 

Ce n'est qu'une variante du nom précédent. Il équi- 
vaut au prénom français Dieudonné. 



E 



Edgard, anglo-saxon Ead-gar: ancien haut alle- 
mand Otker : composé de ed, ôt, aud, propriétés, 
biens allodiaux, et de gar ou ger, lance; la lance de 
la propriété, c'est-à-dire la lance qui protège la pro- 
priété (Weigand). Le docteur Weigand fait remar- 
quer que Otkèr est passé en français sous la forme 
Ogier. Edgar et Ogier ou Oger seraient donc le même 
nom, en deux dialectes différents. 

Edith, Edita ou Editha, nom anglo-saxon, dont le 
sens n'a pas été jusqu'à présent rigoureusement dé- 
terminé. Toutefois il est à noter que Editha et Otigeba 
l'ont emploi de la même personne là où Editha et 
Ethgiwa sont deux expressions confondues. Or oti- 
geba, Ottogeba, est composé de otto ou audo pro- 
priété, et de geba qui se rattache dans tous les cas à 
la racine gab. Gab a le sens de dure, donner '(Foehste 
mann). Il suit de là que le sens probable de Edith est 
celle qui octroie les biens. 

Edouard, germanique Aud-uard, composé de aud 
propriété, et de icard prendre soin; celui qui prend 
soin des propriétés (Weigand). 

Edmond, bas-latin Audomundus , Edmundus; 
germanique Edntund ; ed pour aud propriété; anglo- 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 97 

saxon ead; vieux saxon ôd; ancien haut allemand ôt ; 
gothique ami (Weiga.nd); mund, défense, protection; 
le défenseur de la propriété. Par abréviation, on dit 
Edme. Féminin : Edmonde, par abréviation, Edmée, 
Edma. 

Églantine, la fleur de l'églantier; femme gracieuse 
comme la fleur de l'églantier. L'églantier, autrefois 
aiglantier, est l'arbuste couvert d'aiglants ou aiguillons ; 
aiglant vient du latin aculentus, couvert d'aiguil- 
lons (A. BracAet). 

Éléonore; sous sa forme moderne, le mot a l'ap- 
parence d'un nom fabriqué d'après le grec sXeoç 
compassion ; la femme compatissante. Mais la forme 
primitive a dû être Ellénor, abrégée plus tard en 
Lënor; l'origine doit être germanique; en breton 
Aliéner. Etymologie inconnue. 

Éleuthère, grec Eleuthéros, l'homme libre. 

Élie, hébreu El-i-iahou, mon grand Dieu, c'est 
Jéhovah (Iahou). 

Elisabeth, hébreu El-i-shéba, le grand Dieu est 
mon serment; c'est par le grand Dieu que je jure. 
Elise, Élisa, sont des abréviations d'Elisabeth. 

Elisée, hébreu El-i-shonali, Dieu est mon salut. 
En remplaçant le nom du grand Dieu des Sémites 
par le nom du dieu national des Hébreux, on a Ieho- 
schouah, Josué ou Jésus, c'est-à-dire Jéhovah est le 
salut. 

Élodie, variant'' de Alodie, nom d'une saint'' fêtée 
le -2 octobre. Alodie, germanique AU-od, composé 
de ail entier, od propriété, propriété entière ou de 

G 



98 ÉTYMOLOGIE 

Franc alleu, c'est-à-dire exempte de tout droit sei- 
gneurial. Alleu, en vieux français aloue ou aloîid, bas- 
atin alodium. Élodie est la femme qui a hérité d'un 
bien de franc alleu. 

Éloi, en latin Eligius; on a voulu dériver Eligius 
du verbe latin eîigere choisir, et traduire Eloi par 
homme d'élite; mais si Eloi dérivait de digère et 
signifiait homme d'élite, sa forme latine serait élec- 
tifs et non eligius: la forme eligius exclut une origine 
latine; il faut chercher autre part. 

En allemand moderne, Eloi se dit Aloysius, Alogs: 
or Aloys est l'ancien haut allemand Adal-wis, con- 
tracté en Alo'is (Ferstemann); composé de adal noble, 
et de mis guider; iriso guide: le noble guide. Telle 
est vraisemblablement l'étymologie de Eloi. 

Éléazar, hébreu El i-uzar, Dieu est mon aide. La- 
zare est une abréviation de Éléazar; Eliézer est le 
même nom : Elzéar est une variante. Les noms hé- 
breux Azariel, Azriel sont les mêmes noms qu'Éléa- 
zar. mais la disposition des éléments composants est 
inverse. Le nom phénicien Àsdrubal, Baal ou le Sei- 
gneur est mon aide, est l'équivalent des noms hébreux 
(R. Mowat. — Gesenius, page 224). 

Emile, latin sEmiliiis: la gens jEmilia, l'une des 
plus illustres de Rome, avait pour ancêtre un jEmu- 
lus, qui signifie le Rival ou l'Emule (Michel Bréal et 
Bàilly, page 3). Féminin : Emilie. Dérivés Èmilien, 
Émilienne. C'est à tort que sur les traces de Festus 
on a voulu dériver Mmilius du grec ocïfAuXoç aimable; 
le mot grec aurait donné Hœmylus. 



DE QUATB PRÉNOMS U9 

Emma- ancien haut allemand Emma, vraisembla- 
blement, dit Weigand, abréviation familière d'un 
mol complexe plus étendu; or on lit dans Fcerste- 
inann : Emma, huma. Tmmoni son! pour Irmin-frida, 
nom de femme, qui signifie la paix d'Irmin, dieu 
saxon. De même Immo est pour Irmin-frid, nom 
d'homme, en français Ermenfroy, la paix d'Irmin. 

Emmeline. diminutif de Amèle : voir Amèle, la 
femme laborieuse. 

Emmanuel, hébreu imma-nou-El , Dieu est avec 
nous. 

Enguerran. Trois saints portent le nom de Anguer- 
ran, écrit aujourd'hui abusivement Enguerrand. 
Ànguerran, de l'ancien haut allemand Angil-ramn, 
variantes [ngelram, Engilram; formes latines Angel- 
ramnus, Angerannus; mot composé de angil qui a le 
sens du latin angélus ange ou messager divin; et de 
hraban corbeau : firaban en composition devient ramn, 
niiii. Ànguerran signifie donc l'ange-corbeau, c'est-à- 
dire le corbeau messager divin, ainsi que l'était, en 
effet, le corbeau dans la mythologie germanique. 

Une autre racine ingo, qui a le sens du latin 
juvenù jeune, a produit des dérivés qui se confondent 
avec les dérivés de angil si bien que le discernement 
de la vraie racine est devenu impossible; le sens 
total seul peut servir de guide. La racine ingo a 
donné' les composés suivants : Ingiram, Ingeram, 
Ingerannus, Ingeramus. Il est clair que [ngerannus 
peut très bien avoir donné Enguerran. Dans ce cas, 
Enguerran signifierait le jeune corbeau. 




100 ÉTYMOLOGIE 

Les deux étymologies sont valables. Toutefois, 
l'ancienne orthographe Anguerran constitue un argu- 
ment en faveur du radical angil. 

Éponine. diminutif du latin Epona, déesse gauloise 
qui protégeait les chevaux: gaulois épu, génitif 
eponos, cheval. Éponine est le nom de la femme 
célèbre par son dévouement à son mari, le Lingon 
Julius Sabinus. (Voir A. de Jubai.nville, Les Noms gau- 
lois, page 112 et suivantes.) 

Eric, est le nom du dieu de la guerre dans la 
mythologie Scandinave. Il dérive de hari guerre; on a 
les formes suivantes hari, haric, héric, éric (Fo-erste- 
mann), le roi de la guerre. Le mardi s'est appelé le 
jour d'Eric. 

Ernest, allemand moderne Ernst. Si l'on se guidait 
exclusivement sur la forme moderne ernst, on aurait 
pour étymologie l'adjectif ernst qui signifie sévère; 
alors Ernest serait l'équivalent du latin severus. Mais 
Ernest est un vieux nom germanique, ancien haut 
allemand ernûst, eniost, ernest, dont le sens est le 
combattant (\Yeigand). L'anglo-saxon earnôst a le 
sens de combat, duel. Le radical érn est en rapport 
avec le celtique ern, qui signifie agression, cartel de 
provocation. 

Ermenfroy, germanique Irmin-frid, la paix d'Ir- 
min, dieu saxon. 

Estelle, latin Stella, l'étoile ; Stella est aussi employé 
comme prénom. 

Esther, mot persan, l'Etoile (Gésénius, page 434). 
-Etienne, ancienne orthographe Estiefne (Bailly et 



DE QUATRE CENTS PRENOMS * 101 

Eggèr, page 317), grec Stéphanos, la couronne. Les 
prénoms Stéphane, Stéphanie, Stéphen, dérivent de 
Stéphanos par voie savante, tandis qu'Etienne en 
dérive par voie populaire. 

Etienne a donné naissance à de nombreux dimi- 
nutifs : Etiennette, Tiennette, Tiennot, en patois bour- 
guignon Tein-not, puis Ténot, Thénot. Thénon, The- 
nard, lesquels sont devenus des noms patronymi- 
ques. 

De Stéphanos dérivent Estèphe, Estève, jadis usités 
en France; Estevan, dans les régions méridionales; 
Stéven, dans les Pays-Bas. Dans la bouche populaire, 
Estève s'abrège en Thève, Estevan en Thévan, 
Stéven en Théven ; c'est ainsi que Antoinette s'abrège, 
par aphérèse, en Toinette, Antony en Tony, Nicolas 
en Colas, Sébastien en Bastien, etc. 

Quant à l'introduction de l'A dans Thève et Thévan, 
elle s'est faite pour renforcer le son du T; c'est ainsi 
que Tessier est devenu Thessier; que Tuilier est 
devenu Tliuilier: Thellier est pour Tellier; Anthoine 
pour Antoine, etc. On trouvera les exemples les plus 
variés dans l'Alinanach Bottin. 

De Thève, Thévan et Théven dérive une longue 
série de noms patronymiques : Thcvenet, Thévenin, 
Thévenot, Thévenon, Thévenard ; .puis, par une 
modification du son eu en ou : T/houvenet, Thouve- 
nin, Thouvenel. Tous ces nom/ patronymique sont 
issus île Stéphanos, la couronne, par voie populaire. 

Eudes, ^'Tmanique 0<lô pour Ando, qui dérive de 
aud propriété, biens; le propriétaire, dans le sens 

6. 



102 KTYMOLOGIE 

féodal. C'est le même nom qu'Othon. Otto. Odo. Audo; 
tous ces mots dérivenl de aud propriété. Eudes ou 
Ode a pour diminutif ( (dette. 

Eudoxie. grec eu-doxa, bonne réputation : la 
femme de bonne réputation. 

Eugène, grec eu-genos, bonne naissance; le bien 
né, comme on disait naguère, c'est-à-dire l'homme de 
race noble. Féminin : Eugénie. 

Eulalie, grec eu-la!ia, qui parle bien; la femme 
éloquente. 

Euphémie, grec eu-phemia, la femme qui prononce 
des paroles de bon augure. 

Euphrasie. grec eu-phrasia, gaîté, allégresse; en 
latin Laetitia, prénom très usité: la femme gaie. 

Euphrosyne, grec E&-<pp9<jovrj, même sens qu'Eu- 
pbrasie : la femme gaie. 

Eurydice, grec EÔpu-Stxrj, composé de eôpuç large, et 
de otxr, justice; celle dont la justice est large. 

Eusèbe. grec eù-<tI6ioç, l'homme pieux. 

Eustache. grec eustachys, l'homme chargé de 
beaux épis. 

Evangéline, diminutif de Evangèle, nom d'une 
sainte. Evangèle est le grec eô-ayyeXoç, celle qui apporte 
le bon message ou la bonne nouvelle. 

Évariste. grec eô-apearoç, l'homme qui plaît. 

Ère, hébreu hawwa, celle qui donne la vie: nom 
symbolique (Renan, Histoire dit peuple il' Israël, t. I er , 
page 7-4.) 

Evrard, Hébrard, germanique Eber-ltard, le san- 
glier hardi. 



i 






DE QUATRE 0BNT8 PRÉNOMS 103 

Évremond. germanique Eber-mund, le sanglier 
protecteur. 
Ézéchiel, hébreu ïzq-i-El, Dieu est ma force. 



IF 



Fabien, latin Fabianus, dérivé de Fabius, nom 
d'une grande famille romaine, la gens Fabia. Toutes 
les étymologies qu'on a proposées sont dénuées de 
valeur. 

Fabrice, latin Fabricius, qui dérive de faber,fabri, 
artisan, particulièrement forgeron; le forgeron. 

De faber forgeron dérivent un grand nombre de 
noms patronymiques : Favre, Faure. DufaurejFeb- 
vre, Lefebvre, Lefébure, etc. Ce sont tous des forge- 
rons. 

Faustin, diminutif de Faustus, l'homme à qui tout 
réussit. 

Félix. Félicie. latin felix, felicia, l'homme ou a 
femme heureuse. 

Félicité est le substantif latin félicitas, le bonheur. 

Le sens primitif de felix est fécond, nourrissant: il 
dérive do fêla mamelle, felare téter. C'est de fêla que 
dérive fih'us, le fils, proprement celui qui tette. 

!.'■ mot femme, en latin fe-mina, est le participe 
moyen du verbe feo produire, enfanter. On peut éga- 
lement expliquer femina par celle qui allaite n son- 
geant à la racine qui a donné felo (Brbal et Baillt, 



IO'i ÊTYMOLOGIB 

page 88). C'est à cette dernière étymologie que se 
rallient Egger et Bailly, page 2(>3. Il résulte d<- là 
que la femme est celle qui allaite, et le fils celui qui 
est allaité. 

Ferdinand. Fernand, ancien espagnol Hernando, 
vient de l'ancien haut allemand Heri-nand; composé 
de heri armée, et de nand audacieux; nand vient du 
gothique nandjan être audacieux (Weigand); le guer- 
rier audacieux. 

Fidèle, latin fidelis, le fidèle, celui qui a la foi 
chrétienne. 

Firmin, diminutif de fuunis, l'homme ferme 
solide. 

Flavius, Flavie. Flavien, de l'adjectif latin flavus, 
qui a les cheveux blonds. 

Flore, latin Flora, la déesse des fleurs. Florent, 
Florence, se rattachent à Flora par le verbe floreo, être 
en fleur ou florissant, au propre et au figuré. Il en est 
de même de Fleury, peu usité comme prénom, mais 
très fréquent comme nom patronymique. Dans ce der- 
nier cas, Fleury indique une localité d'origine ou d'ha- 
bitation, Flori-acufn, le domaine de Florus; Florus 
est le masculin de Flora ; tous deux dérivent de flou, 
floris, la fleur. Le nom patronymique de Flourens est 
le même mot que Florent. 

Fortunat, Fortuné, latin fortuhatus; l'homme heu- 
reux, fortuné. 

François, c'est le nom même du peuple françois 
qu'on prononce aujourd'hui français. François ou 
Français vient du germanique Frank en passant par 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 105 

l'adjectif latinisé francensis. Frank signifie l'homme 
libre. Les prénoms Frank. Franz, Francis, Fran- 
cisque du latin Franciscus, ont la même origine et le 
même sens : ce sont des hommes libres. 

Frédégonde, ancien haut allemand Fridegundis, 
composé de frid paix, et de gund combat, celle qui 
combat pour la paix. 

Frédéric, germanique Frid-rich, composé de Jrul 
paix, et de rich qui ajoute le sens superlatif, le très 
pacifique; en vieux français Ferry. Même sens que 
l'hébreu Salomon et que le grec Irénée. 

Fulgence, latin Fidgentius, de l'adjectif fulgens 
brillant; l'homme brillant. 



<3r 



Gabriel, mot assyrien Gabri-El, l'homme de Dieu. 
Gaber, en assyrien, signifie homme (F. Le>ormant et 
Gesenius, page 2iVA). Féminin : Gabrielle. 

Gaétan, natif de Gaëte, ville napolitaine. Le nom 
de Gaétan a été porté par deux illustres familles 
d'Italie. Saint Gaétan a, en 1524, fondé l'ordre des 
clercs réguliers (Baciielet et Dezobry). 

Galatée, et non Galathée, grec yu.\kx3i&, de yctXa, 
génitif poétique yaXdtToç pour yaXaxxoç, le lait; la 
femme blanche comme le lait; étymologie douteuse. 
D'après Diodore de Sicile, une Galatée, fille d'un roi 
de la Celtique, aurait donné son nom aux Gaulois. 



106 ÊTYMOLOGIE 

Cette étjmiologie a été fabriquée! causede la ressem 
blance de yecAoÎTeia, nom de la nymphe marine, avec 
Y<xXdfoai, nom grec des Gaulois ou Galates". 

Gaspar, et non Gaspard, ancien français Jaspar, 
anglais moderne Jasper, est pour Gathaspa, nom du 
troisième roi mage, lequel symbolisait les Aryas de 
l'Inde et de la Perse. En sanscrit, gatfia celui qui va, 
spaç inspecter, celui qui va pour inspecter. L'un des 
surnoms du Boudba était Tathagata. a Tathagata, dit 
Barthélémy Saint-Hilaire, Vie du Boudha, page 73, 
signifie celui qui est allé comme ses prédécesseurs; 
celui qui a parcouru sa carrière religieuse de la 
même manière que les Boudhas antérieurs. » 

Gaston, germanique, équivaut au latin hospes, non 
pas celui qui reçoit, mais celui qui est reçu, l'étranger; 
l'allemand moderne gast est l'étranger qui visite un 
pays; la maison où il descend est le gast-ltof, l'hôtel ; 
hôtel vient du latin hospitalis, qui dérive de hospes. 

Le latin hospes, celui qui reçoit, est pour hosti-pes, 
celui qui protège Yhostis, l'étranger qu'il reçoit (Bréal 
et Bailly, page 129). Or si Yhostis a signifié d'abord 
étranger, il a dérivé assez vite et naturellement au 
sens de ennemi; il est devenu l'étranger parcourant 
en armes le pays (Wktgaxd) ; en un mot l'envahisseur. 
Le latin hoslis, disent Bréal et Bailly, correspond 
exactement au gothique gastis. Chez les peuplades 
guerrières de la Germanie, qui faisaient fréquemment 
des incursions sur les territoires voisins et qui finirent 
par envahir l'empire romain, il est naturel qu'un père 
ait donné le nom d'envahisseur à son fils; cela est 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 107 

(I autant plus vraisemblable que ce nom est à peu 
près exclusivement réservé aux hommes : Arbogast, 
l'envahisseur héréditaire; Radigast, l'envahisseur 
impétueux. On peut conclure légitimement de là que 
la signification de Gaston est l'envahisseur. 
- Gauthier, en français, est soit un prénom, soit un 
nom de famille. 

1. Le prénom vient du germanique Waldo-heri, 
composé de iialdo celui qui dirige, et de heri armée; 
le chef d'armée. 

2. Le nom de famille a été jadis un nom de métier. 
Au xn e siècle, gault signifiait bois, forêt; gault venait 
de l'allemand iruld bois; le gaultier était celui qui 
travaille dans le bois, en un seul mot, le bûcheron. 
Au xvi e siècle, on appela les gantiers certaines bandes 
de paysans normands qui prirent les armes pour se 
protéger ; ils furent réduits en 1589. 

Gédéon, hébreu Gideôn, le meurtrier (Gesenius, 
page 268). 

Geneviève, mot celtique latinisé en Genovefa, du 
celtique gen joue, et gwef blanc ou beau; la fille aux 
joues blanches. 

—Geoffroy, Godefroy, germanique God-fricd, 
composé de God Dieu, et de frid paix; la paix de 
Dieu. Jouffroy est le même nom. 

- Georges, grec yscopytoç, le laboureur. Diminutifs 
féminins : Georgette, Georgina. 

- Gérard, germanique Ger-hard, forme ancienne 
Gare-hardi composé de gar ou ger lance, et de hard 
hardie; la lance hardie. Diminutif : Gérardin. Les 



108 ÉTYMOLOGIE 

noms patronymiques Girard, Girardin, sont des 
variantes orthographiques. 

Gérald, Géraud, germanique Gari-tvald, composé 
de gari ou ger lance, et de uald diriger, gouverner; 
l'homme habile à la lance. Diminutif : Géraldine. 

Gerbert, germanique Ger-bert, composé de ger 
lance, et de bert brillant, la lance brillante. 

Germain est le nom même de la nation, Germa n : 
il est composé de gêr lance, et de man homme (Wei- 
gand); l'homme de lance, dans le sens de l'expression 
française l'homme d'épée, c'est-à-dire le guerrier. Ce 
nom équivaut à Hermann, heri armée, matin homme, 
l'homme d'armée, c'est-à-dire le guerrier. Cette équi- 
valence fait comprendre pourquoi en Allemagne le 
prénom Germain se dit également Germanus et 
Hermann. 

Gertrude, allemand moderne Gertraud, Gertrud, 
ancien haut allemand Ker-drud ou Ger-trud: composé 
de ger lance, et de trud, ancien nord trùdr vierge. 
Trûdr est le nom d'une de ces vierges guerrières, 
semi-divines, de la mythologie germanique qu'on 
appelait Walkyries (Weigand). Le sens de Gertrude 
est vraisemblablement la vierge armée de la lance. 
Fœrstemann attribue à trud le sens de amicus ami ; 
mais il reconnaît que Trud, dans certains cas, a des 
rapports avec la Walkyrie. 

Gervais, gothique Ger-vas, composé de ger lance, 
et dewas, racine qu'on trouve dans le verbe gothique 
wasjan, en latin pollere, être puissant (Foehstemann) ; 
la lance puissante. 






DE QUATRE CEXTS PRÉNOMS 10'J 

Gilbert, forme latine Gislebertus, germanique Gisle- 
/■ 77. composé de gisal, celui qui se porte caution; et 
île bert brillant; l'homme caution brillante. 

Gilles, latin /Egidius; certains villages nommés 
Saint-Gilles sont appelés dans les écrits anciens 
Sanctus Mgidius ; on voit combien grande a été la 
i [^'formation. .Egidius dérive de alysu; Egée. Le nom 
d'Egée vient de otlysç, les grosses vagues; Egée, 
personnage mythique, que la légende fait roi de 
l'Altique et père de Thésée, n'était qu'une forme du 
Neptune grec, Poséidon (Poséidon signifie le dieu des 
eaux. Alf. Maury, tome I er , pageSi), c'est-à-dire une 
personnification de la mer. *Aiysç, les grosses vagues, 
est le pluriel de &0£, ixîyoç, qui signifie chèvre. Les flots 
qui bondissent sont comparés par les peuples pasteurs, 
dit Alfred Maury, à l'animal du troupeau qui bondit 
par excellence, la chèvre. Ces flots deviennent donc 
des chèvres, aïyeç, la mer houleuse ou, comme nous 
dirions, moutonneuse. De là le nom de mer Egée 
donné à la mer houleuse des Gyclades, nom \reporté 
ensuite au père de Thésée, lequel père n'était qu'une 
forme de Neptune. De nombreuses familles en Grèce 
portaient le nom de oùyeiSiQç, qui signifie descendant 
d'Egée (A. Maury, tome I er , pages 90 et 421). /Egidius 
est la forme latine du grec JEgidès; il signifie le 
descendant d'Egée. Comme Egée, d'après l'étymologie 
aîyeç, personnifie la mer houleuse, il s'ensuit qu'au 
fond, .Egidius ou Gilles signifie l'homme de la mer 
houleuse. 

Gisèle, ancien haut allemand Gisila, Gisela, Gisla; 

7 



110 ÉTYMOLOGIE 

ce nom dérive du radical gisal, lequel équivaut au 
latin obses (Foersïemann). Dans le latin classique, obses 
signifie non seulement otage de guerre, mais encore 
celui qui se porte caution de quelqu'un ou de quelque 
chose. Il suit de laque Gisèle a le sens de celle qui se 
porte caution. Cela indique chez la personne une àme 
disposée à rendre service et prête au dévouement. 

D'autre part, aux temps féodaux, l'otage est, en 
outre, celui à qui l'on concède une petite métairie 
avec une certaine portion de terre à cultiver, moyen- 
nant une redevance annuelle. L'otage était astreint à 
diverses servitudes ; c'était une espèce de tenancier, 
d'un rang inférieur. On trouvera dans le Glossaire de 
Du Gange, aux articles obses, hospes, hostagius, hosta» 
gium, des détails circonstanciés avec textes à 
l'appui. 

Le radical gisal entre dans la composition d'un 
grand nombre de noms, tant masculins que féminins. 
Exemple : Theudogiselus, la caution du peuple. 

Gontran, germanique Gunt-hram, formes latines 
Gunte-chrammis, Gunteramus, composé de gunt com- 
bat, guerre, et de hramn corbeau; le corbeau de 
guerre (A. de Jubainville). 

Grâce, en latin Gratia, charme, grâce ; peu usité en 
France, mais beaucoup en Angleterre; italien Grazia, 
dont le diminutif Gra'iella a été immortalisé par 
Lamartine. 

Gratien, latin Gratianus, qui dérive de Gratins; 
celui-ci vient de l'adjectif grains ; l'homme séduisant. 
— Grégoire, grec yp^yopioç, de ypviyopeîv, être éveillé; 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 111 

l'homme vigilant (Littrk, ;i Grégoire). Reuss, au livre 
de Daniel, page2i5, note 1, dit que Grégoire est l'équi- 
valent de Amschaspand, ange vigilant du Mazdéisme. 

Guérin, ancien haut allemand Warin, qui dérive 
d'un radical vari, défense, dans le sens de protéger. 
Existent les formes suivantes : Warin, Werin,Guarin, 
Gnerin (Fœrstemànn). Guérin signifie le défenseur. 

Un nom patronymique très répandu, Garnier, est 
le frère de Guérin. Garnier, ancien haut allemand 
Warin-her, variantes : Warner, Wemer (Foebstemann), 
composé de warin défendre ou protéger, et de her 
armée. Garnier est le guerrier protecteur ou défen- 
seur. 

Guillaume, allemand Will-hclm, composé de will 
pour riljii gothique qui signifie volonté, et de helm 
heaume ou casque; celui à qui la volonté est un 
casque; comme le casque est une arme défensive, le 
sens est celui-ci : l'homme qui par sa tenace énergie 
sait repousser les attaques. 

Gustave, suédois Kwigstaf; composé de kîtng con- 
traction de konung roi, et de stnf bâton, sceptre; le 
sceptre du roi. Vu l'absence de formes anciennes, 
l'étymologie reste conjecturale. 

Guy, germanique Wido. forme latine Guido, Guido- 
nis. Wido dérive du gothique widu, anglo-saxon 
vudu; ces mots signifient bois, forêt (Wrisand). Cette 
racine se rencontre dans le gaulois « Vidus, bois, dit 
A. de Jubainville, Les Noms gaulois, page 213. ;i le 
double sens de matière ligneuse et d'étendue couverte 
d'arbres. 11 a existé dans les langues germaniques; on 



112 ÉTYMOLOGIE 

le reconnaît encore, bien qu'altéré, dans l'anglais 
7(00(1. Plus anciennement, c'est le premier terme du 
nom de Widu-Kind, le fils de la forêt, porté au vm e et 
au ix e siècle par divers personnages, notamment par 
un chef célèbre des Saxons en guerre avec Charle- 
magne. » Widukind est celui que nous appelons Witi- 
kind. 

11 suit de là que Guido signifie le forestier, celui 
qui connaît les sentiers de la forêt ; de là sans doute 
le sens de guide qu'a revêtu promptement le nom. 
C'est, en effet, surtout aux forestiers que s'adressent 
les troupes pour être guidées dans leurs marches. 
Conclusion : Guy, dont le sens primitif est le forestier, 
a fini par signifier le guide. 



ZET 



Hardouin, germanique Hard-uiii, composé de hard 
hardi, et de win ami ; l'ami hardi. 

Hector, greci'xxcop, de eyw, futur eija>, celui qui pos- 
sède, qui tient fortement; l'homme tenace. â'xTwp est 
une épithète de Zeus, le Dieu suprême. 

Hedwige, ancien haut allemand Hadu-wig ; Hœdr ou 
Haduestun dieu germanique aveugle, qui distribue les 
chances des batailles (Weigànd); icig signifie combat. 
Hedwige aurait donc à peu près le sens de la déesse 
latine Fortuna pour la guerre ; elle serait la Fortune 
des batailles. En gaulois, catu a le même sens que 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 113 

IuhIh bataille ; ratu-ri.r signifie le roi des batailles; il 
existe dans l'ancien haut allemand un hadu-rih qui a 
le même sens (A. de Juba.inyille 3 Les Noms gaulois, 
•page 34). 

Hégésippe, grec, de r,yoïïaoii conduire, tTcroç cheval ; 
celui qui conduit les chevaux. 

Hélène, grec §Xsw], dérivant de eXï] éclat du soleil; 
la lumineuse. Certains fantaisistes ont fait dériver 
Hélène de iàeeivoç attendrissant; c'est absurde. Max 
Miiller, Nouvelles Leçons, tome II, page 215, conjec- 
ture qu'Hélène est la même que la Saràma indienne; 
or Saràma est la première aurore, l'aube. D'après 
F. Baudry, Phonétique, page 15, iXév*j, éclat du soleil, 
serait plutôt asX-qvi] la lune, reflet du soleil; c'est aussi 
l'opinion d'Alfred Maury, tome I er , page 306. Le nom 
grec Hélène équivaut aux noms latins Lucie et Lucile. 

Héliodore, grec îjXioç soleil, oôkov présent; le 
présent du soleil. Le soleil était la divinité suprême 
en Syrie, sous le nom syriaque de Hadad. 

Héloïse, germanique Hluod-wig, composé de hluod 
illustre, et de wig combat ; la femme des illustres 
combats ou brièvement l'illustre guerrière. C'est le 
même nom que Louise. Louis et Louise se sont écrits 
primitivement Lois. Loïse; la prononciation a varié; 
tantôt on a dit Lo-'is. Lo-'isc: tantôt et finalement 
Louis, Louise. Ménage, au xvu 1 ' siècle, constate, au 
sujet de Moïse que si les prédicateurs disent Mo-'ise, 
tout le peuple prononce Mouise i Voir dans Thdrot, 
De la prononciation française, tome 1 er , pages 547, 548, 
tout ce qui concerne Lois, Loïse et Moïse). Le hé 



114 ÉTYMOLOGIE 

d'Héloïse est le vestige survivant de l'aspirée h de 
hluod. Il suit de là que Héloïse et Louise sont un s^ul et 
même mot représentant les deux prononciations qui 
ont affecté tour à tour le mot français dérivé du ger- 
manique Hluod-wig. 

Henri, germanique Heimrich, composé de heim 
maison, et de rich chef: c'est l'équivalent du latin 
Dominus, le chef ou le maître de la maison. Le 
féminin TIenrie, allemand moderne Henrika, latin 
Domina, ladameou maîtresse de la maison, n'est pas 
usité en France ; mais le diminutif Henriette l'est 
heaucoup. Henriette est en latin Dominicella, la 
damoiselle ou petite maîtresse de la maison. Le mas- 
culin Henriet, en latin Dominicellus, le damoiseau ou 
petit maître de la maison, fréquent comme nom 
patronymique, n'est guère usité comme prénom. 
-Herbert, ancien haut allemand Ileri-bcit, composé 
de lien' armée, et de bert brillant, le guerrier brillant. 
C'est le même nom que Caribert, Charibertus; le 
premier est de l'ancien haut allemand; le second 
appartient au dialecte des Francs. 

Hercule, nom du dieu latin Hercules, lequel est 
identifié au dieu grec Héraclès ; mais il est loin d'en 
avoir été toujours ainsi. Le dieu latin fut, à l'origine, 
un dieu tout à fait distinct du dieu grec. « Il suffit, 
dit Michel Bréal, de mettre l'un à côté de l'autre les 
noms d'Héraclès et d'Hercule pour voir qu'ils ne sont 
point parents. Le nom grec est un mot composé comme 
Aristoclèsou Etéoclès. Au contraire, le nom latin est 
un mot simple et probablement un diminutif. La 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 115 

forme la plus ancienne, conservée parCicéron. parait 
avoir été Berculus, qu'on peut rapprocher des anciens 
m un- mythologiques comme Romulus, Faustulus, 
Cœculus. La racine du nom est le verbe hercere, 
herciscere, qui veut dire enclore, séparer, et qui esl 
fréquemment employé dans la langue du Droit pour 
désigner le partage d'une propriété, d'un héritage. 
Hercule paraît avoir été le dieu veillant sur l'enclos, 
I - ni' 1 protecteur de la maison. 

a Hercule et Héraclès ne sont donc pas deux formes 
du même nom ; ce sont deux divinités originairement 
distinctes qu'une ressemblance fortuite de son a fait 
confondre. Dans cet amalgame, l'Hercule latin a perdu 
son véritable caractère, et le génie domestique a 
disparu derrière le héros vainqueur de brigands et de 
monstres ' ». 

Quant au dieu Héraclès, son nom est composé de fjpa, 
Héra, la Junon grecque, et de /.Xe : j; gloire ; la gloire de 
Junon. Gomme Hêra ou Junon personnifie l'air, il 
s'ensuit que le sens fondamental d'Héraclès est la 
gloire de l'air (A. Mat/rv, tome I er , page-'iiM . 

— Hermann, voir à Armand. 

Hermine, Herminie, germanique Irmina, la femme 
vouée au dieu Irmin. 

- Hilaire. latin Hilarius, de l'adjectif liilaris, gai, 
joyeux; l'homme gai. Héliep est une forme populaire 
de Hilaire. 



1. M. Bréal, Mélanges de Mythologie, Hercule et Ci 
18,49. — Voir aussi dans Fustelde Coulanges, /. 
antique, page 55, les détails sur l'enclos ou herctum des Latins. 



116 ÉTYMOLO'.IK 

Hilda, de l'ancien haut allemand hilti, anglo-saxon 

hilt, combat, bataille Les formes qu'affectent les 
noms de femmes où entre hilt sont hilda, hildis, hilt. 
Hilda signifie la guerrière. 

Hildebrand, germanique Hild-brand, composé de 
h il il combat, et de l'ancien Scandinave brandr, épée à 
deux mains ; l'homme qui combat avec l'épée à deux 
mains (Foerstemanx, Littré et A. Brachet). Comme 
dans le dialecte des Francs, on dit child au lieu de 
hild, il s'ensuit que Hildebrand et Childebrand sont le 
même nom. 

Hippolyte. grec, composé de fezoç cheval, et de 
ï\hû délier; celui qui délie les chevaux. 
— Honorât, Honoré, latin Honoratus, honoré. Dimi- 
nutif féminin : Honorine. Le mot latin Honoré équi- 
vaut au mot hébreu Juda. 

Horace, latin Horatius. nom d'une des plus anciennes 
familles romaines, la gens Horatia, comme la gens 
Curiatia l'était chez les Sabins. Horatius, dont Yo est 
bref, ne peut pas venir de hora, dont Yo est long ; la 
différence de quantité de Yo rend inadmissible cette 
étymologie. De môme Curiatius, dont Yu est bref, ne 
peut venir de cwria, dont Yu est long. La plupart des 
noms en atius ont leur explication dans les noms de 
lieu ou de peuple. Comparez Curiatius avec le nom des 
habitants de la ville sabine de Cures, les Curiates ou 
Curetés, dont Yu est bref. Comparez Horatius avec le 
nom d'un peuple latin, les Foretii, dont Yo est bref; 
ici h représente une /"plus ancienne (R. Mowat). 

« Les anciens Romains disaient hœdus et fœdus 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 117 

chevreau, holus ou foins légume, hostem ou fostem 
étranger, hostiam et fostiam victime, hordeum et 
fordeum orge, hariolus et fariolus devin, haba et faba 
fève. Des permutations entre /' et h s'observent aussi 
en espagnol, en roumain et dans plusieurs de nos 
dialectes français du Midi. » (M. Bréal et Bailly, 
page 122). Il suit de là que Horace dérive vraisem- 
blablement du nom d'un ancien peuple du Latium. 

Hortense, latin Hortensia, femme appartenant à la 
gens Hortensia. 

1. Les adjectifs hortensias et hortensis sont iden- 
tiques; ils signifient ce qui concerne Yhortus. Le sens 
primitif de hortus est propriété rustique. (Festus, 
page 175. — M. Bréal et Bailly.) 

2. D'autre part, Pline cite les hortenses comme étant 
une fraction du peuple albain. Vraisemblablement les 
hortenses devaient tirer leur nom de ce qu'ils s'adon- 
naient à l'exploitation agricole. En supposant que la 
gens Hortensia ïùt originaire du pays des hortenses, on 
arrive à la même étymologie que la précédente. 
Toutes deux se rattachent à hortus, propriété rustique, 
Il suit de là que Hortense signifie la fermière. 

Hubert, ancien haut allemand Hugu-bert, composé 
de hugu esprit, intelligence, et de bert brillant; 
l'homme d'un esprit brillant. 

Hugues, ancien haut allemand hugu esprit ; 
l'homme d'esprit; c'est le même nom qu'Hubert avec 
suppression de bert. Hugo, Ilugon sont d'autres 
formes de Hugu. Hugolin est un diminutif; Huon, 
une contraction de Ilugon. Ilugon a donné, entre 

;. 



1 18 ÉTYMOLOGIE 

autres diminutifs, Hugonot, en dialecte provincial 
Hugounot ,et, par aphérèse, Gounod, m un de l'illustre 

musicien. Le diminutif ot s'écrit od en Franche- 
Comté et en Suisse (R. Mowat). 

Humbert, ancien haut allemand, composé de llun 
et de bert : Hun a le sens, soit de Hun, le peuple 
d'Attila, soit de géant. Gomme rien dans les formes 
anciennes du nom n'indique une intention particulière 
à l'égard du sens de hun peuple, la signification 
géant est préférable : le géant brillant. Le nom du 
célèbre savant A. de Humboldt est composé de hun 
géant, et de bold brave et gai. Le nom français 
Humhlot est le même nom que Humboldt; il en est 
de même d'un autre nom français, Hunebaud, en 
ancien haut allemand Runibald. 

Hyacinthe, grec !>)jf(cinthos,\a. jacinthe. D'après la 
mythologie grecque, Hyacinthe, favori d'Apollon, fut 
tué involontairement par ce dieu et changé en la fleur 
qui porte son nom. Inutile d'ajouter qu'en fait c'est la 
fleur hyacinthe ou jacinthe qui a suscité le mythe du 
favori d'Apollon. 



Ida. anglo-saxon pour Hidda, mot de l'ancien haut 
allemand, qui lui-même est mis pour Hilda, U 
guerrière. Au lieu de Ida, le nouvel haut allemand dit 
Ide. Formes dérivées : lzo, Iza (Foerstemann). 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 119 

Ignace, grec lyvottoç. Saint Ignace, disciple de saint 
Jean, futévêqued'Antioche (Dictionnaire des Légendes). 
Le mot semble se rattacher aux racines yev, gen, d'où 
dérivent : 1° en grec, y/yvoaxi pour yt-fh-o^ai naître; 
2' 1 en latin nascor pour gnascor naître, gnatus pour 
natus le fils. Les indigènes de l'île de Rhodes s'appe- 
laient iyv7jT6ç, c'est-à-dire étymologiquement les fils 
(de Rhodes). Il suit de là que vraisemblablement le 
grec tyvotTioç est analogue au latin gnatus et qu'il 
signifie le fils. L'étymologie tirée de ignis par 
R. Mowat n'est pas fondée. 

Imbert, germanique îng-bert (Augustin Thierry, 
Lettres sur l'histoire de France, page 422); composé 
de ingo, jeune et de bert brillant : le jeune homme 
brillant. Fœrstemann range Imbert sous le radical Im 
dont le sens ici est très obscur. 

- Innocent, latin Innocentius, de l'adjectif innocens: 
l'homme innocent, vertueux. 

Iphigénie, grec bt-y£V£ix, composé de ?cptç fort, ar 
yévetoc le menton; la femme au fort menton. Iphigénie 
est un surnom donné d'abord à Hécate, c'est-à-dire à 
la Lune, à cause delà forme proéminente du croissant; 
il fut plus tard transporté à la fille d'Agamemnon, 
laquelle, selon la légende des temps héroïques, avait 
dû être immolée à Hécate. (A. M.vury, tome I er , 
page 151.) 

Plusieurs étymologistes donnent pour composition 
au mot Iphigénie ïïptç fort ou robuste, et yÉvoç race ; la 

femme d'une race fort obuste. Cette étymologie 

s 'harmoniserait a\ ec les deux autres noms que lespoètes 



120 ÊTYMOLOGIE 

donnaient à la fille d'Agamemnon, à savoir Iphianasse 
et [phigone. Iphianasse, «pt-avarea est la reine robuste; 
Iphigone, ïcpt-yovoç est la femme d'une race robuste. 
Ces deux noms sont postérieurs à celui d'Iphigénie : 
Iphigéniea été primitivement le surnom d'Hécate, c'est- 
à-dire de la Lune. Il suit de la que l'étymologie îept- 
yaviita. la fille au fort menton, est seule enconcordance 
avec le mythe primitif. 

Irène, grec elpv)VT), la paix. 

Irénée, grec eîp7|votïoç, le pacifique; en allemand 
Frédéric; en hébreu, Salomon. 

Irma, abréviation familière de lrmina, nom d'une 
sainte fêtée le 24 décembre. lrmina ou Irma signifie 
la femme consacrée à Irmin, dieu saxon. 

Isaac, hébreu Izehaq-El, celui à qui Dieu sourit. 
Nom théophore où le nom de la divinité est supprimé 
(Rexax, Hist. du jie/ijile d'Israël, tome I er , page 107). 

Isabelle, nom phénicien, celui de la fameuse Jéza- 
bel; c'est un nom théophore Baal-ezbel, où le nom de 
la Divinité est sous-entendu ; il signifie celle avec qui 
Baal se divertit amoureusement, l'amante de Baal 
(Renan, Hist. du peuple d'Israël, tome II, page 256, 
note 4. Voir aussi Philippe Berger. Mémoires de ht 
Société de Linguistique, tome VI). Dans le populaire, 
on dit par aphérèse Zabeau, Zabelle. 

Isaïe, hébreu Ieschah-iahou, Jéhovah est le salut. 
Même sens que Josué et Jésus avec inversion des mots 
composants. 

Isaure, latin Isaurus, natif de l'Isaurie, province de 
l'Asie mineure. L'empereur grec qui le premier essaya 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 121 

d'abolir le culte des images était né en Isaurie, 
Léon III l'Isaurien. Saint fsaure < ; tail diacre à 
Athènes. Aujourd'hui, le prénom d'isaure n'est plus 

donné qu'aux femmes. 

Iseult, mot celtique, dont la forme germanique est 
is-kild; le radical is ou isan, allemand moderne êïsen, 
signifie fer: liilt combat; la guerrière de fer. 

Isidore, grec, composé de Tckç Isis, la déesse égyp- 
tienne, et de BSpov présent; le présent d'Isis. 

Ismaël, hébreu, celui que Dieu exauce (Gesenius 
et Renan, tome I er , p. 105). 



Jacinthe, prénom féminin, du grec hyacinthos, la fleur 
qui a donné son nom à Hyacinthe, favori d'Apollon. 

Jacques ou Jacob, hébreu Jacob-El, nom théophore 
que Renan (Hist. <l" peuple d'Israël, tome I er , 'page 107) 
interprète ainsi : celui qui suit Dieu ; celui qui marche 
dans les voies de Dieu. M. Philippe Berger (Mémoires 
de lu Société de Linguistique, tome VI) précise la défi- 
nition en ces termes : Celui qui s'attache aux pas de 
Dieu. En arabe, Jacob est le mâle de la perdrix 
(Gesenius, page 1061). 

_ Janvier, latin Januarius, celui qui est né dans le 
mois de Janus. Janus est mis pour Djanus ou Dianus, 
dont le féminin est Diana; il signifie le brillant, ainsi 
qu'on l'a vu à Diane. 



122 KTYM0L0GIE 

Jean, hébreu Jeho-hqncCn, Jéhovah on le Seigneur 
est bienfaisant. Ananias, hanan-iah, est le même Dom 
avec inversion des mots composants. Comme en phé- 
nicien, le Seigneur se dit Baal, il s'ensuit que Ilanan- 
Baal, Annibal, a le même sens que Jean et qu'Ananias : 
c'est le même nom en deux dialectes sémitiques diffé- 
rents. L'étymologiste n'a pas à s'occuper des haines 
religieuses qui régnaient entre les prêtres phéniciens 
et les prêtres hébreux. 

-- Jérôme, grec ïepwvu^oç, Hiéronyme. composé de 
tepov sacré et de ovoua nom : le nom sacré, celui que 
représentait IIIWII, tétragrammedudieu des Hébreux 
| Voir page 28 de ce livre). 

Job, hébreu Yiôb, celui qui subit l'inimitié du sort 
et des hommes (Uelss). Job est fêté le 10 mai. Job n'a 
jamais existé; c'est un personnage symbolique. Le 
poème de Job, œuvre d'un Ephraïmite échappé au 
sac de Samarie, est, sous une forme dramatique, une 
thèse philosophique sur la Providence. C'est ainsi 
que Gœthe a donné la forme dramatique à son étude 
sur l'âme humaine, dans Faust. L'admirable poème 
de Job, œuvre d'un homme de génie, est l'un des 
plus précieux monuments que nous ait légués l'anti- 
quité. 

Joachim, hébreu Teho-yakin, Jéhovah rend ferme. 

Jocelyn, gothique dérivant de Gaud. nom du 
peuple goth lui-même. Les formes principales de gaud 
sont gaud, gauz,goz. Particulièrement de Gauz et Goz 
dérivent les nomssuivants : Qauzilin,Gauzlin, Gozlin, 
Gauzcelin, Goscelin, Gosselin, Joscelin (Jocelyn, selon 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 123 

l'orthographe anglaise), Joscelinù, nom de femme. 
C'est dans les écrits anciens que Fœrstemann a relevé 
tous ces Doms. 

Gozlin est le nom de l'évèque de Paris qui, avec le 
comte Eudes, défendit Paris contre les Normands; il 
tua même leur chef Sigfrid. II mourut pendant le siège, 
en 886. En mémoire de ses services, on a donné sou 
nom à une rue de Paris, proche de Saint-Germain-des- 
Prés, dont Gozlin avait été l'abbé. 

Le nom de Joscelin ou Jocelyn est mentionné, dit 
Fœrstemann, au concile de Reims, en 1080. Il doit y 
avoir une erreur de date ; nul concile à Reims en 1080» 
mais il y en eut deux en 1092 et un en 1094. Grâce à 
Lamartine, le nom de Jocelyn n'est pas près de périr. 

Quant aux Gosselin et aux Jousselin, ce sont des 
noms patronymiques très fréquents. 

Tous sont des Goth, qui viennent se ranger à coté 
de nos Picard, de nos Poitevin, de nos Lallemand, de 
nos Langlois et autres noms ethniques. 

Jonathan ou Jonathas, hébreu Ielio-nathan, le pré- 
sent de Jéhovah. 

- Jourdain, Jourdan. Jordan, italien Gionhuto, nom 
qu'on donnait jadis aux enfants qu'on baptisait avec 
l'eau apportée du Jourdain (Larchey). 
_ Josaphat ; hébreu leho-shaphath, le jugement de 
Jéhovah ou Jéhovah est juge. Dans le catalogue des 
saints de l'Église romaine, Josaphat est associé à Bar- 
laam. Or Josaphat, c'est le Boudha ; e1 Barlaam, c"est 
le Brahmane A-ita. qui prédit la grandeur du lîuudha 
à la naissance de ce prince. L'histoire de cette admis- 



121 i i • BIOLOGIE 

sion du fondateur de la plus grande religion du globe 
dans le paradis chrétien est curieuse. Au vin'' siècle de 
notre ère, un moine intelligent et instruit, saint Jean 
de Damas, soit qu'il eût connu la vie du Boudha par 
des récits oraux, soit qu'il eût eu sous les yeux le 
texte même de la biographie légendaire du Boudha, 
futfrappédu profit qu'on pourrait en tirer, moyennant 
adaptation, pour l'édification des fidèles. Il composa 
donc un extrait de la vie du Boudha qu'il accommoda 
en histoire chrétienne. L'Histoire de BaHaam et de 
Josaphat, roi des Indes, rédigée par saint Jean de 
Damas, eut une vogue immense; elle fut traduite dans 
toutes les langues, même en islandais. L'Eglise pro- 
mut au nombre des saints Barlaam et Josaphat; leur 
fête est célébrée le 26 août, dans l'Eglise orientale, et 
le 27 novembre, dansl'Eglise romaine. Jamaisl'Eglise 
n'a été aussi bien inspirée; le Boudha est assurément, 
avec Vincent de Paul, le plus grand saint qui siège au 
Paradis chrétien. 

Lire dans iMax Mùller, Essais de mythologie com- 
parée, le chapitre intitulé : Sur la migration des fables. 
On y verra aussi que la jolie fable de La Fontaine, 
Perrette et le Pot au lait, est également d'origine 
b^ndhique. 

Le Dictionnaire des Légendes, collection de l'abbé 
Migne, contient l'histoire de Barlaam et Josaphat. 
— Joseph, hébreu Iasaf, arabe Youssouf, signifie 
l'adjoint. Joseph n'est pas un personnage historique; 
c'est un mythe qui personnifie l'adjonction que les 
Hébreux se firent d'une tribu de leur race, laquelle, à 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 125 

la suite de démêlés avec les autres tribus, avait jadis 
émigré en Egypte '. 

Josué, hébreu leho-shouah, Jéhovah est le salut; 
Jésus, leschouah, est le même nom abrégé. Jésus était 
un nom aussi commun chez les Juifs que l'est chez 
nous Louis, Paul ou Ernest. 

Jude, forme francisée de Juda, hébreu Iehouda, qui 
signifie Honoré -\ C'est de Juda que vient le latin 
Judceus, d'où est sorti le nom de juif donné au peuple 
hébreu. 

Judith, hébreu Tehoudith, la Juive; ce nom est l'é- 
quivalent de Honorine. 

Jules, latin Julius, membre de la gënsJulia; Julius 
dérive de Juins, ancêtre de la race. Jules ou Ascagne 
était le fils d'Enée et de Creuse (Virgile). Comme 
Enée était, d'après la légende, fils de Vénus et d'An- 
chise, on voit pourquoi la gens Julia se vantait de 
descendre de Vénus. On sait que Coesar, Caïus Julius, 
appartenait à la gens Julia. Julus est identique au 
grec ?oo\o;, qui a les cheveux frisés ou crépus (Littré. 
à Juillet). Le prénom féminin Julie et le diminutif 
Juliette, les dérivés Julien, Julienne, sont des noms 
qui tous signifient : ayant les cheveux frisés. 

1. Voir les < 1 ♦ ; t a. L 1 ^ dans mon livre Les Mythes de la Bible, 
pages 223-238. 

2. Les calembours sonl fréquents dans la Bible : c'est 
ainsi que Jacob bénissant ses Bis à son lit de mort dit : 
i Genèse XI. IX. s. Honoré (Juda), tes frères t'honoreront. ■ 
C'est ainsi que Noé bénit son fils Japhet, mot qui signifie 
l'étendu : i Genèse IX, 21 . Que le Seigneur étende l'Étendu 
(Japhet) . 11 est évident que la forme des deux bénédictions 
est dictée par la volonté de faire le jeu de mots. 



126 (CTYMOLOfllî! 

Ju?t, latin Jus tus, l'homme juste. Dérivés : Justin, 
Justine, Justinien. 



Ladislas. polonais, Wladi-slaw, composé de uiadac 
gouverner, conduire, et de slawa gloire ; celui qui 
gouverne avec gloire. Etymologie incertaine. 

Laetitia, latin Ltrtitia la gaîté ; la femme gaie ; 
même sens que les deux noms grecs Euphrasie et 
Euphrosyne. 

Lambert, germanique Lmul-bert, forme latine Lun- 
debertus ; composé de land terre, pays, et de bert 
brillant ; l'homme brillant du pays. 

— Landry, germanique Land-rich, composé de land 
pays, et de rich chef; le chef du pays. Le nom 
patronymique Gauldryou Gaudry, wald-rich, signifie 
le chef ou le maître de la forêt. 

Laure, féminin de Laur, latin la a rus. le laurier. 

Laurent, Laurence, latin Laurentius, Laurentia, 
natif de la ville de Laurentum, la ville des lauriers ; 
l'homme ou la femme du pays des lauriers. Dans la 
légende de saint Laurent, celui-ci aurait reçu ce nom 
parce qu'à sa naissance un démon l'aurait porté sous 
un laurier. 

— Lazare, abréviation de Eléazar, mot hébreu, Dieu 
est mon aide. En vieux français, Lazare est devenu 
ladre. Saint Ladre est le patron de la ville d'Autun. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS T27 

Un ladre, au moyen âge, était un lépreux Aujour- 
d'hui un ladre est un homme atteint do la lèpre de 
l'avarice ; un cochon ladre est un porc infesté par le 
cysticerque, larve du Tœnia solium. 

Léa, latin, la lionne, dans Lucrèce et dans Ovide. 
11 y a une autre Léa mis pour Lia, mot sémitique, qui 
dérive d'une racine assyrienne ; elle signifie élevée 
(Lediuin). Cette Léa et cotte Lia s'écriraient plutôt 
Léah et Liah. 

-—Léger, germanique Leodegar; forme latine Leode- 
gàrius : Leodegar s'abroge en Leud-gar ou Leut ger; 
composé de Leut peuple, et de ger lance ; la lance du 
peuple. 

Léocadie, latin Leocadia, transcription du grec 
Lèucadia, venant de l'adjectif grec /.ôux'i;, XeuxoBoç 
Ida ne. Léocadie a donc le sens de blanche. 

D'autre part. Fœrstemann rattache Leocadius, 
nom d'homme, au radical ïew qui signifie lion ; mais 
ce n'est qu'avec un louable doute qu'il propose pour 
forme germanique complète Leo-had. Hada, ancien 
haut allemand, signifie guerre, combat; alors le sens 
de Leocadius serait le lion combattant. A mon avis, 
suis documents qu'on ait sur ce nom donnent tort 
à Fœrstemann. En effet, c'est Grégoire de Tours 
qui cite le nom de Leocadius ou plus exactement de 
Leucadius. Le premier Leucadius cité (Livre I er , pa- 
ragraphe 31, de l'admirable édition de Grégoire de 
Tours, publiée en 1883 à Hanovre, dans le vaste recueil 
intitulé Mortumenta Germaniœ historica) est un sénateur 
de Bourges. Dans lelivre V, paragraphe 48, un esclave 



128 KTYMOLOGIE 

de l'agent du fisc est appelé Leucadius. Dans la Vie des 
Pères, livre VI, paragraphe 1, unsénateurd'Auvergne 
portant un nom grec, Georges, est cité comme étant 
l'époux d'une Leucadia. Ce dernier témoignage me 
semble décisif, il s'agit bien d'un nom grec. Enfin, 
tout indigène de l'île de Leucadia était un Leucadios 
au masculin et une Leucadia au féminin. Or l'étymo- 
logie de Leucadia est l'adjectif Àeuxaç, Àsuxàoo;, qui 
signifie blanc. 

Léon, grec Xstov, Xsovtoç, le lion. Du grec àéovtcoç, 
latinisé en Leontius, vient Léonce ; des diminutifs 
Leontiniis, Leontina, viennent Léontin, inusité, et 
Léontine, très usité. 

Au lieu du grec Xsa>v, on a aussi le latin leo, leonis, le 
lion. Dérivés du latin : Léo, Léon, Léonie, Léonide ; 
le lion, la lionne. 

^r Léonard, forme latine Lconardus, dans Grégoire de 
tours, livre VII, paragraphe 13. Ce Léonardus, seul 
exemplaire de cette forme qui soit venu jusqu'à nous, 
était un des gens de la maison du roi Chilpéric, ex 
domestico, dit Grégoire. Léonard est-il un mot hybride 
composé du radical latin ou grec Léon, et du suffixe 
germanique hardi Ou bien est-ce un mot entièrement 
germanique, dérivant de l'ancien haut allemand 
lewon', lion (Foerstemann) ? Vu l'absence de formes 
anciennes, il est difficile de se prononcer. Dans les 
deux cas, Léonard signifie le lion hardi. 
- Léopold, germanique Luit-pold, composé de luit 
peuple, et ôepold ou bold brave et gai ; l'homme brave et 
gai d'entre le peuple. Diminutif féminin : Léopoldine. 



DE QUATRE CEXTS PRÉNOMS 129 

Leu, vieux français qui signifie loup, dérivé du 
latin Lupus; saint Leu, c'est saint Loup. Sur quatorze 
saints portant le nom de loup, neuf appartiennent à 
la France. Dérivés et diminutifs : Louvois, Louvel, 
Louvet, Loubet, noms patronymiques très répandus. 
- Louis, ancien haut allemand Hlod-wig, dialecte franc 
Chlod-wig, allemand moderne Lud-wig ; composé de 
hlod illustre, et de wig combat; l'homme des illustres 
combats ou brièvement l'illustre guerrier. Clovis est 
la forme ancienne de Louis ; le féminin Louise est 
l'illustre guerrière. 

Luc, Lucie, latin Lucius, Lucia, dérivent de lux, 
lacis la lumière. A Rome, Lucius était un prénom et 
non pas un nom de gens. On donnait le prénom Lucius 
à l'enfant qui naissait dans le jour, et- le prénom 
Manius à l'enfant qui naissait le matin (latin mane, le 
matin). Etymologiquement Luc et Lucie signifient 
le lumineux, la lumineuse. Le nom latin Lucie 
équivaut au nom grec Hélène. Comme Luna la lune est 
pour Luc-na, il s'ensuit que la lune signifie la lumi- 
neuse. On a vu précédemment que l'Hélène grecque 
était probablement la personnification de la Lune. 

De Luc dérivent Luce, Lucette et Lucile, Lucien 
et Lucienne. Tous ces noms signifient le lumineux, 
la lumineuse. 

Lucrèce, latin Lucretius, Lacrelia, nom d'une 
ancienne famille romaine, la gens Lacrelia. La termi- 
naison en etius indique une origine provenant d'un 
nom de lieu. Le poète Horace et Festus parlent d'un 
mont des Sabins nommé Lucretilis, aujourd'hui monté 



130 ÉTYMOLOOIE 

Gennavo. (Test d'un pays Sabin que venait proba- 
blement la gens Lucretia. 

Lycurgue, prénom qui a été usité en France du- 
rant la Révolution ; composé de Xuxo? loup, et de 
si'pyw repousser ; le pourchasseur de loups (Bailly 
et Eggeb, page 246). 

Lydie, grec Lydia, la Lydienne. 



Macaire, Macarius, qui dérive du grec [jwtxdlptoç, 
bienheureux ; le bienheureux. 

Madeleine, ancienne orthographe Magdeleine, mot 
hébreu qui signifie née au bourg de Magdala. Dans 
les Évangiles, Madeleine n'est pas un nom de femme, 
c'est un nom de pays ; jamais il n'est employé isolé- 
ment ; toujours il est adjoint au nom de Marie. Il 
sert à distinguer la Marie née à Magdala des autres 
Maries, à savoir, la mère de Jacques le mineur, la 
sœur de Marthe, la femme de Cléophas et la mère de 
Jésus. 

Manfred, ancien français Mctinfroy, du germani- 
que Magen-frid, composé de magin force, et de frid 
paix ; la paix de la force, c'est-à-dire la paix qu'as- 
sure la force. 

Marc, latin marcus, marteau, d'une racine aryenne 
mar, qui signifie broyer (Max Muller, Nouvelles Leçons, 
tome II, pages 24, 39 et 42 . 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 13l 

De la racine aryenne mar sont issus les deux 
rameaux suivants : 

4° Mar eus et marculus, marteau. 

Le diminutif de marctts esl marcellus, d'où les noms 
Marcel. Marcelle, Marcelin, Marceline. On écrit aussi 
Marcellin, Marcelline. Ce sont tous des petits mar- 
teaux. 

Le diminutif de marculus est marculinus, d'où 
l'ancien français merclin, aujourd'hui merlin, marteau- 
assommoir (Bhachet, Diction, étymologique). Merlin est, 
comme nom patronymique, aussi usité que comme 
nom commun. 

2° Mars, Martin ; le dieu de la guerre, Mars, le 
broyeur d'hommes, etmartulus ou martellus, marteau, 
martel ; Charles Martel, le broyeur des Sarrazins. 

Diminutif de mars, martis : Marlinus, en français 
Martin, le petit Mars ou le petit broyeur d'hommes. 
Gomme nom patronymique, Martin est peut-être le 
nom le plus répandu qu'il y ait en France. En Italie, 
les Martini sont aussi très nombreux. 

Marguerite, latin margarita, la perle. Les fleurs 
nombreuses (Radiées, sous-famille des Composées) 
auxquelles le public donne indistinctement le nom de 
marguerites, ont reçu leur dénomination de margarita, 
perle. Forme populaire : Margot ; diminutif : Mar- 
goton et, par aphérèse, Goton. 

Marie, mot sémitique, dialecte hébreu, Miriaiu ou 
Muna m, équivaut au latin domina, la dame ou mat- 
tresse de la maison. Dérivés: Mariette, Marion <'t, 
familièrement, Manon. 



132 ÉTYMOLOGIE 

Marianne, mot composé de Marie et d'Anne. On a 
voulu dériver ce nom d'une fxaptajjivïi, Mariamne, nom 
qu'aurait porlé, entre autres, une épouse célèbre du 
roi Ilérode. Renan [Hist. du peuple d'Israël, tome V, 
page 200, la note) dit que la forme uapia^vviMariam-ne, 
est une faute ; le vrai mot est [laptapip] Mariamme, qui 
est la transcription grecque du mot hébreu Mariant. 

Marine, latin Marina, qui dérive de marc, la mer; 
femme de la mer. Le masculin Marin est le nom d'un 
saint; il est aussi un nom patronymique assez fré- 
quent en Bourgogne. Diminutif : Marinette. L'équi- 
valent de Marine en grec est Pélagie. 

Marius, nom du célèbre dictateur Caïus Marius. 
Le nom de la gens Maria dérive de la racine aryenne 
mar. Dans le tome II de ses Nouvelles Leçons, pages 24 
à 47, Max Mùllera écrit histoire du développement 
et des prodigieuses évolutions de cette racine. Celle-ci 
se trouve dans les noms primitifs de l'ancien dieu 
latin, plus tard assimilé au Mars grec ou Ares; les 
vieux noms de Mars sont Mannor et Mâmers pour 
Marmers, c'est-à-dire que la racine mar y est redou- 
blée. Or Vairon écrit ces lignes (Max Muller, page 36, 
note 3) : « Mars ab eo quod maribus in bello prœest, ibi 
est Mànwrs, — Mars est ici appelé Mâmers parce que 
dans la guerre il préside aux mâles. » Marius, dérivant 
de la même racine que Marmor ou Mâmers, signifie 
celui qui est à la tète des mâles. 

Dans une savante étude sur le nom et le caractère 
du Mars des anciens Latins, M. Robiou (Mémoires de 
la Société de Linguistique, tome II) aboutit à cette con- 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 133 

clusion : Mars représente l'énergie virile dans tous les 
sens et sous tous les aspects, celle des combattants, 
en première ligne peut-être. » 

Dans le populaire, Marius est regardé comme le 
masculin de Marie. Il n'est pas rare de voir un père 
appeler sa fille Marie et son fils Marius. 

Marthe, mot sémitique, dialecte syriaque, Martha, 
équivaut au latin domina, la dame ou maîtresse de la 
maison. C'est le même nom que Marie. 

Martial, latin Martialis, celui qui est né sous la 
planète Mars (Ars. Darmesteter, page 106). 

Martin, latin Martinus\ le petit Mars. Voir à Marc. 

Mathieu, Mathias, hébreu Matt-iah&U, composé de 
miill homme ( F. Lknormaxd), et de iahou .léhovah; 
l'homme de Jéhovah. Diminutif :Mathurin,Mathurine. 
L'équivalent de Mathieu en phénicien est M itf Juan-bal, 
l'homme du Seigneur (Baal). 

Mathilde, ancien haut allemand Maht hild, composé 
de maki puissance, et de hild combat; puissante dans 
le combat ou guerrière puissante (Weigand). 

Maur, latin Maurus, qui a le teint d'un Maure, 
c'est-à-dire le brun ou le basané. Dérivés : Maurice, 
Mauricette. 

Maxime, latin Mari mus, le très grand. Dans le 
vieux français, Maxime est devenu Mesme. Dérivés : 
Maximin, en vieux français Mesmin, Maximilien, 
Maximilienne ; par abréviation Max. 

Médard, mot dérivant d'une racine anglo-saxonne 
mœd, ancien franc méd, qui équivaut au latin honor, 
revereMiai Foerstemann), c'est-à-dire honneur, estime, 

8 



loi ËTYMOLOGIE 

gloire, respect, considération. La terminaison ard a le 
sens augmentatif. Médard signifie donc le très res- 
pecté. En vieux français, Médard devient Mard; saint 
Mard, c'est saint Médard. 

Médéric, germanique Med-ric, forme latine Mede- 
ricus : de la racine anglo-saxonne mœd, ancien fran- 
çais med. La terminaison rie a, le sens de chef : le chef 
respecté. En vieux français, Médéric est devenu 
Merry; saint Merry, c'est saint Médéric. 

Mélanie, grec Melania, de l'adjectif fiiXaç, noir; 
féminin [xéXatva. Qui a le teint très foncé; la brune 
ou la basanée. 

Melchior, mot forgé d'après un radical sémitique 
melk, le roi. C'est le nom de celui des rois mages qui, 
dans la légende, .symbolisait les Sémites riverains de 
la Méditerranée. 

Mérovée, germanique Mero-uig, forme latine 
Mero-Î échus; composé de mero ou mari célèbre, et de 
wig combat, guerre ; le célèbre guerrier. 
-Michel, hébreu, mi-ka-El, qui est pareil à Dieu? 
Diminutifs : Michelin, Micheline, et les noms patro- 
nymiques Michelot, Michelet. 

Modeste, latin modestus, l'homme modeste, raison- 
nable. 

Moïse, nom égyptien théophore Alt-mos, le fils 
d'Isis {voir aux noms théophores, page 30 de ce livre). 

Monique, dérive du grec (/.ovoç, seul, solitaire; 
celle qui mène une vie retirée. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 135 



2sr 

Narcisse, grec vapxtffooç, la fleur narcisse; vapxiadoç 
a pour racine vapx/i assoupissement, d'où vient le mot 
français narcotique; l'infusion des fleurs assoupit les 
spasmes, de là vient le nom de la plante. La fable du 
jeune fat qui, épris de sa propre image en se mirant 
dans une fontaine, se laissa mourir de faim, est 
d'origine postérieure; au fond, ce n'est pas l'homme 
mythologique qui a donné son nom à la plante, c'est 
la | liante qui a donné son nom à l'homme. 

Natalie, latin natalis (dies), le jour de la naissance 
du Christ, c'est-à-dire Noël. Les prénoms Natalie, 
Noclie, Noëlle, sont équivalents; ce sont des noms 
chrétiens. 

Némorin. du latin nemus, nrmoris, bois, bocage; 
l'homme des bocages. 

Nestor, grec vécTtop; c'est à tort que M. Larchey le 
regarde comme une aphérèse de u.vv^nop qui se sou- 
vient, qui a de l'expérience; Nestor ne dérive pas de 
avaoaac, mais de véw mi vgojxat qui veut dire aller (Egger 
et Bailly). Ktymologie inconnue. 

Nicéphore, grec vixnî-œopoç, composé devi*^ victoire, 
et de epépeo apporter ; l'hommequi apporte la victoire. 

Nicolas., grec vixo-Xocoç, le vainqueur des peuples. 
Féminin : Nicole. Diminutifs : Nicolet, Nicolette. Par 
aphérèse, on dit Colas, Colette. 



136 ËTYMOLOGIE 

Nicomède, grec vixo u. rçfojç; ;j.r'oo;j.ai, prendre soin; 
l'homme qui prépare la victoire. 

Noémi, hébreu, littéralemenl nui y race, mon amr- 
nité (Reuss, Ruth. page 8, note 6); la femme pleine 
d'aménité. 

Numa, latin, dérive d'une racine non, num, qui 
implique le sens de partager, régler. Numa est l'homme 
qui règle les partages (Bailly et Egger, page 321). 



o 



Octave, latin Octariiis, nom de la gens Octaria, de 
laquelle descendait l'empereur Auguste ; ce nom dérive 
de octavus, huitième; le huitième enfant. Comme on 
l'a vu aux notions préliminaires, chez les Romains, le 
premier né était inscrit au livre des actes publies 
sous le nom de son père; le puîné et les suivants, sous 
le numéro d'ordre de leur naissance, secundus, tertius, 
quartus, etc. De ces noms d'ordre de naissance, quel- 
ques-uns seulement sont restés en usage parmi nous, 
ce sont : Quentin, diminutif de Quintus, le cinquième 
enfant; Sixte ou Sextus, le sixième enfant; Septime 
ou Septimus, le septième; Octave ou Octavus, le hui- 
tième Féminin : Octavie. 

Odon, Othon, Otton, ancien haut allemand Otto, 
Oddo, Audo, dérivés de aud propriété, vieux saxon 
Oda ; le propriétaire. Il ne faut pas oublier que ces 
noms datent des temps féodaux, où le titre de pro- 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 137 

priétaire n'avait pas la signification banale d'aujour- 
d'hui: il emportait le sens de seigneur ayant des vas- 
saux. Odon est le même nom que Eudes ou Ode, d'où 
dérive le féminin Odette. 

Odilon, nom d'homme ; Odile, nom de femme, 
peuvent se rattacher à deux racines, à savoir, kothal 
ou oilaf patrie, et à aud propriété. 

1. Othal, ancien haut allemand uodal, odal; uodil, 
oïlil. d'où Odilo, Odila. 

2. Aud, gothique Awla, Odo, diminutif Odilo: Auda, 
Oda, diminutif Odila. 

Allemand moderne Otto, Ottiliâ. 

Nombre de formes dérivées de odal et de aud arri- 
vent à se confondre si bien qu'on ne peut plus les 
séparer. C'est pourquoi Fœrstemann rattache Odilo 
et une quantité déformes analogues à l'une et à l'autre 
racine. Weigand,pourOWï7î'a et Odilo, préfère la racine 
aud. En adoptant cette dérivation, Odilon et Odile 
auront le sens de propriétaire, dans le sens féodal. 

Odule, probablement pour Odoul, forme française 
du germanique Oddlf ; il n'y a pas de saint Odule, 
tandis qu'il existe un saint Odolf. Odolf, forme latine 
Od-ulfus, est composé de od propriété et de rulf 
loup ; le propriétaire-loup. Le loup est le symbole de 
l'audace dans l'attaque ; le nom convient bien à un 
seigneur féodal. 

- Oger, vieille forme Ogier, germanique Ot-ijcr, 
composé de ôt ou aud propriété, et de ger lance ; la 
lance de la propriété, dans le sens de lance qui protège 
la propriété. 

8. 



138 ÉTYMOLOGIK 

Olivier, dérive du latin oliva, l'arbre olivier : en 
bas-latin, un lieu planté d'oliviers se dit olivaria. 
Féminin : Olive, même sens. 

Olympe, grec ôXu(*moç, qui vient de l'Olympe, de- 
meure des dieux. Le prénom grec Olympe équivaut 
aux prénoms latins Céleste et Célestine. 

Onésime, grec Onésimos-, utile, bienfaisant ; 
l'homme bienfaisant. 

Oscar, germanique Os-gar ou Os-ger; composé de os 
ou ans Dieu, et de ger lance ; la lance de Dieu. 

Oswald, germanique Os-wald, composé de os Dieu, et 
de wald, en latin regnare, regere, régner, gouverner ; 
Dieu règne ou Dieu gouverne. 

Otmar. germanique Ot-mar, composé de ot pro- 
priété, et de mar célèbre ; le propriétaire célèbre ; 
propriétaire dans le sens féodal. 

Ours, latin ursus, nom de l'animal. Huit saints ont 
porté ce nom ; quatre sont nés en France. L'ours est 
le symbole de la force et de la prudence. Mac-Mahon 
signifie le fds de l'ours. Le nom d'ours est tombé en 
désuétude, mais le diminutif féminin est très usité; 
c'est Ursula, Ursule ou la petite ourse. 



Palmyre, grec Palmyra, dérivant du latin palma, 
palmier; nom de la célèbre ville de l'Asie Mineure, 
ainsi appelée parce que les palmiers y abondaient 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 139 

(Gesknius, page 345). Le nom gréco-latin Palmyra 
traduil à peu près I" nom indigène Tadmor. En tant 
que prénom, Palmyre est la femme qui a l'élégance 
du palmier. 

Pamphile, grec Pau-pl' Uns. l'ami de tout le monde. 

Pascal, latin Paschalis, adjectif de Pascha, la ;Pâque; 
l'homme de la Pàque. 

Patrice, latin patricius, le patricien, l'homme de 
la caste noble. Patrice est devenu la souche d'un 
grand nombre de noms patronymiques ; d'abord 
Parise (Saint-Parise-le-Châtel, dans la Nièvre, est 
appelé SanctUS Patricius dans les archives) ; puis les 
dérivés : Parisel, Parisot. Parissot, etc. 

Paul, latin Paulus, le petit. C'est à tort que 
M. Larchey le fait venir du grec paulos attendu que 
paulos n'existe pas dans le grec classique. Féminins : 
Paule, Paulette. Diminutifs: Paulin, Pauline. 

Pélagie, grec Pelagia, de pelagos, la mer ; femme 
de la mer. Sainte Pélagie est en grec le même nom 
que sainte Marine, en latin. 

Perpétue, masculin el féminin, latin perpetUUS, 
celui ou celle dont la foi est durable, perpétuelle; 
nom chrétien. 

Pétronille. diminutif de Petronia, nom de femme. 
Petronia pourrait dériver de petro, petronis, paysan 
lourdaud. « Les pietrones sont ainsi appelés, dit 
Festus, page 353, des rochers ou petrœ de la cam- 
pagne. » 

En patois, on appelle pétras un lourdaud, un 
homme qui a des manières rustiques. Le pétras Iran- 



1 iO ÉTYMOLOGHE 

çais est l'équivalant du petro latin. Pétronille serait 

alors la petite paysanne lourdaude. 

L'étymologie serait bonne si Petroniuf étail un sur- 
nom ; mais Petronius est un nom de famille, la gens 
Petronia; l'explication précédente n'est plus valable. 
D'après R. Mowat, les noms de gens terminés en 
onius dérivent généralement de lieux d'origine : 
Petronius est le nom d'une famille originaire d'une 
Pet ru, c'est-à-dire d'une ville construite sur un rocher. 
Les Petrœ étaient aussi nombreuses autrefois que le 
sont aujourd'hui en France les La Roche. La gens 
Petronia signifie donc la famille de la Roche. On 
sait combien abondent en France les familles portant 
le nom de La Roche, Roche, Rocher, Rocket, Rachat. Le 
célèbre roman de George Sand intitulé Jean (Je la 
Roche se traduirait en latin par Johannes Petronius. 
Le diminutif Pétronille équivaut à la Rochette ou à 
la Rochelle. 

Pharamond, germanique Fara-mund, composé de 
fara, mot lombard qui signifie génération, lignée, et 
de mund protéger ; celui qui protège les générations 
(Foerstemann). 

Philippe, grec otloç Ït^oç ; qui aime les chevaux. 
Diminutif: Philippine. 

Philibert, il existe plusieurs saints portant le nom 
de Filbert ou Philibert ; il existe aussi deux saints 
Fulbert. Le Dictionnaire des Légendes, page 1077, 
collection de l'abbé Migne, identifie Philibert à 
Fulbert. 

FM, radical germanique, a, d'après Fœrstemann, le 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 141 

sens du latin multus beaucoup, c'est-à-dire qu'il 
élève au superlatif l'adjectif auquel il est adjoint. 
C'est ainsi qu'en italien, molto bene, molto bella, 
signifient très bien, très belle. Il suit de là que Filibert 
signifie le très brillant. 

Fui. radical germanique, a le sens du latin pleniis, 
plein, c'est-à-dire qu'il élève au superlatif le mot au- 
quel il est adjoint. C'est ainsi qu'en anglais moderne, 
beautiful signifie très beau. Il suit de là que Fulbert 
signifie le très brillant. Comme le voulait le Diction- 
naire des Légendes, Philibert et Fulbert sont le même 
nom. 

Enfin, Weigand, à l'article die Fiille, donne les 
formes suivantes : ancien haut allemand fulli, anglo- 
saxon fyllo, ancien nord fylli. Comme on le voit, fili 
et fui sont, au fond, un seul et même mot sous deux 
formes dialectales différentes ; la démonstration est 
complète. 

Les formes Filbert, Philbert, Philebert, sont très 
usitées comme noms patronymiques. 

Philomène, grec (ptXoupisvï), Aimée. 

Philothée. grec cptXoôeoç, qui aime Dieu. Théophile 
signifie celui que Dieu aime. 

Pie. latin pius, l'homme pieux, équivaut au grec 
Eusèli". 

- Pierre, surnom de l'apotre Simon, fils de Jonas, 
Jonas signifie la colombe (Gesenius, page 587). A cause 
de sa piété solide, Simon a été surnommé le Rocher 
(de la foi) ; en araméen, Céphas ou Caïapha; en latin 
Petrus. 



14S KTYMOIJM',1! 

Du nom de Pierre sont issus doux rameaux ; l'un a 
conservé 17 de Pierre ; l'autre l'a supprimé. 

1" Pierre : Pierret, Pierrette, Pierrot, Pierron. 

2° Père : Saint-Père (cathédrale de Chartres), Per- 
ret, Perrette, Perron, Perrin, Périn, Périne, Perrot, 
Perrault. 

te Une multitude de noms patronymique dérivent de 
ces noms avec des variantes orthographiques. 

Placide, latin Placidm, l'homme d'un caractère 
doux, placide. 
— Polydore, grec -oÀu-owpov. le considérable présent. 

Polyeucte, grec tcoXu -euxto;, composé de -oàu très, 
et de euxto; désiré; le très désiré ; nom grec équivalant 
au nom latin Didier et au nom hébreu Saûl. 

Ponce, latin Pontius, dialecte osque Point is, qui 
dérive du grec ttsvte cinq, le cinquième enfant. Por&pée 
vient de l'éolien -s'u.-s cinq ; il signifie également le 
cinquième enfant (Bréal et Bailly, page 301). 

Prosper, latin Prosper, l'homme à qui les choses 
arrivent selon ses souhaits (Bréal et Bailly, page 285). 

Prudent, de l'adjectif latin prudens, l'homme avisé. 
Féminin : Prudence. Le célèbre poète chrétien Pru- 
dence vient du latin Prudentius; même origine et mémo 
sens. 

Pulchérie, de l'adjectif latin pulcher, beau ; la 
belle. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS L48 



Q 



Quentin, latin Quintinus, diminutif de quintus, le 
cinquième enfant. 



IR 



Rachel. hébreu, la brebis (Gesenius, page 1282). 

Radégonde, germanique Hrad-gund, autres formes 
Radegundis, Radagundis, composé de luad qui équi- 
vaut au latin veloœ, strenuus, alerte, actif, infatiga- 
ble, et de fjund combat; la guerrière alerte. 

Raphaël, hébreu Repha-El, Dieu est le guérisseur. 

Raoul, formes latines Chrodo-vulfus, Chrod-vutfus, 
Rod-tilfm, et non pas Rad-ulfus (A. de Juuaixville) \ 
mot germanique, composé de hrod glorieux, et de 
ni/f loup ; le loup glorieux. C'est le même nom que 
Rodolphe. Si la forme ancienne eût été réellement 
hi'inl, Raoul eût signiiié le loup alerte. Du reste, si 
négligeant le personnage historique dont parle A. de 
Jubainville on tient compte exclusivement de la 
forme moderne du prénom Raoul, la signification de 
loup alerte sera excellente. 

Raymond, ancien haut allemand Itiigin-mund : com- 
posé de ragin intelligence, esprit fécond en ressources, 



l'i'l Ï.TYMOLOGIE 

et de mund défendre, protéger; celui dont l'intelli- 
gence protège. Féminin : Ray monde. 

Raynald, Réginald. Regnault, Renault. Renaud, 
diminutif: Kenaudin ; ancien haut allemand, Uagin- 
wald, composé Heragin intelligence, et de wald régner, 
gouverne)-, diriger; celui dont l'intelligence gouverne. 

Le mot germanique ragin entre encore dans la com- 
position de deux noms remarquables, à savoir, Raim- 
baud et Renard. 

4. Raimbaud ou Rambaud, c'est Ragin-bald, l'Homme 
à l'esprit gai et courageux ; 

2. Renard, ancienne orthographe Regnard, c'est 
Ragin-hart, celui dont l'esprit est hardi, cruel. Le re- 
nard s'est d'abord appelé le goupil, du latin vulpecuîus, 
d'où nous reste encore le mot goupillon; le goupillon 
consistait autrefois en une queue de renard. La popu- 
larité de Maître Regnard, qui dans le Roman du 
Renard au moyen âge représentait le goupil, fut telle 
que le mot germanique supplanta le mot latin. Re- 
gnard et Renard sont des noms patronymiques très 
répandus. 

Rébecca, hébreu Ribqah, le filet : celle qui par sa 
beauté prend les hommes comme dans un filet 
(Gesenics, page 1260). 

Reine, latin reginu, la reine. Dans les idiomes ger- 
maniques, les mots roi et reine, Kœnig, Kœnigin, 
King, Queen, etc, dérivent d'une racine sanscrite gan, 
engendrer. Il résulte de là que roi et reine (idiomes 
germaniques) ont signifié primitivement père et mère 
(Max Mulleiï, Mythologie comparée, pages 54, 52). 



Dl QUATRE CENTS PRÉNOMS L45 

Rémi, latin rèmigius, dérive de remex, rèmigis, le 
rameur. 

René, latin re-natus, né une seconde fois, d'abord 
nom païen, est devenu un nom chrétien avec un sens 
mystique (R. Mowàt). En se convertissant au Chris- 
tianisme, tout païen naît, pour ainsi dire, une seconde 
fois. Féminin : Renée. Ces noms latins sont analogues 
aux noms grecs Anastase, Ânastasie. 

Richard, ancien haut allemand Reich-hard, le chef 
hardi. 

Robert, allemand moderne Ruprecht et Robert; 
anglais moderne Rupert et Robert: ancien haut alle- 
mand Hruoil-bert. forme latine Rod-bertus: composé 
de hruod glorieux, et de bert brillant : l'homme à la 
gloire brillante. Diminutif: Robin. 

Rodolphe, ancien haut allemand latinisé Hruod- 
ulphus; ulphus pour wolf, loup ; le loup glorieux. 

Rodrigue, ancien haut allemand Hruod-ric; com- 
posé de hruod glorieux, et de rie qui marque ici le 
superlatif; le très glorieux. 

Roger, germanique Eruodiger, Rud-ger, Rod-rjer, 
composé de hruod glorieux, et de ger lance; la lance 
glorieuse. 

Roland, germanique Hrod-lund, composé de hrod 
ou hruod glorieux, et de lahd pays; l'homme du pays 
glorieux. 

Romain, latin Romanus^ le Romain. 

Rosier, Rose, dériventdu latin rostti l'arbuste rosier 
et sa fleur. Dérivés : Rosette, Rosine, Rosalie. 

Rosemonde, allemand, danois moderne Rosamunde, • 

9 



l'ili KTYM0LOGIE 

anglais moderne Rosamund* suédois Rosimunda. Sous 
sa forme moderne, Rosemonde est composé de rose 
la fleur, et de mund protéger; celle qui protège les 
roses, ou, peut-être mieux, la rose qui protège, la rose 
protectrice. Fœrstemann rattache Rosemonde au 
gothique hros cheval ; le sens alors est cellequi protège 
les chevaux, sens voisin de celuidu nomgree Philippe. 
Mais Fœrstemann ne donne que les formes Rosamunde 
et Rosimunde. Grégoire de Tours appelle Rota m un du 
la femme d'Alboïn, roi des Lomhards. Comme la 
forme Ros-mund n'existe pas, il en résulte que la pre- 
mière étymologie est la mieux fondée. 

Ruben, pour Rêouben, nom théophorc égyptien : le 
Soleil qui brille [voir page 30 de ce livre). 

Rufin, diminutif du latin rufus, qui signifie roux. 
Rufin, c'est Rousseau, ancien français Roussel. Rufus 
est, de son coté, le même nom que le grec Pyrrhus; 
Pyrrhus, en effet, signifie le roux. Ces mots Roux, 
Leroux, Rousseau, Roussel, Rousselet, etc., sont des 
noms patronymiques très répandus ; ils équivalent à 
Rufus, à Rufin et à Pyrrhus. 

Ruth, hébreu, l'amie (Gesenius, page 1296). 



S 



Sabin, latin Sabinm, l'homme du pays des Sabins, 
le Sabin; prénom aujourd'hui inusité; le dérivé Sabi- 
nien est un peu usité sous la forme de Savinien; le 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS l'i?' 

féminin Sabine est assez usité. Le genévrier Sabine, 
famille des Cupressinées, est appelé en Normandie 
Savigni. Le nom Sabin comme nom patronymique est 
très fréquent, mais sous les formes suivantes : Savin, 
Sevin. Les domaines créés en Gaule par les Sabinus 
romains sont très nombreux, on les appelait Sabiiti- 
acum ; acvm est un mot gaulois latinisé qui signifie 
domaine. Les Sabîniacum sont passés en français sous 
les formes suivantes : Savigny, Sévignac, Sévigny, 
Sévigné. La marquise de Sévigné a signé pendant 
quelque temps Sévigny. 

Digression. — La marquise de Sévigné, épouse d'un 
gentilhomme breton, n'est pas du tout Bretonne, 
comme certains affectent de le dire; c'est une Bour- 
guignonne pur sang. Son père appartenait à l'une des 
plus anciennes et des plus nobles famille de la Bour- 
gogne, les Rabutin, dont les deux branches principales 
étaient les Rabutin-Chantal, celle de M""' de Sévigné, 
et les Babutin-Bussy, celle du fameux comte de Bussy- 
Babutin. La mère de M mo de Sévigné. Marie de Cou- 
Lange, descendait d'une vieille famille de la Basse 
Bourgogne. La grand'mère de M me de Sévigné, cano- 
nisée sous le nom de sainte Chantai, avait pour père 
un Dijonnais, Frémyot, président à la cour de Dijon. 
Par son père et par sa mère ainsi que par ses ascen- 
dants paternels el maternels, tous Bourguignons) 
M""' de Sévi: I type de la Bourguignonne au 

point (Je vue du 3ang exempt de tout mélange étran- 
Par sa verve étincelante et sa franche gaîté, par 
la i haleur d'une àme qui s'épanchfi - ,m> '-li action, 



148 ÉTYMOLOGIE 

cette honnête femme, la plus aimable qui fut jamais, 
est l'incarnation même de la Bourgogne dans ce que 
la Bourgogne a de plus spirituel, de plus enjoué et de 
plus séduisant. — Vous êtes orfèvre, monsieur Josse? 
— Oui, monsieur, je suis Bourguignon. 

Salomon, hébreu schelomoh, le pacifique; même 
sens que le nom grec Irénée et que le nom allemand 
Frédéric. 

Samson. hébreu Simson, diminutif de Sémès, le 
Soleil, le petit Soleil ou Soleillet (Reuss, Hist. des 
Israélites, page 205, note 1). Samson ou Soleillet sont 
devenus des noms patronymiques. Le diminutif 
de Samson est devenu un nom d'oiseau, le sansonnet 
(Ars. Darmesteter, page 109). 

Samuel, hébreu Schmou-El, Dieu a entendu. 

Sarah, hébreu, la princesse. 

Saturnin, latin, diminutif de Satumus, Saturne; en 
vieux français, Sernin. Avant d'être identifié au dieu 
grec Kronos, Saturne était un dieu latin qui présidait 
aux semailles. 11 dérive, en effet, du verbe sero satum, 
semer, d'où viennent les substantifs sata, satorum, 
champs ensemencés, et satio ensemencement. De 
satio, sationem, action de semer et de planter, est 
venu le mot français saison, lequel par une extension 
de sens a désigné les diverses époques de l'année 
(Bréal et Bailly, pages 324, 341). 

Saùl, hébreu Schaoul, désiré (Gesenius, page 1348. 
— Reuss, Hist. des Israélites, page 225, note 6). Même 
sens que Didier et que Polyeucte. 

Scholastique, latin Scholastica, dérivant de schola, 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 149 

école. Sainte Scholastique, sœur de saint Benoît, 
fonda, au vi e .siècle, Tordre des Bénédictines. Dans le 
moyen Age, on appelait scholaster l'ecclésiastique qui, 
dans les cathédrales, enseignait aux jeunes gens se 
destinant à l'Eglise les humanités et les devoirs de 
leur future profession. Au lieu de scholaster, on disait 
également scholasticus (Littré, à Scolastique). La sœur 
de saint Benoît, parce qu'elle donnait l'enseignement 
aux jeunes filles devenues les Bénédictines, reçut le 
nom de scholastica. Scholastique est donc, dans un 
sens particulier et restreint, équivalent à l'expression 
moderne la maîtresse d'école. 

Le prénom masculin Scholasticus est usité, mais 
moins que le féminin; il signifie l'écolàtre ou le maître 
d'école. 

Sébastien, grec Sebastianos, qui dérive de Sebastos, 
Auguste. Sebastos ou Auguste est le nom qu'on don- 
nait à tous les empereurs romains. Bastien est l'aphé- 
rèse de Sébastien ; Sébastien est l'homme dévoué à 
l'Auguste, c'est-à-dire à l'Empereur. 

Septime, latin septiinus, le septième enfant. 
Séraphin, hébreu seraphim, pluriel de seraph ser- 
pent. Le féminin Séraphine équivaut à couleuvre. 
( Voir à Chérubin l'origine du mot et la cause de sa 
déviation du sens primitif.) 

Serge, latin Sçir/hts, nom d'un grand nombre de 
personnages romains. La tribu Sergia était une des tri- 
bus de Rome; elle venait de la campagne. Unee spèce 
de poire portait le nom de Sergia, probablement du nom 
d'un Sergius qui l'avait créée. Étymologie inconnue. 



150 KTYMi'T.OCll 

Sévère, latin sev&nii, sévère. Diminutifs : SévêHtT, 

Séverine. 

Sibylle., grec ct^uXXa. composé de Stoç, dorien pour 
Aïoç, Jupiter ou Dieu suprême, et de pô/).v. volonté, 
qui dérive de pouXstfôat Vouloir (LtTTRÉ,à Sibylle): celle 
qui f;iit connaître la volonté de Dieu. 

A propos de la Sibylle de dîmes, Max Miïller 
(Science du langage, page 102), donne du mot Sibylle 
une autre étymologie, une étymologie latine, ce qui 
implique pour la propbétesse une origine latine. Mois 
comme les oracles de la Sibylle de Cumes étaient écrits 
en grec et que l'on accordait aux prêtres latins deux 
esclaves grecs pour les traduire, il s'ensuit que la 
Sibylle n'a pas une origine latine, mais une origine 
grecque; c'est donc au grec qu'on doit demander 
l'étymologie du mot: Tétymologie latine proposée par 
Max Muller n'est donc pas admissible. 

Sidoine, latin Sidonius, natif de la ville phéni- 
cienne de Sidon, le Sidonien. Sidon, en phénicien, 
signifie pêcherie • (Gesénius, page 1153). Féminin : 
Sidonie. En vieux français, saint Sidoine est devenu 
saint Saëns, ainsi que l'attestent les archives du bourg 
de Saint-Saëns( Seine-Inférieure). Le vrai nom du célèbre 
musicien Saint-Saëns est donc Saint-Sidoine. Sidoine 
est le Sidonien; le Sidonien est, en phénicien, le 
pêcheur, et Sidonie, la pêcheuse. Telle est l'étymolo- 
gie dernière. 

Sigebert, germanique Sig-bert, composé de sig ou 
iieg victoire, et de bert brillant; l'homme de la vic- 
toire brillante, ou le brillant vainqueur. 



dp: quatre oents prénoms LSI 

Siegfrid, germanique Sieg-fried, composé de sieg 
victoire, et de frid paix; la paix de la victoire, c'est- 
à-dire l'homme qui par la victoire donne la paix. En 
vieux français, Sigefroy. 

Sigismond, germanique Sig-mund, composé de si g 
victoire, et de mund protéger, défendre; la victoire 
protectrice, c'est-à-dire l'homme qui protège par la 
victoire. 

Siméon, Simon, hébreu, exaucement (Gesenik.i . 
page 1440), c'est-à-dire celui que Dieu a donné pour 
exaucer les vœux des parents. Féminin : Simone. 
Noms patronymiques dérivés : Simonet, Simonin, 
Simonot. 

Sixte, latin sextus, le sixième enfant. 

Solange, latin Solemnia (village de Sainte-Solange, 
dans le Cher, Sancta Solemnia, Gocheris, Noms de 
lieux, page 1 18). Solemnia dérive de l'adjectif sotemnis, 
qui signifie accompli selon les rites. Solange est la 
femme consacrée selon les rites. 

Sophie, grec Sophia, la Sagesse. 

Sosthènes. grec 9a>e8évv)ç, composé de cwç sain et 
sauf, et de «tOï'voç force, vigueur; l'homme à la saine 
vigueur. 

Stanislas, polonais, composé de statl Etat, et de 
shunt gloire; la gloire de l'État. 

Stéphane, Stéphen, grec arétpavoç, la couronne; 
nom d'origine savante. Voir à Etienne. 

Sulpice, latin Sulpicius, nom d'une grande famille 
romaine, \o,gens Sulpicia. M. Larchey (Dict. '1rs noms) 
donne pour étymologie un prétendu substantif latin 



152 ÊTYMOLOGIË 

sulpicium, secours: or ce substantif ne se trouve dans 
aucun dictionnaire, ni dans Forcellini, ni dans Freund ; 
il n'existe pas. Etymologie inconnue. 

Suzanne, hébreu, schoschannah, le lis. 

Sylvain, latin Syhanus, de sylva, silva, selva, bois; 
Sylvain, dieu des forêts. Diminutif : Sylvinet. 

Sylvestre, latin Sylrester, l'homme rustique. 

Sylvie, latin, féminin de Si/riiis, qui dérive de 
silva, bois, bocage; la femme des bocages. En bota- 
nique, on appelle Sylvie l'anémone des bois. 

Symphorien, grec latinisé de ouacpopoçutile ; l'homme 
utile; même sens qu'Onésime. 



T 



Tancrède, germanique Tanc-rad, autres formes 
Tanc-red, Tanc-rath (Fœrstemann) ; Tanc dérive de 
l'ancien haut allemand dankjan, qui équivaut au latin 
cogitare, penser, concevoir. Rad est mis pourrai, qui 
équivaut au latin consilium, conseil, dessein, ressour- 
ces d'esprit. 

Tancrède est l'homme prompt à concevoir des 
desseins, ou l'homme dont l'esprit est fécond en res- 
sources. 

Térence, latin Terentius, du verbe tero, qui dérive 
d'une racine ter signifiant user en frottant ; celui qui 
tourne la meule, le tourneur (Bailly et Egger, 
page 368). 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 153 

Le poète latin Térence, Publius Terentius Afer, qui, 
né à Carthage, fut enlevé par des pirates et vendu 
comme esclave, ne tient pas son nom d'une fonction de 
tourneur de meule qu'il aurait eue durant son escla- 
vage. Son nom provient de son maître, le sénateur 
Terentius Lucanus. A l'époque littéraire romaine, le 
verbe teyer e signifiait particulièrement battre le blé 
et moudre le grain. La déesse qui présidait au battage 
du blé s'appelait Terensis. Il est probable que la gem 
Terentia devait son nom à un ancêtre qui faisait battre 
le blé et moudre le grain, c'est-à-dire à un homme 
qu'aujourd'hui nous appellerions un meunier. 

Thaïs, grec Qtàç, dérive du verbe dorien Oxs'oaat, 
regarder avec admiration; la femme qu'on regarde 
avec admiration. Etymologie incertaine. 

Théobald, Thibaud, ancien haut allemand Diot- 
pald : composé de diot peuple et àepald ou Ixild, brave, 
courageux ; le brave du peuple. 

Thémistocle, grec 6£|xtGTo>:X^;, composé de thémistos 
légitime, et de cléos gloire ; l'homme dont la gloire 
est légitime. 

Théodore, grec Osoîî owpov, le présent de Dieu. 

Théodoric, anglo-saxon théod peuple, rie chef; le 
chef du peuple. 

Théodore, grec Osou 2o<rt;, le don de Dieu. 

Théodule, grecôeoû ooïïXo;, l'esclave ou le serviteur 
de Dieu ; ce nom grec équivaut au nom sémitique 
Zacharie. 

Théophile, grec hioZ 01X0;, celui que Dieu aime. 

Thérèse, nom de sainte Thérèse, femme de saint 

9. 



154 ÉTYM0L' i 

Paulin de Noie ; latin therasia, transcription du grec 
6v)pai7Îx; grec moderne (b)pe<r(a. Paulin de Noie appe- 
lait sa femme Therasia; Grégoire de Tours la nomme 
Tharasiai Livre à la gloire des confesseurs, paragraphe 

108). Le nom dérive de 07)paw. chasser; Thérèse est la 
chasseresse. 

Thierry, vieux français pour Dietrich, ancien haut 
allemand Diot-rich, composé de diot peuple, et de 
rich chef; le chef du peuple. Au lieu du haut allemand 
diot, l'anglo-saxon dit théod. Théodoric et Dietrich 
sont donc le même nom germanique en deux dialectes 
différents (roi)' page M de. ce livre). 

Thomas, hébreu, le jumeau ; en gr^c Didyme. Déri- 
vés : Thomasson, Thomasset, Thomassin; par aphé- 
rèse, Masson, Masset, Massin, noms patronymiques 
répandus. Masson, Massin ont eux-mêmes des dimi- 
nutifs, entre autres Massenet, nom du célèbre musi- 
cien. Ainsi mutilé par l'aphérèse qui lui a enlevé la 
tète, M. Massenet est un petit Thomas décapité. 

Tiburce, latin Tiburtius. La fondation de la ville de 
Tibur, aujourd'hui Tivoli, était attribuée à un Tibur- 
tus ou Tiburnus, érigé en dieu de Tibur. Tiburce est 
l'homme consacré au dieu Tiburtus. 

Timothée, grec -nuâu Ozôq, celui qui honore Dieu. 
Théotime est le même nom avec inversion des noms 
composants. 

Tobie, hébreu Tob-i-iah, Jéhovah est mon bien. 

Tullie, latin Tullia, nom d'une sainte honorée le 
5 octobre. Tullius veut dire descendant de Tullus : le 
mot Tullus, qui primitivement fut un prénom, a une 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 155 

singulière origine: il m 1 rattachée la puissance abso- 
lue que la vieille loi romaine accordait au père sur ses 
enfants. Le père avait le droit de vendre jusqu'à trois 
fois son fils et même de le mettre à mort (voir Fustel 
de Coulanges, La Cité antique, pages 98-103). « Le 
prénom Tullus, dit il. Mowat, a dû vraisemblablement 
êtreréservé à l'enfant que le père se décidait à conser- 
ver. Le oouveau-né était posé à terre : on ne le nour- 
rissait qu'autant que le père, après l'avoir considéré, 
ordonnait de le lever, tollere, sinon l'enfant était 
exposé sur la voie publique, dans un berceau compre- 
nant des objets destinés à le faire reconnaître. » Le 
nom de Tullus a été porté par un grand nombre de 
personnages. 11 suit de laque la signification de Tullus 
ou de Tullie est celle-ci : Enfant agréé par le père. 



TJ 

Ulrich, ancien haut allemand Uodal-ric, (hlul-rir, 
puis Ulrich. Il enestd'Ulrichcommed*OdileetOdilon : 
il se rattache à deux racines différentes dont les déri- 
ve confondent si bien qu'on ne peut plus opérer la 
séparation. 

1. Uodal signifie patrie, pays natal; rattaché à cette 
racine, Ulrich signifiera le chef du pays natal. 

ù. Odal, nouvel haut allemand, dérive de mul ou ,,,l 
propriétés, biens allodiaux (Weioand) ; rattaché àcette 
racine, Ulrich signifie le chef de propriétés allodial es. 



156 KTYM0L0GIE 

Ulysse, grecôou<7<7Euçouôou'7Euî. De toutes les étymo- 
logies qu'on a données cI'oousgeu;, la moins mauvaise 
est celle qu'Homère lui-même a tirée du verbe tôbaaojxai 
être irrité. « Odyssée, livre XIX, vers 405 et suivants. 
— Autolycos (grand-père d'Ulysse) visita l'opulente 
Ithaque au moment où la noble Antyclée (fille d'Auto- 
lycos) venait de donner le jour à un fils. Euryclée 
(la nourrice), après le repas, posa l'enfant sur les 
genoux de son aïeul et lui dit : « Autolycos, invente 
un nom que tu puisses donner au fils chéri de ta fille ; 
n'est-ce pas toi qui l'as le plus désiré ? — mon 
gendre, ô ma fille, répond Autolycos, donnez à votre 
fils le nom que je vais dire : J'arrive auprès de vous 
irrité ( ôou<j<7au.£voç) contre un grand nombre de mortels ; 
que son nom soit donc ôouasuç (Ulysse), et il sera bien 
nommé. » Ainsi, d'après Homère, Ulysse signifierait 
l'homme irrité. 

Urbain, latin Urbanus, l'homme de la ville par 
opposition à rusticus; l'hommequi a de l'urbanité par 
opposition à la grossièreté du rustre 

Ursin, latin Ursinus, qui tient de l'ours; qui a les 
qualités de l'ours; prénom aujourd'hui inusité. Per- 
sonnages historiques: Juvénal desUrsins. la princesse 
des Ursins. 

Ursule, latin Ursula, diminutif féminin de ursus : 
la petite ourse. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 157 



^T 



Valentin, latin Valentinus, diminutif de valens, 
l'homme robuste. Féminin : Valentine ; dérivé : 
Valentinien. 

Valère, latin Valerius, qui dérive de raleo être 
robuste. Féminin : Valérie. Dérivé : Valérien. Même 
sens que Valentin. 

Wanda ou Wenda, nom de femme, celui même de 
la grande nation slave, les Wandes. Cette nation com- 
prenait entre autres : 1° les Wendes proprement dits 
établis en Bohème et dans la Lusace; 2° les Van- 
dales qui, après avoir ravagé la Gaule, passèrent en 
Espagne et de là en Afrique. Ils y fondèrent un 
royaume qui fut détruit par Bélisaire. 

Vercingétorix, celtique Ver-cingeto-ri.r ;ver marque 
le superlatif, cingeto signifie guerriers ; rix roi ou chef; 
le chef suprême des guerriers (A. de Jubainyille, Les 
Noms gaulois, pages 41, 1 ï.'i et suivantes); c'est ce que 
nous appelons aujourd'hui le généralissime. 

Un autre mot gaulois tigernos signifiait roi. Le tbi- 
gernum castellum de Grégoire de Tours signifie la 
forteresse du roi. Aujourd'hui, c'est la ville de Thiers 
(Puy-de-Dôme). « Du terme topographique, Thiers, 
prononcé Tigernus dans les premiers siècles de notre 
ère et originairement nom d'homme, plusieurs familles 
ont tiré plus tard leur nom patronymique. De là celui 



1 58 ÉTYMOLOGIE 

d'un des hommes d'État français les plus fameux 
du xix e siècle, à savoir :, M. Thiers, le libérateur du 
territoire. » (A. nr. Jubainvillb, Noms gaulois, page 1 77.) 
Ainsi Thiers est un nom gaulois qui signifie le roi. 

Véronique, grec [ikpovi'xr,, proprement Bérénice; 
forme macédonienne de s-spsvîxr], celle qui apporte la 
victoire (Ltttrk. à Véronique). L'étymologie composée 
du mot latin rera véritable et du mot grec eîxiov image 
est absurde. Elle a été inventée pour la légende sui- 
vante : Jésus aurait demandé à une sainte femme, 
nommée Véronique, pour s'essuyer, le linge qu'elle 
portait. Sur le linge, se serait fixée l'empreinte de la 
face, véritable image de la figure du Christ : de là la 
fabrication de l'étymologie rera ekwv. 

Cette légende est tirée de ces contes extravagants 
connus sous le nom d'Apocryphes, deliramenta apo- 
cryphorum, ainsi que les appelle saint Jérôme. Ce 
qui concerne Véronique se trouve dans La Vengeance 
de Jésus et dans La Mort de Pilate (Dict. des Apocrij- 
phes, Collection de l'abbé Migne). 

Victoire, latin Victoria, la Victoire. 

Victor, latin Victor, le vainqueur. Dérivés : Victorin, 
Victorine, Victorien. 

Wilfrid, anglo-saxon will volonté, fried paix; 
l'homme qui veut la paix. 

Vincent, latin Vincentius, qui dérive de vincere 
vaincre, le vainqueur. La terminaison enthis caracté- 
rise les Latins d'Afrique; elle est analogue à l'adjectif 
pientissimus si fréquent dans les inscriptions. Vincen- 
tius était un personnage africain (R. Mowat). 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 159 

Virgile, latin Virgilius ou Vergilitis, nom de lé gens 
Vergilia, celle même du grand poète latin. Virgile 
s'appelait, en effet, Publius Virgilius Maro. Le sur 
nom de Maro appartenait à son père, qui, d'après 
Donatus, était potier. La constellation des Pléiades 
s'appelait Virgilia- ou Vergiliœ (Festûs, page 674 . 
mut qui èsl le diminutif de mrga, pousse ou rejeton, 
nom leur fut donné par les cultivateurs italiens 
parce qu'en Italie, où elles devenaient visibles au 
mois de mai, elles marquaient le retour de l'été. » 
(Max Muller, La Science du langage, page 8). Il suit de 
là que le nom Virgilius signifie le rejeton naissant et 
par conséquent plein de sève. 

Virginie, latin Virginia. La mort tragique de la 
Virginie romaine, immolée par son père pour que sa 
virginité ne lui fût pas ravie par le décemvir Appius 
Claudius, a induit les étymologistes à faire dériver 
Virginie de virgo, virginis, avec le sens de vierge. 
Cependant Virginie n'est pasun prénom, c'est un nom 
de famille, celui de la gens Virginia. Virginie ne 
s'appelait donc ainsi que parce que son père était un 
Virginius. Virginius, nom patronymique, ne peut pas 
avoir le sens de vierge; il serait absurde que des pères 
de famille fussent appelés vierges. 

Dans les inscriptions relevées sur les monuments 
antiques, on a trouvé' virginim ayant le sens d'époux, 
et Virginia ayant le sens déjeune épouse. Dans Virgile, 
virgo a le sens de femme mariée '. 

1. Par exemple, \ gl. VI, ver-; 1T et 52, appelle 

vierge Pasiphai mère de trois til-. Le-: auteur.- chrétiens, 



160 ÉTYMOLOGIE 

Au sujet de rirœ, qui autrefois signifiait femmes, 
Festus, page 463, dit que yirgines et riragines dérivent 
de virœ. Or vira est le féminin de vir, virago est pour 
virum «go: rirgo est vraisemblablement la contraction 
de virago. 

Enfin, le mot latin vir est le même que le mot zend 
et sanscrit vira, lequel signifie héros, homme fort. Or 
vir signifie l'homme fort, au sens physique comme au 
sens moral, et, par une extension toute naturelle, mari, 
époux. 

Du rapprochement de ces sens variés et de ces déri- 
vations on arrive à cette conclusion que virginius et 
virgmes ont la même origine, et que leur sens primi- 
tif, fondamental, doit être celui-ci : l'homme et la 
femme doués d'énergie productrice. 

Vital, latin Vitalis, qui dérive de rita la vie ; l'homme 
vivifiant. Il s'agit de la vie spirituelle que donne la 
foi. Vital est un nom chrétien; il a dû appartenir à un 
homme prêchant la doctrine chrétienne. 

Waldemar, germanique Waldo-mar, composé de 
ivalilo chef, et de mar célèbre; le chef célèbre. 

Walter, germanique Waldo-her, composé de waldo 
chef, et de lier armée; le chef d'armée. Même sens que 
le français Gauthier, en tant que prénom (Voira. Gau- 
thier). 

Werther, germanique Wert-lier, composé de wert 



Tertullien, saint Jérôme, saint Paulin de Nôle, accordent 
l'appellation de virgines même à des hommes mariés. 
« Ecclesiastici scrij}to> , es tribun nt etiam viris conjugii et 
veneris expertibus. » (Forcellim à Virgo.) 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 161 

digne, méritant, et de lier armée, d'où guerrier; le 
guerrier méritant. 



Xavier, nom d'un village espagnol Xavero (Navarre), 
où est né un saint François, dit à cause de cela Xavier 
pour le distinguer des dix-sept autres saints qui por- 
tent le nom de François. Le mot Xavier ne peut pas 
plus être employé isolément, avec élimination de Fran- 
çois, que le mot Madeleine ne peut être séparé de Marie. 
Xavier et Madeleine sont des noms de pays, et non 
pas des noms de personnes. 



Yves, ou Yvon, nom d'un saint breton, en latin 
ho, mot dont la signification est inconnue. Les uns 
en font l'équivalent de Jean ; d'autres lui donnent le 
sens de actif, vigilant. En gallois, Yvon se dit Owen, 
nom du célèbre naturaliste anglais Richard Owen; 
Even, Evan, Evans, sont aussi d'autres formes dialec- 
tales de Yvon. Féminins dérivés : Yvette, Yvonne. 



162 ÉTYMOLOGIE 



Zacharie, sémitique Zachar-iah, composé du mot 
assyrien zachar serviteur, et de iah Jéhovah; le ser- 
viteur de Jéhovah (Oppert, Hist. des empires de la 
Chuldée, pagt? 26). Le nom hébreu Abdias a le même 
sens; Âbdiel signifie le serviteur de Dieu. 

Zélie ; il y a une Zélie dans les inscriptions antiques ; 
grec Zv-r, la rivale. 

Zénaïde, mot créé d'après Zêna, nom de femme 
relevé sur les inscriptions, lequel dérive de Z/,v, Zr.vo'c, 
équivalent de Zsuç. nom du Dieu suprême, chez les 
Grecs. Zénaïde signifierait celle qui est consacrée à 
Dieu. 

Zénobie, grec Zr ( vo6'!a. accent tonique sur l't, d'après 
Henri Estienne, Thésaurus, édition Hase, chez Didot, 
et d'après A. Bailly, Dict. grec, 1895; les deux éléments 
composants sont Z/,v, Zy\\i6ç, le Dieu suprême, et [Jfa 
force, la force de Dieu. 

Zéphyr, grec Zéphyros, Zéphyr, époux de Chloris 
ou Flore, la déesse des fleurs. Les poètes le représen- 
taient sous la forme d'un jeune homme à l'air tendre, 
ayant une couronne de fleurs et les ailes du papillon. 
Zéphyr n'est plus usité comme prénom: mais les 
diminutifs Zéphyrin. Zéphyrine le sont toujours; 
ils signifient les petits Zéphyrs. 

Zoé, grec Zw/,, la vie. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 163 



Noms où I enfant est tenu pour présent «l'un Dieu. 

1. Héliodore, présent du soleil, dieu national des 
Syriens. 

2. Isidore, présent d'Isis, divinité égyptienne. 

3. Jonathan, présent de Jéhovah, dieu national des 
Hébreux. 

4. Nathaniel, présent de El, le grand dieu des 
Sémites* 

5. Théodore, Dorothée, Théodure. Dosithée, présent 
«lu Dieu suprême. 

Xoms des enfants voués a des divinités païennes. 

1. Alberic, l'Elfe-roi, divinité germanique. 

2. Alfred, conseillé par les Elfes, divinités germani- 
ques. 

:!. Amilcar, surnom de Baal, dieu phénicien. 
\. Annibal, bienfaisant est Baal, dieu phénicien. 
."». Apolline, Apollinaire, voués à Apollon, dieu grec. 
il. ArtémiSE, vouée à Artémis, la Diane grecque. 
T. Athbnaïs, vouée à Athêna,la Minerve grecque. 

8. Balthazar, Bel protège sa vie ; Bel, dieu assyrien. 

9. Ctprdm, vnin! à Cypris, la Vénus grecque. 

40. Damién, voué à Damia ou Cybèle, déesse grec- 
que. 

11. Démetrius, voué ci Démêter, la Cérès grecque. 
\2. Dim-. vmu,' à Dionysos, le Bacchus grec. 



164 ÉTYMOLOGIE 

13. Diane, déesse latine. 

14. Emma, la paix d'Irmin, dieu saxon. 

15. Eponine, vouée à Epona, déesse gauloise. 

16. Eric, dieu germanique. 

17. Ermenfroy, la paix d'Irmin, dieu saxon. 

18. Flore, déesse latine. 

19. Gertrude, la lance de la Walkyrie, divinité ger- 
manique. 

20. Hedwige, vouée à Hadu, divinité germanique. 

21. Hercule, dieu latin. 

22. Hermine, Herminie, vouée à ïrmin, dieu saxon. 

23. Irma, vouée à Irmin, dieu saxon. 

24. Isabelle, l'amante de Baal, dieu phénicien. 

25. Janvier, né sous l'influence de Janus, dieu latin. 

26. Martial, né sous l'influence de Mars, dieu latin. 

27. Martin, le petit Mars, dieu latin. 

28. Moïse, le fils d'Isis, déesse égyptienne. 

29. Oscar, la lance de Dieu (mythologie germani- 
que). 

30. Oswald, Dieu règne (mythologie germanique). 

31. Ruben, le soleil qui brille, le soleil Ra, dieu 
égyptien. 

32. Saturnin, le petit Saturne, dieu latin. 

33. Sibylle, la volonté de Zeus, dieu suprême des 
Grecs. 

34. Tiburce, voué à Tiburtus, dieu latin. 

35. Zénaïde, vouée à Zeus, dieu suprême des Grecs. 

36. Zénobie, la force de Zeus, dieu suprême des 
Grecs. 

37. Zéphyrin, le petit Zéphyr, divinité grecque. 



DE QUATRE CENTS PRÉNOMS 165 

Animaux entrant dans la composition des prénoms. 

1. L'aigle, Arnold, Arnoult, Arnaud. 

2. La brebis, Hachel. 
- 3. Le chien, Catulle. 

4. Le corbeau, Bertrand, Gontran, Enguerran. 

5. La couleuvre, Séraphine. 

6. Le dauphin, Delphin, Delphine. 

7. Le lion, Léo, Léon, Léonce. 

8. La lionne, Léa, Léonie, Léonide, Léontine. 

9. Le loup, Leu, Adolphe, Raoul, Rodolphe. 

10. L'ours, Bérard, Bérenger, Bernard. 

11. L'ourse. Ursule. 

12. Le sanglier, Evrard, Evremond. 

13. Le serpent, Séraphin. 

14. Le taureau. Chérubin. 

Végétaux entrant dans la composition des prénoms, 

1. La jacinthe, Hyacinthe, Jacinthe. 

2. L'olivier, Olivier, Olive. 

3. La rose, Rosier, Rose. Rosette, Rosine, Rosalie, 
Rosemonde. 

4. Le lis, Suzanne. 

.'). Le narcisse, Narcisse. 
6. Le palmier. Palmyre. 



fin 



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